VIDÉO. « Il a donné sa vie pour protéger les autres » : il y a 50 ans, un pompier ardennais de 16 ans mourait au feu

Un demi-siècle s’est écoulé, mais les souvenirs sont intacts. L’émotion aussi. Le décès du jeune Jean-Pierre Tristant, sapeur-pompier de 16 ans, lors des incendies de l’été 1976, a bouleversé les Ardennes. Ce traumatisme, Dominique Petitjean, l’un de ses coéquipiers, s’en souvient parfaitement. Les images et les mots sont gravés à jamais dans sa mémoire. « Ça m’a marqué. Ça m’a marqué, répète-t-il. Je le tenais, je l’ai porté, il était conscient. »

« Jean-Pierre était calme et bien gentil. C’était un bon gamin »

Dominique Petitjean, un ancien coéquipier

Le mercredi 25 août 1976, en début d’après-midi, la sirène retentit à Monthermé. Signe, pour les sapeurs-pompiers volontaires, qu’il faut rallier la caserne le plus rapidement possible. « Ça brûlait déjà de partout, se remémore le caporal de 28 ans qu’il était à l’époque. C’étaient les gendarmes qui avaient un bouton pour activer l’alarme. » Dominique Petitjean quitte alors son poste de tourneur à la Sefac et rejoint ses coéquipiers avant d’embarquer à bord d’un fourgon.

Pompiers encerclés par le feu

Parmi eux, Jean-Pierre : il a intégré la caserne un mois plus tôt. « Il était calme et bien gentil. C’était un bon gamin, se souvient-il. Son père était pompier. » L’intervention du jour : un incendie dans la côte du Loup, aux Hautes-Rivières, un de plus dans la vallée de la Meuse.

Dominique Petitjean, camarade d’intervention, a été témoin de l’accident qui a coûté la vie à Jean-Pierre Tristant, jeune pompier de 16 ans. – J-G.V.

Ils sont donc six, de Monthermé, à rejoindre les bords escarpés de la route départementale 13. L’endroit sert de décharge et regorge de dépôts sauvages en tout genre, désormais en proie aux flammes. L’équipe intervient sur un terrain très pentu. « Les gamins sont descendus en premier avec des seaux-pompes, pendant que nous étions en haut en train d’établir les tuyaux. Soudain, on a entendu une explosion. On est vite descendus et on l’a vu en feu. Il roulait dans la pente en enflammant le sous-bois », retrace Dominique, la voix serrée.

Très vite, les pompiers se retrouvent encerclés par le feu et ne peuvent plus regagner leur véhicule. Ils descendent alors la pente et rejoignent la route en contrebas avant de tomber sur une automobiliste, une infirmière. « Je le tenais, je le portais… Ça m’est resté… Il était conscient. Dans la voiture, il m’a dit : « Je n’ai plus de cheveux et le ventre tout dur. » » Une phrase qui hante encore Dominique, 50 ans plus tard.

La caserne porte son nom

L’adolescent a ensuite été transféré en urgence à l’hôpital des grands brûlés de Metz, où il a succombé à ses graves blessures vers 22 heures. Le chef de centre annoncera la terrible nouvelle à l’équipe le lendemain. « Un choc ! » L’origine de la déflagration reste indéterminée. Nul ne sait exactement ce qui figurait parmi ces déchets. L’Ardennais de l’époque parle « d’un fût enflammé, renfermant un mélange d’hydrocarbures » ou encore « d’un bidon meurtrier rempli d’acides ».

Aujourd’hui, le visage juvénile de Jean-Pierre Tristant trône en photo à l’entrée de la caserne de Monthermé. Une caserne qui porte d’ailleurs son nom. « Il a donné sa vie pour protéger les autres, les habitations, la faune et la flore. C’est un exemple pour les jeunes », appuie le lieutenant Éric Lambert. L’actuel chef de centre a prévu de lui rendre hommage le 25 août prochain avec un dépôt de gerbe. La devise des pompiers, « Sauver ou périr », trouvera un sens particulier lors de cette cérémonie honorant la mémoire de Jean-Pierre Tristant, mort au feu à 16 ans.


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