Lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane : réouverture de l’instruction sur les circonstances des décès de trois militaires en 2019
« On est satisfait que la justice soit passée. Nous estimons qu’il y avait des éléments suffisants pour que le dossier ne soit pas fermé par le juge d’instruction », confie Maître Jérôme Bouquet-Elkaïm, l’avocat de la famille du sergent-chef Edgar Roellinger, l’une des trois victimes. « Il faut caractériser des violations de sécurité et de prudence imposées par la loi et le règlement. Ce que nous reprochions à l’instruction jusque-là, c’est d’avoir fait fi du cadre réglementaire », ajoute l’avocat inscrit au barreau de Rennes.
« Il y a un cadre réglementaire assez large pour ce type d’opération, qui découle du Code de la défense et du Code du travail, qui auraient dû être pris en considération. C’est ce travail qui va pouvoir être mené par le juge d’instruction », se réjouit Maître Bouquet-Elkaïm. En plus du supplément d’information, « la chambre ordonne la mise en examen de trois officiers qui étaient en charge des opérations sur le terrain », informe-t-il. « Nous attendons que les responsabilités soient établies conformément à la loi », conclut l’avocat.
Émanations toxiques
C’est un rebondissement judiciaire, près de sept ans après les faits. Le 17 juillet 2019, les sapeurs du 19ème Régiment du génie de Besançon détruisent puits et galeries à coups d’explosifs, dans la zone de mines d’or souterraines illégales de Saint-Jean d’Abounami, dans la commune de Papaïchton. En milieu d’après-midi, des militaires descendent dans un puits pour y déposer des charges explosives. Trois d’entre eux meurent victimes d’émanations toxiques, cinq autres seront évacués, dont l’un dans un état grave, précise la ministre des armées de l’époque, Florence Parly.
En février 2020, le site Guyaweb révèle que l’enquête préliminaire menée par le parquet conclut à une intoxication au monoxyde de carbone. Cinq mois plus tard, le procureur Samuel Finielz ouvre une information judiciaire contre X pour « homicides et blessures involontaires ». L’hypothèse la plus probable est l’émission de monoxyde de carbone issue d’une explosion peu de temps avant dans une autre galerie, le gaz toxique s’étant propagé dans la galerie mortelle, les deux communiquant entre elles.
Pas d’équipements de protection
L’enquête est confiée à une juge d’instruction. En septembre 2025, la magistrate prononce un non-lieu. Il n’y aurait donc pas assez d’éléments dans le dossier pour aller au procès et poursuivre au pénal d’éventuels responsables. Les familles de deux victimes contestent ce non-lieu devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Cayenne.
Le dossier a été examiné le 4 février à huis clos. Selon nos informations, les avocats des familles ont plaidé notamment le manquement de l’armée aux obligations de sécurité. Un exemple : le jour du drame, les victimes ne portaient pas d’équipements de protection ou d’appareils pour prévenir d’éventuelles émanations toxiques.
Cette affaire a entraîné le renforcement des mesures de sécurité lors des opérations de destructions à l’explosif de mines d’or souterraines clandestines par les forces armées. L’an dernier, 164 puits ont été détruits en Guyane, selon la préfecture.
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