Un extrait vidéo d’un député progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick prononçant un discours à l’Assemblée législative en juin est devenu viral ces derniers jours parce que le discours a été rédigé à l’aide de l’intelligence artificielle. C’est un fait que Bill Oliver a reconnu mercredi.
Voici une version plus naturelle et plus fluide de ce passage, qui se lit davantage comme un discours législatif que comme une succession de points succincts.
C’est ce que dit en anglais (nouvelle fenêtre) Bill Oliver, député de Kings-Centre, le 9 juin dernier au milieu d’un discours de 35 minutes.
Bill Oliver est député de Kings-Centre depuis 2014.
Photo : La Presse canadienne / Kevin Bissett
Plusieurs se sont interrogés sur ce passage puisqu’il ressemble beaucoup au style de réponse qu’un robot conversationnel, comme ChatGPT, pourrait avoir formulé.
L’extrait de son discours a été publié sur Reddit la semaine dernière avant d’être relayé par divers médias dans le monde, comme Brut America et Al-Jazeera.
Deux autres moments de son discours semblaient aussi être des réponses d’un robot conversationnel.
Cette version devrait […] Voici une version plus développée et plus fluide de cette section.
Cette section finit de manière sèche […] excusez-moi
, dit-il après une hésitation.
[J’ai] utilisé l’intelligence artificielle pour préparer mon discours. À l’impression de la version finale, les indications de l’IA, prononcées par moi-même, n’ont pas été supprimées, ce qui a suscité de [nombreuses] inquiétudes
, a reconnu Bill Oliver dans une déclaration envoyée mercredi.
L’IA est devenue un outil de plus en plus utilisé dans de nombreux domaines, mais elle ne devrait jamais remplacer notre capacité à exprimer nos pensées et nos convictions. Le message de mon discours était bien le mien, et j’ai tiré une leçon importante de cette expérience
, ajoute l’ancien ministre du gouvernement de Blaine Higgs.
Bill Oliver est un être humain, il a fait une erreur
, affirme le chef par intérim du Parti progressiste-conservateur, Glen Savoie.

Le chef de l’opposition officielle du Nouveau-Brunswick, Glen Savoie.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
On va continuer d’apprendre comment utiliser cet outil, mais c’est seulement un outil, ce n’est pas quelque chose qu’on doit utiliser à 100 % pour les discours
, ajoute-t-il.
Les députés n’ont pas été élus pour lire des discours créés par l’IA
Les députés du Parti vert ont tout de suite dénoncé le discours de Bill Oliver, qui est aussi whip de l’opposition.
Si les députés commencent à utiliser l’IA dans leurs discours dans la Chambre, on devrait juste mettre des robots conversationnels sur les bureaux et les laisser aller
, s’est exclamé David Coon le 10 juin en chambre.
Le Parti vert est le seul parti représenté à l’Assemblée législative à avoir des politiques qui encadrent l’utilisation de l’IA.
Les députés n’ont pas été élus pour lire des discours créés par l’intelligence artificielle. On a été élus pour être la voix de notre circonscription
, a affirmé la députée verte de Tantramar, Megan Mitton, en entrevue mercredi.

Megan Mitton est la députée de Tantramar.
Photo : Radio-Canada / Nadia Gaudreau
Elle dit avoir entendu plusieurs discours rédigés par l’IA ce printemps. Elle assure que les deux députés verts n’utilisent pas de robots conversationnels pour rédiger leurs discours.
Il y a des staffers qui écrivent des discours pour des ministres ou des députés. Moi, j’écris beaucoup de mes discours. Il y a des fois ou j’ai besoin de l’aide pour de la recherche ou écrire une partie de quelque chose, mais je le lis avant de le dire en chambre.
Le Parti vert demande plus de directives et de règlements sur l’utilisation des robots conversationnels par les politiciens.
Pour sa part, le Parti libéral affirme dans une déclaration envoyée à CBC que le caucus libéral n’a pas de politique formelle sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par ses membres à l’Assemblée législative.
Plus de balises pour l’utilisation de l’IA ?
Selon, Moulay Akhloufi, professeur au Département d’informatique de l’Université de Moncton et sommité de l’IA en Atlantique, l’apparition de l’utilisation de l’IA est symptomatique de sa plus grande présence partout dans nos vies.
Il est donc normal à mon avis que les politiciens l’utilisent aussi
, croit-il.

Le professeur d’informatique Moulay Akhloufi, de l’Université de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Alexandre Silberman
Moulay Akhloufi indique que le plus important, c’est de bien savoir utiliser l’IA.
Lorsqu’on souhaite s’en servir pour améliorer un texte ou un discours, il est généralement nécessaire de lui fournir les principaux points à traiter, de définir le contexte et de fournir toute l’information pertinente afin de guider la génération vers un résultat le plus fidèle possible à ce que l’on souhaite exprimer.
Il ajoute que les politiciens doivent vérifier que le contenu reflète bien leur pensée.
Celui qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche en intelligence artificielle en santé de l’Université de Moncton estime que l’ajout de balises ou d’indications pourrait contribuer à encadrer l’utilisation de l’IA.
Je crois d’ailleurs que les politiciens pourraient donner l’exemple à cet égard, puisque cette question dépasse largement le cadre politique et concerne l’ensemble de la société.
Avec les informations de Victoria Walton, de CBC
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