La première ministre Susan Holt a rencontré à nouveau son homologue Mark Carney à Ottawa. Elle en est revenue les mains vides. Tant pis. Nous l’invitons néanmoins à poursuivre dans cette voie. Pour le Nouveau-Brunswick, aucune relation n’a plus d’importance que celle avec le gouvernement fédéral.
Nous l’avons souvent répété en éditorial, les premiers ministres néo-brunswickois devraient toujours soigner leurs relations avec Ottawa. Il devrait s’agir d’une priorité absolue, encore plus en cette époque, avec un ministre fédéral acadien, Dominic LeBlanc, qui était hyper-influent sous Justin Trudeau et qui l’est toujours sous Mark Carney.
De par sa position géographique et son minuscule marché intérieur, notre province est grandement dépendante du commerce avec les États-Unis. Plus de 90% de nos exportations prennent la direction de notre voisin du sud. La guerre commerciale déclenchée par le président Donald Trump fait mal à nos entrepreneurs et à nos travailleurs, notamment dans l’industrie forestière.
Le principal partenaire du Nouveau-Brunswick reste toutefois le gouvernement canadien. Les transferts fédéraux représentent environ 40% des revenus de la province.
Autrement dit, le Nouveau-Brunswick ne serait pas une province viable sans l’appui financier d’Ottawa. Sans la péréquation et les transferts fédéraux, en particulier pour le financement de la santé, notre province ne pourrait plus depuis longtemps offrir à la population des services dignes de ce nom et serait en faillite technique.
Le cas échéant, le projet d’union politique des provinces des Maritimes n’aurait rien d’une lubie, comme il l’est présentement, mais deviendrait une fatalité.
Le Nouveau-Brunswick est dépendant du fédéral (péréquation et transferts en matière de programmes sociaux), de son aide financière pour construire des infrastructures, et plus encore. Il serait complètement irresponsable de chercher querelle avec le premier ministre fédéral, comme le faisait constamment Blaine Higgs quand il était au pouvoir (2018-2024).
Susan Holt l’a compris. Elle estime qu’il serait plus aisé d’atteindre ses objectifs avec l’appui d’Ottawa. Elle fait là une bonne lecture de la situation. Depuis deux ans, la première ministre n’a pas hésité à courtiser le fédéral.
Le face-à-face Carney-Holt de lundi n’était pas le premier. Les deux leaders s’étaient déjà rencontrés auparavant à Fredericton. Mme Holt s’était aussi rendue dans la capitale nationale afin de participer à des rencontres de travail auxquelles ont participé plusieurs ministres. De plus, elle avait fait partie de la délégation de M. Carney qui s’était rendue en Inde en février.
Ces réunions ne donnent pas toujours les résultats espérés. Ainsi, cette semaine, Mme Holt et M. Carney ont discuté d’énergie et de ressources naturelles. Elle a rappelé à son attention le projet de mine de Sisson, qui est sur la glace depuis plusieurs années. Elle a aussi insisté pour obtenir davantage de financement en santé et d’investissements dans la défense. Des rencontres ont d’ailleurs eu lieu avec les ministres de la Justice, de la Défense et de la Santé, en plus évidemment de l’incontournable Dominic LeBlanc. À première vue, ces réunions n’ont rien donné. M. Carney a plutôt critiqué le projet de péage routier qui verra le jour près de la frontière avec la Nouvelle-Écosse.
Il est vrai que les gouvernements fédéral et provinciaux ont appris au cours des années à mettre leurs différends de côté quand ils y trouvent un intérêt commun. Malgré ses coups d’esbroufe à l’endroit de Justin Trudeau, le gouvernement Higgs a fini par négocier des ententes avec celui-ci.
Il reste que le Nouveau-Brunswick a intérêt à cultiver de bonnes relations avec le grand frère fédéral. D’autres en sont venus à la même conclusion. En Ontario, le conservateur Doug Ford a de meilleures relations avec le libéral Carney qu’avec le chef conservateur fédéral Pierre Poilievre. Au Québec, la nouvelle première ministre Christine Fréchette a choisi de privilégier le consensus plutôt que la confrontation avec son homologue fédéral, qu’elle a rapidement visité à Ottawa.
En tissant de bonnes relations avec le gouvernement Carney, Susan Holt a réalisé quelques gains au cours des derniers mois. Elle a notamment obtenu 60 millions $ en compensation pour le congé de TVH qui avait été imposé unilatéralement par Justin Trudeau.
Le gouvernement provincial est aux prises avec un lourd déficit budgétaire. Plus que jamais, il a besoin de l’appui du fédéral pour atteindre ses objectifs. Il doit impérativement poursuivre ses efforts en ce sens.
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