Serge NOUKOUÉ, fondateur de Nollywood Week : « Notre enjeu : positionner la France au (…)

Serge NOUKOUÉ, le franco-béninois fondateur du festival Nollywood Week, qui se déroule à Paris tous les mois de mai depuis 2013. Photo © DR – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

Depuis 2013, le festival Nollywood Week fait découvrir au public parisien le meilleur du cinéma nigérian et, de plus en plus, de toute l’Afrique. Son fondateur, le franco-béninois Serge NOUKOUÉ, revient ici sur treize éditions marquées par une ambition assumée : faire de Paris une vitrine stratégique pour les industries créatives africaines. Rencontre, à Paris.

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par Alfred MIGNOT, Directeur de AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse

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« Le festival de Nollywood Week, c’est l’Afrique racontée et filmée par elle-même », déclare d’emblée Serge Noukoué. Depuis sa création en 2013, le festival a connu treize éditions – il aurait dû en compter quatorze, sans l’interruption forcée de 2020, année où la crise sanitaire a mis à l’arrêt l’ensemble des événements culturels. Organisé chaque année en mai, juste avant l’ouverture du Festival de Cannes, au cinéma l’Arlequin à Paris, l’événement s’est cependant imposé comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de cinéma nigérian et, plus largement, africain.

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Un modèle économique
encore fragile

Mais « Rien n’est jamais acquis », relève Serge Noukoué. En effet, le financement du festival repose presque intégralement sur le sponsoring privé, une source de revenus que Serge Noukoué qualifie lui-même de « fragile ». Pendant plusieurs années, deux grands groupes français, Vivendi et Total, ont en effet constitué l’ossature financière de l’événement – le second en raison des liens économiques entre la France et le Nigeria, pays pétrolier. Et Air France apportait quant à elle des billets d’avion permettant de faire venir réalisateurs et acteurs.

Des changements de direction et de priorités au sein de ces groupes ont mis fin à ces partenariats historiques. « On a fait preuve de résilience puisqu’on est toujours là », relève le fondateur, tout en reconnaissant qu’à ce jour le vide laissé par ces deux partenaires n’a pas été comblé. Reste le partenariat avec le fabricant d’optiques de caméras Angénieux, permettant au lauréat du prix du public de recevoir du matériel professionnel d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers d’euros – une manière, selon Serge Noukoué, de contribuer concrètement à la montée en gamme technique d’une industrie encore jeune, née dans les années 1990.

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Un festival qui déborde
du seul Nigeria

Si Nollywood – appellation usuelle de la forte industrie cinématographique nigériane – reste la « locomotive » du festival, la programmation s’est élargie ces dernières années à d’autres cinématographies : des productions kényanes, sud-africaines ou ivoiriennes, et aussi des œuvres francophones, comme DIYA, film tchadien centré sur le Sahel.

Pour Serge Noukoué, cette ouverture ne trahit pas l’identité du festival, mais la complète : « Nollywood crée une sorte d’émulation avec les autres pays, qui ont envie eux aussi d’avoir un cinéma populaire. »

La thématique de l’édition 2026 était le voyage ; celle de 2027 reste à définir. Au-delà des projections, le festival propose des tables rondes sur des enjeux contemporains, dont l’intelligence artificielle et son rôle croissant dans les industries culturelles et créatives.

Présenté en 2014, « Half of a Yellow Sun », réalisé par Biyi Bandele : la plus grosse super-production de Nollywood à l’époque, avec des stars internationales comme Ejiofor Chiwetel, de « 12 Years a Slave ». Photo © Slate Films – CLIQUER SUR L’IMAGE POUR L’AGRANDIR.

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Des soutiens de la France
à consolider

Interrogé sur l’implication des pouvoirs publics français, Serge Noukoué dresse un constat nuancé. Le festival bénéficie du soutien du SCAC (Service de coopération et d’action culturelle) de l’ambassade de France au Nigeria, pour une enveloppe de près de 5 000 euros, qui a une importante valeur symbolique, de nature à entraîner d’autres engagements, tandis que du côté du ministère des Affaires étrangères, les contacts se multiplient.

Plus récemment, l’Agence française de développement (AFD) a décidé de soutenir le festival, une relation encore jeune mais que Serge Noukoué espère consolider. Reste l’UNESCO, piste à explorer car « c’est toujours bien d’en afficher le logo », même si l’institution ne disposera plus des mêmes moyens financiers, depuis le retrait des États-Unis, annoncé par l’administration Trump en juillet 2025, avec effet à la fin décembre 2026.

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Le cinéma, outil
de diplomatie culturelle

L’enjeu du festival de Nollywood Week dépasse largement la seule question de sa programmation cinématographique. La démarche s’inscrit à l’évidence dans la lignée de la bataille menée par la France à l’ONU, au début des années 2000, pour faire adopter une résolution de l’UNESCO sur la diversité et l’exception culturelle – obtenue en 2005, par un vote ralliant les voix de 148 États contre 2, les États-Unis et Israël – face aux tentatives américaines d’imposer une libéralisation totale des échanges culturels. Une bataille diplomatique que Serge Nekoua n’hésite pas à mettre en lien avec l’enjeu actuel : positionner la France au cœur d’une dynamique de création portée par une jeunesse africaine qui s’adresse aussi bien à son public local qu’aux audiences mondiales.

Ancien attaché audiovisuel pour la France en Afrique de l’Est, aujourd’hui se partageant entre le Kenya et Paris, Serge Noukoué est consultant indépendant et distributeur de films. Il voit dans le festival un « laboratoire du futur », capable de révéler de jeunes réalisateurs appelés à devenir les grands cinéastes de demain – à condition que les institutions françaises, au-delà des déclarations de principe, lui donnent les moyens de ses ambitions.

Alors… Messieurs les Français, encore un effort !

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La prochaine édition de Nollywood Week est prévue en mai 2027, toujours à Paris, au cinéma l’Arlequin.

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VOIR et REVOIR LE REPLAY INTÉGRAL DE NOTRE XXIIe CONFÉRENCE
DES AMBASSADEURS DE PARIS (CAP 22) :


https://youtu.be/C7cr9uTRl-A?si=CVsamwfk8kUJ1V3X

Interventions de SEM Baye Moctar DIOP,
AMBASSADER DU SÉNÉGAL À PARIS :

À partir de 04’50’’ et de 01h 52’37’’

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