C’est l’image que personne n’aurait osé prédire il y a encore quelques mois. Pour son grand retour sur le sol sénégalais, deux ans après son départ du pouvoir, l’ancien président Macky Sall a été reçu en audience officielle par son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Au cœur de ce face-à-face hautement stratégique au Palais de la République : la quête du soutien diplomatique de Dakar pour propulser l’ex-chef de l’État au poste de Secrétaire général de l’ONU. Une démarche qui s’inscrit dans un contexte national explosif, exacerbé par la rupture au sommet de l’État et la colère des collectifs de victimes.
Une démarche diplomatique forcée par l’axe Dakar-Burundi
L’ordre du jour de cette rencontre historique a rapidement fuité des salons feutrés de la présidence. Macky Sall, venu solliciter formellement l’appui de la diplomatie sénégalaise, a exposé ses ambitions pour succéder à António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Pour l’ancien dirigeant, obtenir le parrainage officiel de son propre pays est une condition sine qua non pour crédibiliser sa candidature sur l’échiquier international.
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L’urgence de cette audience « éclair » découle d’un camouflet diplomatique initial. Comme le révèle plusieurs médias locaux et internationaux, la candidature de Macky Sall pour diriger l’ONU n’a pas été soumise par le Sénégal, mais par le Burundi, qui assume actuellement la présidence tournante de l’Union africaine. Les réticences initiales de Dakar avaient poussé l’ex-président à chercher des parrainages alternatifs sur le continent. Ce face-à-face à Dakar visait donc à briser la glace et à arracher un soutien officiel, indispensable pour aligner le vote des grandes puissances mondiales.
Le pragmatisme d’un arbitrage présidentiel complexe
Face à la requête de son prédécesseur, le président Bassirou Diomaye Faye s’est retrouvé au centre d’un arbitrage complexe. D’un côté, la raison d’État et le prestige international commandent qu’un citoyen sénégalais accède potentiellement à la plus haute fonction multilatérale de la planète. De l’autre, une telle onction officielle suscite de vives résistances au sein de la base politique qui l’a porté au pouvoir en 2024.
Les discussions secrètes ont tourné autour de ce compromis historique : jusqu’où l’actuel chef de l’État peut-il s’engager publiquement sans fragiliser sa propre légitimité ?
Ce dialogue direct entre l’ancien et le nouveau magistrat suprême marque un précédent notable dans l’histoire de la transition démocratique sénégalaise, illustrant une surprenante dynamique où la gestion pragmatique des intérêts de l’État tente de transcender les fractures électorales d’hier.
Une audience sous l’ombre de la nouvelle ère post-Sonko
Ce rapprochement institutionnel ne manque pas de faire grincer des dents à Dakar, tant il intervient au moment exact d’une reconfiguration radicale de l’appareil d’État. L’audience accordée à Macky Sall se tient en effet dans un climat politique inédit, marqué par la rupture consommée entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, ce dernier ayant quitté la Primature en mai dernier pour reprendre la tête de l’opposition parlementaire.
Pour de nombreux observateurs de la scène politique dakaroise, la réception cordiale de l’ancien chef de l’État au Palais de la République par le président Faye, sous le regard du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô , sonne comme un signal d’émancipation politique fort. En s’affichant avec Macky Sall, le président envoie un message clair aux réseaux de l’ancienne coalition au pouvoir (l’Alliance pour la République, dont les militants se sont massés devant l’aéroport militaire Léopold-Sédar-Senghor pour l’occasion). Ce tête-à-tête pourrait bien redéfinir les alliances souterraines à l’approche des futures échéances électorales, installant une posture présidentielle de plus en plus axée sur la continuité républicaine.
La colère de la rue et le spectre du passé
Si le protocole du Palais a affiché une courtoisie républicaine, l’ambiance à l’extérieur des grilles était nettement plus électrique. Le retour de Macky Sall a réveillé les traumatismes des crises politiques de la période 2021-2024. Dès l’annonce de sa venue, plusieurs collectifs de victimes et d’organisations de la société civile sont montés au créneau pour dénoncer cette visite et exiger des comptes.
Pour ces manifestants et familles de victimes, l’impunité ne saurait être négociée sur l’autel de la diplomatie internationale. Des voix s’élèvent avec force pour réclamer l’ouverture de poursuites judiciaires formelles contre l’ancien chef de l’État, pointé du doigt pour sa responsabilité dans la répression sanglante des manifestations sous son mandat.
Entre ambitions multilatérales à New York et exigences de justice à Dakar, le retour de Macky Sall place le président Faye sur une ligne de crête politique particulièrement glissante.
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