Ce jeudi 30 juillet, la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) a adoptée à l’unanimité un dispositif d’aide sociale destiné aux familles en situation de précarité dont les équipements ménagers ont été endommagés par les émanations toxiques des sargasses.
Au total, la CTM a débloqué une enveloppe globale de 40 000 euros pour le lancement de ce soutien financier.
Cette aide pourra couvrir jusqu’à 20 % du montant des pertes déclarées en appareils électroménagers (réfrigérateur, lave-linge, téléviseur, etc.), avec un plafond fixé à 250 euros par foyer.
Au total, 160 foyers issus de neuf communes concernées, parmi lesquelles Le Marigot, Le Robert ou Le Vauclin, pourront en bénéficier.
Pour cela, les ménages éligibles devront impérativement s’inscrire auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de leur commune de résidence.
Colère et contestation
Interrogée sur le vote de cette mesure, Sylvie Bécrit, présidente de l’association Sargasse Martinique, livre un avis partagé sur le soutien financier ainsi débloqué :
C’est absolument insuffisant. Quand on voit qu’une famille perd, tous les deux ans, une télévision, une machine à laver, un frigo ou un congélateur… Je ne parle même pas des climatiseurs, car les familles défavorisées n’en ont pas forcément. Mais pour le quotidien, pour ce qui est vraiment indispensable dans un foyer, c’est déjà bien plus de 250 €. Nous allons faire remonter et passer l’information auprès d’un maximum de familles impactées, mais ce sont les CCAS qui connaissent la situation et il faut que ce soit fait de façon rigoureuse. C’est un gros travail qui s’annonce. Quoi qu’il en soit, c’est au moins une bonne chose que la reconnaissance des dommages matériels soit enfin abordée, même si ce n’est qu’un début.
De son côté, Mario Désirliste, président du collectif anti-sargasse au Robert dénonce un écart immense entre les pertes réelles et la réponse de la collectivité :
Je suis très remonté. On voit encore une fois que la CTM n’a pas tenu ses engagements. Elle avait pourtant signé un protocole avec nous le 9 janvier dernier, mais les critères présentés aujourd’hui sont complètement faussés. Récemment encore, j’ai fait des démarches pour qu’ils respectent ce texte. Aujourd’hui, ils annoncent accorder 250 € aux familles les plus précaires… alors que ces mêmes familles perdent plus de 3 500 € par an depuis 2011. On se demande vraiment ce qu’on peut faire avec 250 €. Sans compter toutes les personnes vivant sur le littoral qui ont tout perdu.
De plus, la démarche exige énormément de documents, à tel point que beaucoup de familles ne pourront même pas toucher ces 250 €. Quand on sait par ailleurs que 2,5 millions d’euros se sont évaporés et ont été volés, nous sommes habitués à cette façon de faire… Aujourd’hui, nous n’attendons plus rien de la CTM. Nos actions vont se poursuivre, car nous voyons bien que la CTM déplace les problèmes, comme elle l’a fait avec le collège Robert III pour éviter de faire face à ses engagements. On nous parle partout de ces 250 €, mais ils feraient mieux de les garder : nous ne sommes pas là pour quémander.
Des doutes sur la logistique
Au-delà de l’aspect purement financier, Sylvie Bécrit, présidente de l’association Sargasse Martinique, fait part de ses inquiétudes quant à la mise en œuvre concrète sur le terrain :
Nous sommes évidemment contents que cet aspect du problème ait enfin été pris en compte. Maintenant, la question est de savoir quels critères seront retenus pour s’assurer que tous les quartiers touchés soient équitablement pris en considération. Beaucoup de communes et de nombreuses familles sont impactées par le phénomène. Est-ce que ce travail de ciblage sera correctement effectué ? Pour l’instant, nous ignorons la méthode employée pour distribuer cette enveloppe, mais il est capital que le suivi soit géré directement par les CCAS des communes. De notre côté, nous ferons le nécessaire pour faire remonter le dossier et informer un maximum de familles sinistrées.
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