Que se passe-t-il dans l’est de la République démocratique du Congo?

En RDC, les communautés chrétiennes sont ciblées par les groupes armés. (© IMB.ORG)

Depuis plusieurs années, l’est de la RDC vit dans une instabilité chronique, alimentée par la présence de nombreux groupes armés.

Parmi les groupes armés qui sèment le chaos dans l’est de la République démocratique du Congo, les Forces démocratiques alliées (ADF) et le groupe M23 occupent une place centrale. Souvent impliqués dans l’exploitation illégale de ressources naturelles, ces groupes sont à l’origine d’une grave crise humanitaire.

Initialement, les Forces démocratiques alliées étaient un mouvement rebelle ougandais. Elles se sont progressivement transformées en un groupe armé affilié à l’organisation État islamique. Les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, déjà fragilisées par des décennies de conflits, sont les plus touchées par leur présence.

Le M23 représente un autre type de groupe armé, ancré dans la politique et le contrôle du territoire. Composé d’anciens combattants tutsis, le groupe opère principalement dans le Nord-Kivu. Bien que le groupe ne soit pas animé par une idéologie religieuse comme les Forces démocratiques alliées, ses offensives détruisent des maisons et des églises, déplacent et attaquent des civils, en particulier des chrétiens.

Ces derniers mois, les attaques ont considérablement augmenté. En fin d’année 2025, une moyenne de 12 attaques mensuelles des Forces démocratiques alliées contre des chrétiens a été recensée. Cette violence n’est donc pas ponctuelle, mais systématique et régulière.


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Une violence qui cible les communautés chrétiennes

Dans l’est du pays, où les communautés sont majoritairement chrétiennes, les attaques répétées des Forces démocratiques alliées ont créé un climat d’insécurité permanent.

Les chrétiens sont particulièrement visés, victimes de massacres, d’enlèvements, d’incendies d’habitations, de pillages et de violences sexuelles. Les Forces démocratiques alliées ciblent les rassemblements religieux, les institutions chrétiennes et les villages majoritairement chrétiens.

Témoin des attaques de Byambwe, en novembre 2025, Kambale Maliro était présent lorsque les Forces démocratiques alliées ont ciblé le centre de soins d’une communauté chrétienne:

«Lorsqu’ils sont arrivés au centre de santé, les assaillants ont sorti les malades et les soignants de leurs lits et les ont tués à la machette.»

Parmi d’autres exemples, la mort d’au moins 21 chrétiens dans une église à Komanda, dans la province de l’Ituri, illustre la brutalité des attaques.

Un déplacement massif des populations

Au-delà des pertes humaines, ces attaques entraînent des déplacements conséquents de population. Aujourd’hui, près de 7 millions de personnes ont été déplacées à travers la République démocratique du Congo, tandis qu’à l’échelle de l’Afrique subsaharienne, Portes Ouvertes dénombre plus de 16 millions de chrétiens déplacés.

Face aux massacres et aux destructions, de nombreux habitants abandonnent leurs villages. Certains se réfugient dans des zones urbaines plus sécurisées, tandis que d’autres vivent dans des camps de déplacés. C’est le cas de Mariam, une mère de sept enfants, qui a fui à plusieurs reprises pour échapper aux attaques.

Cette instabilité permanente empêche les communautés de reconstruire une vie normale. La peur s’installe de manière durable chez ceux qui restent.

L’impact sur l’Église et la foi chrétienne

L’Église, au-delà de ses membres, est profondément touchée par cette situation. De nombreux chrétiens n’osent plus se rendre à l’église ni participer aux rassemblements, par crainte d’être tués.

Mbula Samaki, responsable d’église présent au moment de l’attaque du village de Ntoyo, en septembre 2025, en garde un souvenir terrible:

«Dans le lieu des funérailles, ils ont froidement assassiné 26 chrétiens. Ceux qui essayaient de fuir ont été abattus ou tués à la machette.»

Récemment, Philemono (pseudonyme), responsable d’une église, nous exprimait avec tristesse: «Nous vivons le message de Matthieu 24:9: “Alors on vous livrera à la persécution et l’on vous fera mourir; vous serez détestés de toutes les nations à cause de mon nom.”»

Quant à Alilli, un autre responsable d’église, il nous expliquait il y a quelques mois son impuissance face à la situation: «Les chrétiens sont désorientés. En tant qu’église, nous sommes à court de moyens pour les réconforter.»

Vers une crise irréversible?

Les déplacements massifs, l’instabilité permanente et la peur qui imprègnent la population menacent de transformer l’est du pays en une zone où les chrétiens ne pourront plus vivre en sécurité, tant la situation est déjà critique.

L’incapacité à endiguer cette violence compromet non seulement la sécurité de millions de personnes, mais aussi l’avenir même de ces communautés chrétiennes.

Sans une action internationale pour protéger les civils, garantir la justice et guérir les victimes, que deviendront les chrétiens sur place?


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