Première publication le 19 mai par l’AED
Dans un entretien accordé à l’AED, le père Diego Dalle Carbonare, missionnaire combonien ayant exercé en Égypte, au Liban et au Soudan, alerte sur la situation dramatique au Soudan, oublié par beaucoup.
P. Diego Dalle Carbonare © AED
Le Soudan est ravagé par la guerre depuis trois ans, semant la détresse parmi une population déjà si pauvre. L’armée a cependant repris le contrôle de Khartoum, permettant à la communauté chrétienne de revenir dans la capitale. Les chrétiens étaient environ un million avant la guerre. Après 27 mois de guerre, une messe a enfin été célébrée à Khartoum, marquant le retour de la vie sacramentelle et la possibilité de se confesser. Une confession qui, selon le père Diego Dalle Carbonare, « aide à tourner la page de la souffrance pour passer à la reconstruction ».
Le missionnaire souligne toutefois que les âmes ne sont pas la seule chose qu’il faille reconstruire à Khartoum. De nombreuses écoles ont perdu des élèves et des enseignants à cause de la guerre. Maintenant que certains enseignants sont de retour, ils doivent se réorganiser. « De nombreux enseignants et leurs familles ont dû se déplacer d’un endroit à l’autre ; certains ont fui vers le Soudan du Sud, des gens qui étaient sur le point d’obtenir leur diplôme se sont soudainement retrouvés sans travail et sans avenir. Certains enseignants ont été tués ; l’un d’eux a été capturé et torturé. C’est une histoire tragique. Il allait se marier, il aurait pu devenir directeur d’école, et au lieu de cela, il a connu une mort lente. » déplore le père Diego.
Ils lui ont demandé pardon
Le missionnaire poursuit par un autre exemple : « Une enseignante, veuve, ne pouvait pas quitter Khartoum car elle devait rester pour s’occuper de sa mère âgée. Les Forces de soutien rapide, un groupe paramilitaire, voulaient lui voler sa voiture et venaient sans cesse chez elle. Elle leur a dit de la prendre, mais ils ne la laissaient pas tranquille. Un jour, ils l’ont emmenée à l’intérieur et lui ont dit qu’ils allaient la tuer. Elle a répondu : ‘Très bien, faites ce que vous devez faire, mais souvenez-vous : celui qui vit par l’épée périra par l’épée.’. Ils ont pris peur et lui ont demandé ce qu’elle voulait dire. Elle a expliqué : ‘C’est tiré de l’Évangile, vous ne le savez pas ?’ Et ils se sont enfuis. Le lendemain, ils sont revenus lui demander pardon. »
« Ce qui se passe au Soudan, ce qui se passe en Afrique, ce qui arrive aux civils, aux enfants, aux femmes, nous concerne tous d’une manière ou d’une autre. Un jour, Dieu nous jugera, et beaucoup seront surpris lorsqu’il nous interrogera sur les guerres oubliées. » insiste le missionnaire. « En tant que citoyens, nous avons le devoir de demander à nos gouvernements de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin aux guerres et réglementer le commerce des armes et de l’or, qui finance des conflits tels que celui du Soudan. »
La communauté « a besoin de pasteurs », insiste-t-il. « Nous, missionnaires, dépendons de la prière de nos proches et d’inconnus. L’AED nous apporte un grand soutien dans nos efforts pour reconstruire cette communauté, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous avons besoin de moyens matériels et médicaux, surtout pour reconstruire des écoles et des centres de santé, conclue le père.
L’AED a actuellement 15 projets pour soutenir l’Église dans sa mission à travers le pays.
Daniel Castilla
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