Protéger les enfants au-delà des frontières : pleins feux sur deux Volontaires des Nations Unies au Bénin et au Togo
Un enfant séparé de sa famille pendant un déplacement forcé. Un adolescent transportant de lourdes charges au lieu d’aller à l’école. Les circonstances diffèrent, mais les risques sont similaires.
En Afrique de l’Ouest, les conflits, les déplacements forcés et les difficultés économiques continuent de compromettre la sécurité, l’éducation et le bien-être des enfants. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), près de cinq millions de personnes ont été déplacées de force dans l’ensemble de la région du Sahel en avril 2026. De nombreuses familles ont trouvé refuge dans les pays voisins, tandis que d’autres restent déplacées à l’intérieur même de leurs communautés. Les enfants figurent parmi les personnes les plus durement touchées.
Au Bénin et au Togo, deux Volontaires des Nations Unies contribuent à relever ces défis en intervenant dans différents domaines de la protection de l’enfance.
Photo : © Volontaires ONU
La Volontaire des Nations Unies Afi Zotoglo (au centre), administratrice associée chargée de la protection de l’enfance auprès du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), anime une séance d’échanges éducatifs avec des enfants dans un Espace ami des enfants à Kourientré, au Togo.
Protéger les enfants déplacés
Dans la région des Savanes, au Togo, le déplacement est devenu une réalité quotidienne pour de nombreuses familles qui cherchent à se mettre à l’abri de l’insécurité dans le pays voisin, le Burkina Faso. Parmi elles figurent des enfants arrivant sans pièces d’identité, des enfants qui n’ont plus accès aux services de base et dans certains cas, des enfants séparés de leur famille au cours de leur déplacement.
« Lorsqu’un enfant arrive seul, il existe rarement une solution simple », explique Afi Zotoglo, administratrice associée chargée de la protection de l’enfance auprès de l’UNICEF dans la région des Savanes. « Chaque situation est différente. Certains enfants ont été séparés de leur famille. D’autres ont perdu l’accès aux services ou aux dispositifs d’appui dont ils dépendaient. La première étape consiste à s’assurer qu’ils reçoivent l’assistance dont ils ont besoin. »
En collaboration avec les autorités locales, les travailleurs sociaux et les volontaires communautaires, Afi a contribué, dans le cadre de son volontariat, à la protection de près de 300 enfants réfugiés non accompagnés ou séparés de leur famille. Elle a également participé à la mise en place et au renforcement de 37 mécanismes de coordination de la protection, réunissant plus de 300 acteurs institutionnels et communautaires. La protection ne se limite pas à l’aide d’urgence. Dans toute la région, 28 Espaces amis des enfants ont permis à plus de 24 000 personnes de bénéficier d’activités de soutien psychosocial, dont 5 466 enfants déplacés. Pour beaucoup d’entre eux, ces espaces offrent la possibilité de jouer, d’apprendre et de renouer avec d’autres enfants après avoir vécu des situations marquées par les bouleversements et l’incertitude.
« J’ai vu des enfants arriver repliés sur eux-mêmes et réticents à interagir », raconte Afi. « Au fil du temps, grâce aux activités proposées et aux échanges avec les autres enfants, ils recommencent à participer. Ces changements peuvent sembler modestes, mais ils sont essentiels. »
Ce travail s’accompagne toutefois de nombreux défis. Les contraintes liées à la sécurité, l’augmentation des besoins humanitaires ainsi que la charge émotionnelle inhérente à l’accompagnement d’enfants en situation de vulnérabilité font partie du quotidien des acteurs de la protection de l’enfance dans la région.
Photo : © Volontaires ONU
Afi Zotoglo (portant un gilet beige) échange avec des adolescentes lors de la Consultation régionale de la région des Savanes, organisée en préparation du Sommet régional des adolescentes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, tenu à Dakar en octobre 2025.
Photo : © Volontaires ONU
La Volontaire des Nations Unies Ella Fifame Kossouoh (à gauche, portant un gilet de l’UNICEF), spécialiste de la protection de l’enfance, anime une séance de sensibilisation sur le travail des enfants avec des membres de la communauté dans le département du Zou, au Bénin. Les échanges portent sur la protection des enfants contre les travaux dangereux ainsi que sur la promotion de leurs droits et de leur bien-être.
