Un mécanicien gagne désormais en moyenne 68.000 euros en Allemagne: pour le patron de Randstad, les jeunes doivent oublier les jobs de bureau s’ils veulent bien gagner leur vie (à cause de l’IA)
Dans une interview à la chaîne américaine CNBC, le patron de Randstad assure que le boom de l’IA est en train de revaloriser les métiers techniques, dont les salaires explosent sous l’effet de la construction massive de data centers, tandis que les compétences humaines et l’expertise IA deviennent de plus en plus stratégiques sur le marché du travail.
Est-on à l’aube d’une révolution qui va voir les cols bleus prendre le pouvoir économique aux cols blancs? La transformation du monde économique promise par l’intelligence artificielle est peut-être bien plus profonde et radicale qu’on ne l’imagine. C’est en tout cas ce que suggère en filigrane un expert du marché de l’emploi. Et non des moindres puisqu’il s’agit de Sander van’t Noordende, directeur général du géant néerlandais du recrutement Randstad. Dans un entretien à la chaîne américaine CNBC, la patron du numéro 1 mondial de l’intérim et du recrutement a recommandé mercredi aux jeunes de s’orienter vers les métiers techniques lors d’une interview accordée à l’émission « Squawk Box Europe ».
L’époque où aller à l’université garantissait automatiquement une carrière très rémunératrice est révolue selon lui alors que les travailleurs qualifiés des métiers techniques ont vu leurs salaires augmenter de 30% ces dernières années. « Je dirais que l’époque où l’on allait à l’université pour finir dans un bureau est terminée, a affirmé Noordende. Il faut être plus malin que ça. Je pense que la technologie, sous toutes ses formes, reste une excellente voie de carrière. »
« Les métiers techniques spécialisés progressent très rapidement. On peut y faire une belle carrière et bien gagner sa vie. C’est clairement une voie professionnelle d’avenir », a-t-il ajouté.
+30% en 4 ans
Selon les dernières données de Randstad partagées avec CNBC, les métiers techniques spécialisés offrent désormais des salaires capables de rivaliser avec ceux des emplois de bureau traditionnels. Les rémunérations ont augmenté de 30% aux États-Unis au cours des quatre dernières années, de 21% aux Pays-Bas, de 18% en Allemagne et de 9% au Royaume-Uni. Les mécaniciens gagnent désormais en moyenne 70.000 euros aux Pays-Bas et 68.000 euros en Allemagne, tandis que dans le secteur britannique du logement et de la construction, les salaires moyens dépassent 69.800 euros.
Le nombre de centres de données qui sont les infrastructures spécialisées qui alimentent le boom de l’IA augmente rapidement et nécessite une importante main-d’œuvre sur le terrain, notamment des travailleurs qualifiés. Cette situation a fortement accru la demande pour ces profils ces dernières années.
« La révolution numérique nécessite une immense infrastructure physique, avait déjà déclaré le patron de Randstad en mars. Le débat sur l’impact de l’IA sur le marché du travail se concentre entièrement sur la question de savoir si les modèles génératifs vont remplacer les emplois de bureau. Mais une réalité essentielle est complètement ignorée: l’IA ne peut pas construire ses propres centres de données. »
Les géants technologiques comme Alphabet, Microsoft, Meta et Amazon ont prévu de dépenser près de 700 milliards de dollars cumulés cette année pour construire leurs propres centres de données, créant ainsi des opportunités pour des milliers de travailleurs. Une analyse de Randstad portant sur 50 millions d’offres d’emploi réalisée en mars montre qu’entre 2022 et 2026, la demande de travailleurs pour les data centers a fortement progressé: les offres pour les techniciens en robotique ont augmenté de 107%, celles pour les ingénieurs HVAC (chauffage, ventilation, climatisation) de 67%, et celles pour les techniciens en automatisation industrielle de 51%.
L’intelligence émotionnelle est réompensée
Les données les plus récentes de Randstad montrent également que les travailleurs débutants disposant de compétences en intelligence artificielle peuvent obtenir des salaires jusqu’à 25% plus élevés, alors même que les jeunes diplômés peinent de plus en plus à trouver un emploi.
« L’IA est un accélérateur de carrière et de salaire pour les nouveaux entrants sur le marché du travail, a déclaré Noordende. À condition d’y associer des compétences sociales… les soft skills [compétences humaines], le jugement, la collaboration, l’empathie… peuvent considérablement accélérer une carrière. »
Cette prime est particulièrement visible dans les métiers techniques comme le développement logiciel: aux États-Unis, le salaire d’entrée passe de 85.000 à 105.000 dollars avec des compétences supplémentaires en IA. Par ailleurs, les travailleurs ayant obtenu des certifications en IA sont promus jusqu’à 3,5 fois plus rapidement que leurs collègues, selon les données de Randstad.
Les jeunes diplômés arrivent aujourd’hui sur un marché du travail de plus en plus compétitif et peinent à décrocher des postes, alors que l’IA fragilise de nombreux emplois d’entrée de gamme. Cependant, à mesure que les employeurs exigent davantage de compétences en IA et suppriment certains postes peu qualifiés, l’intérêt pour les compétences humaines augmente également. La demande pour l’intelligence émotionnelle et la créativité a respectivement bondi de 173% et 168%, selon Randstad.
Noordende explique qu’il est « plus facile » d’acquérir des compétences techniques, tandis que tout le monde ne maîtrise pas naturellement la communication, l’empathie ou la capacité à construire des relations clients, des qualités bien plus complexes à développer.
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