Habiter sur un bateau en Corse : un mode de vie entre liberté et économie

Entre terre et mer, une autre vie s’invente sur les quais des différents ports de plaisance de Corse. Les pontons s’animent au rythme des va-et-vient des navigateurs de passage. Les agents portuaires y assurent le bon fonctionnement des installations, au cœur d’un quartier pas comme les autres. Ici, comme ailleurs, il y a des habitants, mais leur logement est atypique : le bateau remplace la maison. Sans aucun regret, ceux qui ont embrassé cette vie ne la changeraient pour rien au monde. « Impossible pour moi de revenir entre quatre murs, je me sentirais enfermé« , confie l’un de ces résidents, le cœur au large.

Retraités, en couple ou en famille, ils adoptent pleinement ce mode de vie loin des codes traditionnels. D’abord enivrés par la passion de la mer et le sentiment de liberté qu’elle procure, certains y trouvent aussi des raisons bien plus concrètes.

Un cap guidé par la passion de la mer et une soif de liberté

Il y a souvent une histoire derrière un choix de vie. Un déclic qui change la trajectoire du quotidien, non pas pour une escale mais pour un ancrage durable. Pour Paul Allard, 83 ans, installé sur un navire au port de Macinaghju depuis 2016, tout commence par une rencontre qui a orienté la suite. « Avec ma femme, nous nous sommes rencontrés sur un bateau« , retrace-t-il. De ce premier lien est née une vie entièrement tournée vers la mer, portée par une attirance viscérale. « Nous avons vendu notre ferme dans l’Ardèche pour tout recommencer en mer« , poursuit l’octogénaire. Ce parcours leur permet d’explorer la Méditerranée. Libres comme l’air, c’est l’horizon qui fixe leur cap. Et l’idée même de reposer un pied à terre, leur est devenue étrangère. « Nous avons réfléchi à revenir sur les côtes, mais finalement, la décision de finir nos jours sur notre bateau s’est imposée« , confie Paul Allard, comme une évidence.

À l’opposé de l’île, cet attachement est également palpable chez la famille Le Cren, qui a pris la mer depuis la Bretagne vers Ajaccio. Gwilherm, le père de famille, un passionné de la première heure avait déjà navigué en Europe avec sa femme. Mais cette fois, le projet prend une autre dimension : c’est désormais à leurs enfants de vivre cette aventure au départ pour quelques mois. Installés au port Tino-Rossi, depuis avril 2025, ils ont finalement prolongé l’expérience d’une année supplémentaire, le départ vers la Grèce attendra.

Originaire de Bretagne, le voilier de la famille Le Cren s’est accosté au port Tino-Rossi, à Ajaccio. DOC CM

Le bateau devient alors bien plus qu’un simple dortoir : c’est un véritable espace de liberté. Reliés au port pour l’eau et l’électricité, ils alternent avec des départs au mouillage. À bord dans ce voilier de 14 mètres de long, le quotidien s’adapte aussi, notamment pour les enfants, habitués à vivre sans superflu, à gérer les ressources et à s’organiser autrement. « Il ne nous manque rien finalement, c’est un plaisir« , résume-t-il simplement. Et pour Gwilherm Le Cren, l’essentiel est là : « Quand on a envie d’aller voir ailleurs, on largue les amarres. »

Pour certains, une alternative plus économique qu’un logement à terre

Derrière ces trajectoires personnelles et passionnées, certains font aussi ce choix pour des raisons économiques. Au port de Toga, à Bastia, un retraité a lui aussi fait de son bateau un logement principal. Propriétaire d’un Oceanis 411 depuis les années 2000, Michel, 70 ans, a emménagé à bord en 2025. Les travaux dans son appartement et l’impossibilité de supporter un loyer pour un autre logement en ville, l’ont conduit à s’y installer temporairement. « Je me suis retrouvé face à des dépenses imprévues, explique-t-il. J’ai donc décidé de vivre sur mon bateau pour consacrer uniquement mon budget aux travaux de mon bien à terre.« 

Mais combien lui coûte cette solution de repli ? Le calcul s’est imposé de lui-même : environ 10 000 euros par an, maintenance et charges comprises : avec la place au port, l’eau, l’électricité et les redevances portuaires. Un montant inférieur au coût annuel d’un logement classique pour lui : « Il y a moins de charges à bord, dans mon cas, j’y gagne. »

Un choix loin d’être isolé. Au port de Toga, plusieurs plaisanciers ont eux aussi opté pour cette vie. Le directeur de la structure, Jérémy Neiva, confirme cette tendance : « Ils sont quatre dans ce cas-là, cette présence est partagée entre passion de la mer et considérations économiques. » Pour lui, cette réalité fait désormais partie du paysage portuaire. « Cela apporte de la vie sur les quais, les ports ne sont pas faits que pour les escales, ils vivent toute l’année« , martèle-t-il.

Entre passion de la vie marine et contrainte du cadre terrestre, ces habitants ont choisi leur camp : un quotidien en mouvement, loin des murs et des routines fixes, où le port devient une adresse.

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