Sénégal. L’œuvre du sculpteur Ousmane Sow à l’honneur au Musée des civilisations noires de Dakar : « C’était un artiste à part entière », rappelle sa fille Marine Sow

Les œuvres d’Ousmane Sow sont exposées depuis le 25 avril au Musée des civilisations noires de Dakar, et ce, pour une durée de trois ans. Le ministre de la Culture, Amadou Bâ, a parlé de « réparation ». Est-ce un avis que vous partagez ?

Venant des autorités, je ne peux que partager cet avis. De notre côté, nous n’estimons pas qu’il s’agisse d’une réparation. Il s’agit, comme on dit, de quelque chose qui arrive enfin à point nommé. Pourquoi cela n’a-t-il pas été fait avant ? Pourquoi ? Des « pourquoi », il y en a des tonnes. L’essentiel, c’est que cela arrive enfin. Malheureusement, cela se passe de manière posthume, mais l’essentiel aujourd’hui, c’est que cela soit fait et que les Sénégalais puissent s’approprier l’œuvre d’Ousmane Sow. 

Qu’est-ce qui explique cette reconnaissance tardive, selon vous ?

Je n’en ai pas la moindre idée. Il n’y a pas eu de raison particulière. Je pense qu’il s’agissait simplement, soyons honnêtes, d’un désintérêt. Et ce désintérêt-là n’est pas propre à Ousmane Sow. C’est le cas de beaucoup d’artistes au Sénégal. Très peu d’artistes bénéficient de cette reconnaissance de la part des autorités sénégalaises. Donc, je ne peux pas dire que ce soit un cas isolé, malheureusement.

Cette rétrospective au Musée des Civilisations noires, considérez-vous que c’est une reconnaissance suffisante ? Puisque, pour rappel, il n’y avait pas eu d’exposition d’envergure portée par les institutions depuis une trentaine d’années.

C’est un concours de circonstances qui amène aujourd’hui les œuvres au Musée des Civilisations. À la base, si la maison n’avait pas fermé (la Maison Ousmane Sow, ndlr), les œuvres ne seraient pas au musée, soyons très clairs. On a été contraints, mon frère et moi, les membres de la fondation, de prendre la décision de fermer la maison parce que les œuvres risquaient d’être en péril. Il faut savoir que nous sommes situés dans un quartier de Dakar qui est extrêmement urbanisé depuis un certain temps.

On est en bordure de mer, donc le combo construction, donc qui dit construction dit ciment, dit beaucoup de nuisances. Plus c’est combiné à la brise marine, on commençait à avoir un dépôt qui se faisait sur les œuvres.

À ce stade, c’était encore récupérable parce que ce n’était vraiment que de la surface. Donc, c’est pour ça qu’elles ont été entièrement restaurées avant l’exposition. Mais n’eût été la fermeture de la maison, nous ne serions pas là en train de parler d’une exposition au Musée des Civilisations, car il n’en avait jamais été question.

Que va-t-il advenir de ce lieu ?

C’est une très bonne question, parce que c’est une maison qui avait été transformée dans le but d’accueillir du public. Dieu sait si elle en a accueilli. Elle a accueilli toutes les personnalités internationales qui sont passées par Dakar. Donc, aujourd’hui, qu’est-ce qu’elle va devenir ? Idéalement, on souhaiterait qu’elle reste. Mais est-ce que cela va être possible ? Rien n’est moins sûr. Parce que qu’est-ce qu’on va en faire ? On ne sait pas. Au moment où on vous parle, avec mon frère et mon partenaire, nous avons géré l’urgence, le plus urgent étant les œuvres. Maintenant, quid de ce que va devenir la maison ? On ne sait pas. Peut-être qu’elle sera rasée et qu’elle rejoindra la forêt de béton qui nous entoure.

Les œuvres vont rester pendant trois ans au Musée des Civilisations noires : une fois ces trois années écoulées, savez-vous ce qu’il adviendra de ces œuvres ? Quitteront-elles le Sénégal ?

À ce stade, on ne peut pas donner de réponse. Tant que les œuvres étaient à la maison, forcément, il n’était pas question qu’elles soient exposées dans des musées. C’était exclu. À partir du moment où la maison est fermée, et d’ailleurs, c’est ce qui s’est passé, dès qu’il a été su que la maison avait fermé, nous avons commencé à être sollicités à l’international pour savoir ce que nous comptions faire.

C’est en prenant du recul que nous nous sommes dit que ce n’était pas le moment qu’elles quittent le lieu. Il y a eu, comme je vous l’ai dit, un concours de circonstances qui a fait que nous avons été sollicités par le Musée des Civilisations noires, et nous nous sommes dit que ce n’était pas le moment qu’elles quittent le pays. Nous avons donc décidé de les laisser encore un certain temps, afin de nous donner le temps de décider quelle orientation prendre.

Il est évident que tout le monde sait qu’elles ne reviendront pas à la maison et que l’exposition au Musée des Civilisations noires durera trois ans.

Nous aurons une écoute attentive, d’une part, de ce qui pourrait venir de Dakar ou plus largement du Sénégal, mais également de l’international. Nous ne fermons absolument aucune porte. Si demain, au bout des trois ans, le Musée des Civilisations noires nous dit : « Écoutez, c’est terminé, nous restituerons nos œuvres. » Et entre-temps, nous considérons que nous avons trois ans pour être attentifs à ce qui nous sera proposé.

 

 

 

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