En République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi, lors d’une conférence de presse, ce mercredi 6 mai 2026, a conditionné la tenue des prochaines élections générales de 2028 à la fin du conflit dans l’est du pays.
Le chef de l’État congolais a comparé la situation en RDC avec la guerre en Ukraine, où les élections ont été suspendues depuis le début de l’invasion russe. Une comparaison qui a été critiquée, tandis que les Congolais de l’est du pays ont mal reçu cette déclaration.
Pas d’elections sans l’Est de RDC
Le président Félix Tshisekedi a précisé qu’il ne refuse pas d’organiser les élections, car, selon lui, il y a les ressources pour cela, mais il estime, en même temps, que la RDC ne peut pas organiser l’élection présidentielle, ou le scrutin législatif, sans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, contrôlées en partie par les rebelles de l’AFC-M23.
“Comment est-ce qu’on va organiser les élections ? Regardez en Ukraine. En Ukraine, ça fait deux ans qu’il aurait dû y avoir des élections. Mais le monde entier a compris que monsieur Zelensky, le président Zelensky, ne peut pas les organiser. Et c’est vrai. Comment est-ce qu’ils vont organiser en ayant le couteau sous la gorge, comme c’est le cas“, s’interroge t-il.
Un discours mal perçu dans l’Est
Les villes de Goma et de Bukavu, ainsi que plusieurs localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont, depuis plus d’une année, sous le contrôle de l’AFC-M23, une rébellion soutenue par le Rwanda.
Dans la partie qui échappe désormais au contrôle de Kinshasa, le discours du président Tshisekedi n’a pas été bien accueilli.
Patrick Mundeke affirme que “Tshisekedi dit qu’il n’y aura pas d’élection tant qu’il y a la guerre dans l’est. La guerre ? En 2023, il n’y avait pas la guerre ? … Il y avait la guerre et il est parti aux élections.”
“Nous ne pouvons que dire que monsieur Félix Tshisekedi est en train de préparer une crise dont lui-même n’aura aucun contrôle », avertit Franc Mbutu. “Nous, enfants de Goma et Bukavu, il y a quelque chose qu’on attendait de lui. Un message d’espoir. Par exemple, qu’il nous dise chronologiquement, tel mois, tel jour… Ou bien nous montre l’évolution des choses. Mais malheureusement, il nous a laissés entre les mains de Dieu“, s’exclame Samuel Faraja.
Des experts rejettent la comparaison et recadrent
Certains analystes estiment aussi que la situation en Ukraine est différente de celle dans l’est de la RDC. Pour le professeur Jules Nyanza, expert en relations internationales et enseignant à l’université de Goma, comparer la situation dans les deux pays est une erreur d’appréciation. “L’Ukraine est un pays agressé par la Russie. Mais en RDC, c’est une rébellion au sein de laquelle on identifie les enfants de la RDC qui se révoltent contre le pouvoir. Des enfants de la République qui ont un cahier des charges, et avec lesquels le gouvernement négocie« , explique t-il en rappelant : « en Ukraine, il n’y a pas Makenga, il n’y a pas Bisimwa, il n’y a pas Corneille Nangaa. Entre l’Ukraine et la RDC, ce sont deux situations différentes.“
Alors que la tenue des élections de 2028 est remise en question, l’Union sacrée de la nation, la plateforme politique du président Félix Tshisekedi, avance vers un référendum pour le changement de la Constitution. La semaine dernière, le projet de loi prévoyant cette réforme a été déclaré recevable par l’Assemblée nationale.
Crédit: Lien source