Sciences : le maillage des câbles de fibre optique au service du suivi environnemental des fonds marins

Des géologues du Centre nationale de la recherche scientifique (CNRS Geo-Ocean de Brest) et du pôle Guadeloupe de l’Université des Antilles (UA), associés à la Région Guadeloupe, à l’opérateur Orange et à la PME IDIL Fibres Optiques, ont équipé trois câbles fibres optiques d’un dispositif laser. Celui-ci doit leur permettre de mesurer les variations de température ou les déformations mécaniques des câbles ; celles-ci trahiraient la présence de courant marins, ou encore des mouvements du plancher océanique.

Ces chercheurs sont de retour sur le terrain, en ce début de mois de juin 2026, pour une nouvelle campagne de mesure.

Des données satellitaires de température fiables en eaux peu profondes

C’est l’occasion pour le porteur du projet, le directeur du laboratoire Geo-Ocean de Brest Marc André Gutscher, de faire le point sur les premières données obtenues, notamment sur les températures de surface et en eaux plus profondes. Qu’en est-il de leurs corrélations ?

« On a pu mesurer des changements de température dans les eaux peu profondes, où ça varie entre 27 et 30 degrés à peu près sur l’année, qui nous donnent un signal saisonnier.  Et ces dernières années, ça montait jusqu’à 30 et demi, voire même 31.  Et justement, entre 2022 et 2025, on a observé une augmentation de température qui, en 2024, était arrivée jusqu’à plus 1,5 degrés.  Et après, pour 2025, c’était un peu rafraîchi pour retrouver des valeurs de 2022. »

Marc André Gutscher, directeur du laboratoire Geo-Ocean de Brest

Ces fluctuations ont été comparées aux mesures de la température des eaux de surface effectuées par satellite.  Il s’avère que pour les eaux peu profondes (jusqu’à une quarantaine de mètres de profondeur), il y a « une excellente corrélation, à 1/10ème de degré près, entre ce signal de température à la surface et le signal là où se trouve le câble au fond de la mer« , explique le scientifique.

Des moyens d’enregistrer les mouvements des sols et les courants

Grâce à cette technologie novatrice, appelée réflectométrie laser, les chercheurs ont étudié la sismicité, via les données enregistrées sur le câble reliant St François à la Désirade.

« En effet, ces câbles peuvent aussi enregistrer des déformations du plancher sous-marin, du fond de la mer.  Ça pourrait être des données d’importance, puisqu’ils traversent des structures géologiques majeures qui se localisent entre Saint-François et Marie-Galante.  Même si pour l’instant, on n’a que de la sismicité historique, qui provient des indices de mouvement sur ces failles, mais dans des séismes qui sont antérieurs au XIXe siècle. »

Mélodie Philippon, enseignante-chercheuse en géosciences à l’Université des Antilles

Les courants marins livrent aussi leurs secrets. Reste à interpréter le flot important de données collectées.

« Oui, les mesures de Marc-André et son équipe ont montré une sollicitation des câbles par les courants.  Pour valider ces données, ont été déployés des courantomètres le long du câble, pour mesurer la température de l’eau et les courants.  Avec les mesures en continu depuis le mois de juin dernier, ça fait des masses de données considérables.  Pour traiter les données scientifiques, ça demande de la main d’œuvre et puis du temps. »

Mélodie Philippon, enseignante-chercheuse en géosciences à l’Université des Antilles

La semaine prochaine, les scientifiques procéderont à la relevée des sondes de température et de courantologie qu’ils ont posé, afin de valider ou non l’hypothèse de la présence d’un puissant courant marin au niveau de la Désirade.

Une expérimentation qui peut être dupliquée sur le globe

Cette technique pourrait être facilement étendue à l’ensemble des câbles télécoms qui maillent les océans de la planète. Elle représente une opportunité d’alimenter la science, avec les précieuses données obtenues à moindre coût…

« Des mesures sur les câbles, ça nous donne la possibilité d’effectuer des mesures dans des fonds océaniques, au moins jusqu’à la portée de nos instruments, sur une centaine de kilomètres à peu près. Elles peuvent éventuellement se substituer à des mesures d’instruments in situ.  C’est rajouter à nos connaissances, sans être obligé de déployer davantage d’instruments coûteux, là où on risque de les perdre. »

Marc André Gutscher, directeur du laboratoire Geo-Ocean de Brest

Il s’agit donc, par cette expérimentation menée dans les eaux de Guadeloupe, de montrer qu’obtenir des paramètres sur ce qui se passe dans les fonds océaniques, au profit de l’océanographie, de la climatologie et, surtout, la sismologie.  « Ce sont des pistes très prometteuses« , conclut Marc André Gutscher.

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