Un centre de médecine nucléaire en Guyane : le projet de Séverine Colombine pour son retour au péyi

Elle souhaite ouvrir le premier centre de médecine nucléaire de Guyane. Sur les réseaux sociaux, vous êtes peut-être tombé sur ce post qui cumule plus de 1 000 mentions « j’aime ».

Son autrice, c’est Séverine Colombine et elle est technicienne supérieure en imagerie médicale. Elle a quitté la Guyane en 2007, à ses 18 ans, pour intégrer une école d’imagerie médicale à Paris. Après s’être engagée dans l’armée, elle a exercé six ans à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, puis à la Pitié-Salpêtrière pendant deux ans. Depuis 2017, elle travaille au CHU de Guadeloupe où se trouve le premier TEP-scan des Antilles – Guyane, une technique récente d’imagerie moléculaire.

La prochaine étape, « c’est de pouvoir amener cette spécialité sur le département et de créer le premier centre de médecine nucléaire de la Guyane« , explique Séverine Colombine.

Quelques mots sur la médecine nucléaire

À ce jour, il y aurait plus de 200 centre de médecine nucléaire en France.

« La médecine nucléaire, c’est une imagerie médicale… comme la radio, le scanner, l’IRM. Pour ces modalités, ce sont eux qui émettent les rayons X ou les ondes magnétiques. Alors qu’en médecine nucléaire, il faut qu’on injecte une petite dose de produits radioactifs qui va interagir dans le corps du patient. Et c’est cette dose radioactive là qui va faire que le patient émet des rayons. Et nos machines vont récolter ces rayons-là pour former l’image. »

Séverine Colombine

Deux méthodes sont utilisées en médecine nucléaire : la scintigraphie et le TEP-scan. « On manipule des produits radioactifs. Donc tout est contrôlé, tout est sous procédure […] On va travailler avec des protections qui sont plombées et qui réduisent l’émission de radioactivité« , explique cette manipulatrice radio.

Une bataille administrative

En février 2025, l’agence régionale de santé a ouvert deux fenêtres de dépôt des demandes d’autorisation d’activités de soins et d’équipements matériels lourds pour plusieurs activités, dont la médecine nucléaire. « Il faut savoir que la médecine nucléaire est très, très réglementée et équipée de ce qu’on appelle des matériaux lourds, donc ce sont des machines qui sont importantes, on est soumis en fait à une demande d’autorisation« , précise la spécialiste.

« L’ARS étudie votre dossier et en fonction de ce qu’il comporte, de votre vision, sur plusieurs termes, court, moyen et long terme, ils vous délivrent un avis technique. Donc ils jugent la faisabilité de votre dossier par rapport à leurs attentes, par rapport aux besoins du département, à l’offre de soins du département« , détaille la spécialiste. Pour déposer son dossier et obtenir l’autorisation nécessaire dans le cadre de l’ouverture d’une fenêtre, elle a travaillé pendant 10 ans.

« Il a été étudié par l’ARS. Il a ensuite reçu un avis technique favorable. Mais ensuite, on s’est retrouvé face à un refus d’obtenir cette autorisation pour s’installer. C’est un dossier que j’ai réfléchi par rapport à l’offre de soins de la Guyane, par rapport aux besoins de notre département. Donc j’ai été fortement surprise. Et c’est pour ça qu’on a engagé un recours auprès du tribunal administratif de Guyane. Et après deux recours, on a enfin obtenu de la part de l’ARS l’autorisation d’installer et de créer ce service. »

Séverine Colombine

Ce centre sera semblable à « un mini-cabinet d’imagerie comme on peut en trouver classiquement à l’IRM, au scanner ou encore en radio« , décrit Séverine Colombine. Il devrait notamment ouvrir des postes comme ceux de manipulateurs radio, médecins ou physiciens médicaux. « Et j’espère que nos étudiants qui sont aujourd’hui dans le cursus de médecine, ça leur donnera sans doute envie d’aller vers ces spécialités parce qu’il y aura l’arrivée de cet outil« , ajoute-t-elle.

Moins de départs pour les Guyanais

La médecine nucléaire est notamment utilisée pour le traitement des cancers via la radiothérapie interne vectorisée. En Guyane, selon l’ARS, celle-ci est nécessaire à près des deux tiers des 500 cancers diagnostiqués chaque année chez des patients guyanais. Ces patients pourraient être traités sur place.

« La médecine nucléaire, ça intervient aussi dans tout ce qui est maladies cardiovasculaires. On a tous autour de nous de la famille ou des amis qui sont hyper tendus ou diabétiques. On va pouvoir traiter tout ce qui est thyroïde. Parce qu’avec la présence du mercure dans nos eaux, on a beaucoup de nos compatriotes qui ont des dérèglements hormonaux, des problèmes de thyroïde. »

Séverine Colombine

Au CHU de Guadeloupe où elle travaille en ce moment, Séverine Colombine reçoit beaucoup de Guyanais en attente de greffe rénale : « ces gens-là, ils vont pouvoir réaliser tous leurs examens sur le département.« 

Un laboratoire nécessaire

Une fois le centre installé, l’un des produits radioactifs utilisés pour la médecine nucléaire doit être fabriqué sur place. Ceux pour la scintigraphie viennent de l’hexagone et peuvent être envoyés. En revanche, pour le TEP-scan, c’est différent.

« C’est un produit radioactif dont le temps de vie est beaucoup plus limité. Généralement, il est fabriqué aux alentours, on va dire, du centre. C’est comme si vous prenez une boule de glace en Martinique, vous la mettez dans l’avion et vous la faites arriver en Guyane. Elle arrivera et il n’y aura plus rien du tout. Et c’est pour ça que c’est important que l’on puisse produire ce produit radioactif directement sur les départements. »

Séverine Colombine

Ce centre de médecine nucléaire à venir, tout comme le laboratoire qui devra l’accompagner, « nous fait aussi gagner une certaine autonomie sanitaire« , affirme la technicienne supérieure en imagerie médicale, à l’heure où l’on prône l’autonomie pour la Guyane.

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