L’arrivée de la nouvelle igname occupe une place particulière dans plusieurs communautés du Bénin. Bien plus qu’un simple aliment, ce tubercule est au cœur de pratiques culturelles et de rites ancestraux qui marquent le début d’un nouveau cycle agricole. Dans certaines communautés, avant de consommer la nouvelle igname, il faut d’abord respecter les prescriptions de la tradition.
Chez les Nagot, les Idaatcha, les Ifè, les Yoruba, les Yom et dans certaines communautés du Nord du Bénin, la consommation de l’igname nouvelle est associée à des cérémonies dont les formes varient selon les localités et les traditions. Pour les pratiquants, ces rites constituent un moment important de reconnaissance et de communion avec les ancêtres et les divinités protectrices de la terre.
« Avant toute dégustation, des offrandes sont faites aux ancêtres et aux divinités protectrices de la terre : huile de palme, volaille et boissons traditionnelles », explique Ganigui, pratiquante de la fête de l’igname. Selon elle, ces gestes traduisent la reconnaissance des communautés envers les forces spirituelles auxquelles elles attribuent la fertilité des terres et l’abondance des récoltes.
La cérémonie obéit également, dans certaines communautés, à un ordre précis. « Ce rituel obéit également à une hiérarchie précise. Dans plusieurs communautés, ce sont les rois, les chefs traditionnels ou les doyens qui doivent goûter les premiers à la nouvelle igname, avant que le reste de la population ne puisse en consommer », poursuit-elle.
Cette pratique symbolise le respect accordé aux autorités traditionnelles et aux anciens, considérés comme des figures essentielles dans la transmission et la préservation des coutumes. À travers ce geste, la communauté réaffirme également le lien entre les générations et la continuité des traditions.
Au-delà de sa dimension spirituelle, la fête de l’igname revêt aussi une fonction sociale. Elle constitue une occasion de rassemblement et de partage entre les familles et les membres de la communauté. Les festivités permettent de célébrer la récolte, de remercier pour l’abondance et de marquer symboliquement l’ouverture d’une nouvelle saison agricole.
Pour certains pratiquants, consommer la nouvelle igname avant l’accomplissement des rites peut être perçu comme une transgression de la tradition. « Malchance, maladie ou mauvaises récoltes à venir », estime Ganigui, évoquant les conséquences que certaines croyances traditionnelles associent au non-respect de ces prescriptions.
D’une communauté à une autre, les pratiques peuvent toutefois différer. Mais, derrière ces variations demeure une même volonté : préserver un héritage culturel transmis de génération en génération. La fête de l’igname apparaît ainsi comme un moment où l’alimentation dépasse sa simple fonction nutritive pour devenir un langage culturel, spirituel et communautaire.
À l’heure où les modes de vie évoluent et où certaines pratiques ancestrales tendent à s’effacer, la célébration de l’igname rappelle l’importance de la transmission du patrimoine immatériel. Dans les villages comme dans les villes, cette fête continue de faire vivre des gestes, des paroles et des croyances qui racontent une partie de l’histoire et de l’identité des communautés béninoises.
Cécile BRISSO (Stg)
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