« Une létalité très élevée » : ce que l’on sait de l’hantavirus des Andes, ce variant dangereux qui a fait trois morts
Emma Derome
Publié le
C’est désormais officiel. Après des analyses réalisées sur l’un des passagers du navire de croisière MV Hondius où un foyer d’hantavirus s’est déclaré en plein océan Atlantique, on connait désormais la souche du virus qui a fait plusieurs morts sur le bateau. Il s’agit de la souche des Andes de l’hantavirus, ont indiqué les autorités d’Afrique du Sud, où deux des passagers infectés ont été évacués pour être soignés. L’un d’entre eux est décédé, l’autre a survécu. On fait le point avec le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste.
C’est quoi, la souche des Andes de l’hantavirus ?
Les tests de séquençage sur ce dernier montrent qu’il s’agit bien de la souche des Andes. « Il s’agit de la seule souche, parmi les 38 connues, à pouvoir se transmettre d’une personne à l’autre », a expliqué le ministre de la Santé sud-africain, Aaron Motsoaledi.
Aussi appelé virus des Andes, ce variant est donc une forme d’hantavirus présente en Amérique du Sud, en particulier en Argentine et au Chili, qui peut être particulièrement dangereux.
La létalité du virus des Andes est très élevée (32% lors de la dernière épidémie survenue lors d’un rassemblement en Argentine) et ses formes graves sont très nombreuses (56% des infections conduisent à l’hospitalisation en soins intensifs).
Trois morts sur un bateau de croisière
L’OMS a fait état, dans son dernier bilan, de trois morts liés à ce foyer d’infection à hantavirus. Les passagers devaient relier Ushuaïa, en Argentine, jusqu’au Cap-Vert, au large de l’Afrique de l’Ouest, à bord de ce bateau battant pavillon néerlandais. En tout, sept personnes ont été affectées, dont les trois qui sont décédées, un passager britannique qui se trouve en soins intensifs à Johannesburg, en Afrique du Sud, où une escale a été faite, et un autre passager qui a été hospitalisé à Zürich, en Suisse, ce mercredi 6 mai, après son retour de la croisière.
Selon le site de l’armateur, le navire peut accueillir 170 passagers et comptait quelque 70 membres d’équipage. Mais le navire de croisière ayant fait plusieurs escales, on sait que des cas contacts peuvent encore être déclarés.
Quels sont les symptômes ?
La souche des Andes de l’hantavirus peut provoquer des symptômes pulmonaires sévères, comme un syndrome respiratoire aigu, des œdèmes pulmonaires, mais aussi une fièvre hémorragique. Mais les premiers symptômes cliniques sont généralement ceux de la grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires. « Bien que rare, l’hantavirus peut se transmettre d’une personne à l’autre et entraîner des maladies respiratoires graves ; il nécessite une surveillance attentive des patients, un soutien et une prise en charge appropriés », a indiqué l’Organisation mondiale de la santé.
En l’absence de vaccin comme de médicaments spécifiques contre les hantavirus, les traitements proposés consistent uniquement à soulager les symptômes et à surveiller les patients à l’hôpital.
Les hantavirus se transmettent à l’être humain, à la base, par l’intermédiaire de rongeurs sauvages infectés, tels que des souris ou des rats, qui excrètent le virus par la salive, l’urine et les excréments. Une morsure, un contact avec ces rongeurs ou leurs déjections ainsi que l’inhalation de poussière contaminée peuvent provoquer une infection.
« La contamination humaine se fait généralement par inhalation de poussières et aérosols, contaminés par les excrétas des animaux infectés (urines, déjections, salive), au cours d’activités en forêt ou dans des locaux proches de la forêt et longtemps inhabités ainsi que lors d’activités dans des zones rurales où les champs et les fermes offrent un habitat favorable pour les rongeurs réservoirs », indique le site de l’Agence nationale de santé publique française.
Un virus « très contagieux », plus que la grippe
Une fois qu’un humain est infecté, tout peut aller très vite. Cet hantavirus « est très contagieux », selon le professeur Flahault, « puisque la dernière épidémie rapportée dans le The New England Journal of Medicine (NEJM) en 2020 fait état d’un taux de reproduction de 2,2 avant la mise en place de mesures de contrôle. Ce taux est de 1,5 pour la grippe saisonnière, c’est donc un virus plus transmissible que la grippe ».
Une donnée qui nuance les communications faites jusqu’à présent par les autorités de santé, y compris par le ministre de la Santé sud-africain, qui a déclaré que « cette transmission est très rare et ne se produit qu’en cas de contact très étroit entre les personnes ».
Cela dit, l’hantavirus reste une maladie rare. Environ 200 cas de syndrome pulmonaire à hantavirus surviennent chaque année en Amérique du Nord et du Sud, d’après le site de l’agence de la santé publique du Canada.
Parmi les victimes décédées se trouvaient un couple de Néerlandais de 70 et 69 ans, ainsi qu’une passagère allemande. Le bateau de croisière néerlandais est toujours bloqué au Cap-Vert, mais devrait rejoindre les Canaries d’ici quelques jours.
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