Lutter contre le travail des enfants
À plusieurs centaines de kilomètres de là, dans le département du Couffo, au Bénin, les défis se présentent sous une autre forme. Le travail des enfants est souvent présent dans des lieux que l’on côtoie au quotidien : exploitations agricoles, lieux de travail informels ou sites d’extraction artisanale, où les enfants peuvent être exposés à des risques compromettant leur santé, leur éducation et leur développement.
Depuis février 2024, la Volontaire des Nations Unies et spécialiste de la protection de l’enfance, Ella Kossouoh, travaille aux côtés des inspecteurs du travail, des travailleurs sociaux, des acteurs de la justice, des services de santé et des organisations partenaires afin de prévenir le travail des enfants et d’apporter un soutien aux enfants en situation de vulnérabilité. Son travail consiste notamment à analyser les informations provenant des services du travail, de la santé, de la justice et de la protection sociale, tout en contribuant à la coordination des interventions entre les différents acteurs engagés dans la protection de l’enfance.
L’une des initiatives les plus marquantes a été la campagne nationale du Bénin intitulée « Tolérance zéro à l’égard du travail des enfants ». Ella a contribué à sa mise en œuvre dans le département du Couffo, en mobilisant les autorités locales, les responsables communautaires, les jeunes ainsi que les acteurs de la protection de l’enfance.
Elle a également participé à la préparation et à la documentation de la visite conjointe de plusieurs ministres dans des zones où le travail des enfants est particulièrement répandu. Cette visite a permis d’attirer davantage l’attention sur cette problématique tout en mettant en lumière la collaboration entre les institutions chargées de la protection de l’enfance.
« Le travail des enfants est souvent lié aux réalités auxquelles les familles sont confrontées au quotidien », explique Ella. « Pour y remédier, il ne suffit pas de sensibiliser. Il faut que les communautés, les institutions et les familles travaillent ensemble afin d’identifier les risques et de protéger les enfants. »
Ces efforts ont permis d’identifier et d’accompagner des milliers d’enfants en situation de vulnérabilité, tout en favorisant une participation accrue des adolescents et des communautés locales aux initiatives de protection de l’enfance.
D’autres progrès restent à faire, la marge d’amélioration est grande. Les difficultés économiques auxquelles font face les ménages, les ressources limitées ainsi que les normes sociales qui tolèrent encore le travail des enfants dans certains contextes continuent de constituer des obstacles majeurs.
« Les situations les plus complexes concernent souvent des enfants confrontés simultanément à plusieurs formes de vulnérabilité », souligne Ella. « On comprend rapidement que protéger un enfant ne repose pas sur une seule intervention. Cela implique bien souvent de mobiliser différents services et partenaires afin de répondre à plusieurs défis en même temps. »
Photo : © Volontaires ONU
Ella Kossouoh accompagne le Directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, Gilles Fagninou, ainsi que le préfet du Couffo, lors d’une visite d’un site d’extraction de gravier dans le sud-ouest du Bénin. Cette visite s’inscrivait dans le prolongement des efforts engagés pour lutter contre le travail des enfants.
« La contribution d’Ella a permis de renforcer les efforts de protection de l’enfance dans le département du Couffo. Grâce à son appui technique, à ses capacités d’analyse et à son aptitude à fédérer les différents acteurs, elle a amélioré la coordination des interventions et fait progresser les initiatives de lutte contre le travail des enfants ainsi que celles visant à protéger les enfants en situation de vulnérabilité. » – Jules Adossou, Directeur départemental du Travail et de la Fonction publique, département du Couffo
Aucun enfant ne devrait affronter une situation de crise seul
La protection des enfants prend des formes différentes d’un endroit à l’autre. Au Togo, cela peut signifier aider un enfant à reconstruire sa vie après avoir été contraint de quitter son foyer. Au Bénin, cela peut signifier intervenir très tôt pour éviter qu’un enfant ne soit jamais contraint d’exercer un travail dangereux.
Mais l’objectif reste le même : repérer les enfants en situation de risque, les atteindre avant qu’il ne soit trop tard et veiller à ce qu’ils bénéficient du soutien nécessaire pour être en sécurité, apprendre et s’épanouir. Aucun enfant ne devrait avoir à affronter ces difficultés seul.
Cette histoire a été initialement publiée par le programme des Volontaires des Nations Unies. Veuillez consulter les sites web des équipes des Nations Unies au Bénin et Togo pour plus d’informations sur le travail des Nations Unies dans ces pays.
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