VIDEO. Accord-cadre avec l’État : « Faire croire que tout est décidé, c’est faux », Serge Letchimy défend « une étape historique » pour la Martinique
Au cœur des critiques, Serge Letchimy tient d’abord à rappeler que la signature de l’accord-cadre ne modifie pas le statut institutionnel de la Martinique. Selon lui, ce document constitue uniquement le point de départ de discussions avec l’État, engagées après plusieurs années de travaux menés par le Congrès des élus, des consultations publiques et des échanges avec le président de la République.
Le président de la collectivité insiste sur un point : aucune évolution ne pourra intervenir sans consultation populaire. « Le peuple sera consulté. C’est le peuple qui aura le dernier mot. » Il dénonce ainsi les interprétations laissant entendre que l’autonomie serait déjà actée. « Faire croire à la population que c’est déjà acquis, que nous sommes déjà basculés dans l’autonomie, c’est faux. »
Davantage de responsabilités, sans remettre en cause les acquis sociaux
Pour Serge Letchimy, l’objectif poursuivi est de permettre à la Martinique d’adapter localement certaines règles dans les domaines relevant déjà de ses compétences, comme l’urbanisme, l’environnement, l’eau, les transports ou encore les déchets. Selon lui, les délais imposés par les procédures nationales ralentissent considérablement les politiques publiques. « Nous gardons l’égalité des droits et nous ajoutons le droit à la différenciation. »Le président assure que les grands acquis de 1946 ne seraient pas remis en cause.« On ne touche pas à la Sécurité sociale, ni aux droits des citoyens, ni à l’éducation. »
Une évolution présentée comme un levier de développement économique
Interrogé sur les retombées concrètes d’une évolution institutionnelle, Serge Letchimy estime que davantage de pouvoir normatif permettrait d’accélérer les projets économiques. Il cite notamment le développement des énergies renouvelables, la politique de l’eau, l’agriculture, les transports ou encore l’aménagement du territoire, aujourd’hui soumis, selon lui, à des procédures nationales trop longues. « Pour faire avancer certains projets, il faut frapper à la porte de Paris à chaque étape. C’est foutu d’avance. »Le président estime qu’une plus grande capacité d’adaptation locale permettrait de construire un modèle de développement davantage tourné vers la production locale, l’emploi des jeunes et l’innovation.
Le monde économique invité à participer aux futures discussions
Face aux inquiétudes exprimées par certains représentants du monde économique, Serge Letchimy réfute toute absence de concertation. Il considère que les réactions reposent en partie sur une méconnaissance du contenu de l’accord.« Faire croire que tout est décidé, c’est faux. »
Selon lui, les entreprises seront pleinement associées lorsque les discussions entreront dans le détail des futures compétences, notamment sur la fiscalité, l’aménagement du territoire ou encore les marchés publics. « Le monde économique a un projet, on verra. Ce projet sera intégré dans tout le processus. »
Au-delà des aspects institutionnels, Serge Letchimy présente cette démarche comme une question de reconnaissance politique. Pour lui, obtenir davantage de responsabilités ne signifie pas réclamer davantage d’argent, mais permettre à la Martinique de décider davantage pour elle-même.« Plus de responsabilité, ce n’est pas pour avoir plus d’argent. Plus de responsabilité, c’est plus de dignité, plus d’honneur et plus d’efficacité. »
Le président estime que cette évolution doit permettre de donner davantage de confiance à la jeunesse martiniquaise et de construire un développement mieux adapté aux réalités locales.
Une situation financière que Serge Letchimy juge préoccupante
Interrogé sur les difficultés budgétaires de la Collectivité Territoriale de Martinique, Serge Letchimy reconnaît une situation financière « compliquée ». Selon lui, la CTM souffre d’un déséquilibre structurel entre des recettes insuffisantes et des dépenses obligatoires qui laissent peu de marges pour investir. Le président admet également que les délais de paiement des entreprises et des associations restent trop longs, une situation qui fragilise le tissu économique martiniquais. « Je ne nie pas que les délais de paiement ne sont pas bons. On améliore, mais ce n’est pas bon », reconnaît-il.
Pour redresser les finances, la collectivité a engagé un vaste plan d’optimisation de 200 millions d’euros, dont 92 millions auraient déjà été réalisés grâce à des économies de fonctionnement, une réorganisation immobilière et de nouvelles recettes. Malgré ces contraintes, Serge Letchimy affirme avoir maintenu un niveau d’investissement inédit, compris entre 250 et 330 millions d’euros par an, tout en assurant que l’amélioration de la situation financière demeure une priorité.
Une étape qui marque aussi la fin d’un parcours politique
Au-delà de la portée institutionnelle de cet accord-cadre, Serge Letchimy y voit également l’aboutissement d’un engagement politique personnel.
À plusieurs reprises durant l’entretien, le président du Conseil exécutif a laissé entendre que cette signature constituait l’une des dernières grandes étapes de son action publique. « Ma mission se termine », affirme-t-il, en rappelant la promesse faite à Aimé Césaire de défendre l’égalité des droits tout en ouvrant la voie à davantage de responsabilités pour la Martinique. Assurant avoir « ouvert une porte » pour les générations futures, il estime avoir accompli l’essentiel de son engagement.
Une déclaration qui s’inscrit dans la perspective de son retrait annoncé de la vie politique active, Serge Letchimy ayant déjà indiqué qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat à la présidence de la Collectivité Territoriale de Martinique lors des prochaines élections territoriales. Pour lui, la suite de ce projet appartiendra désormais à une nouvelle génération d’élus, appelée à poursuivre le travail engagé.
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