21/04/26
Enquête CSF : des résultats inédits sur la sexualité en Guyane
Entre mai 2023 et janvier 2024, 10 259 Ultramarins, dont environ 2 500 Guyanais, ont répondu à l’enquête Contexte des sexualités en France, menée par l’Inserm. Leurs réponses ont été analysées par le CHU de Guyane et l’Observatoire régionale de la santé de La Réunion. Les résultats ont été présentés mardi dernier, à l’Institut Santé des populations en Amazonie, à Cayenne. Ils révèlent la singularité de la Guyane, en particulier chez les plus jeunes.
Depuis 2006, l’Inserm mène l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF). Sa quatrième édition, réalisée en 2023, a inclus pour la première fois dans les Outre-mer. L’objectif était de recueillir « des indicateurs qui vont éclairer la Stratégie nationale en santé sexuelle, de manière adaptée à chaque territoire ». Les résultats ont été dévoilés mardi par les équipes chargées d’analyser les réponses des Outre-mer : le Département Recherche Innovation Santé Publique (Drisp) du CHU de Guyane, l’Observatoire régionale de la santé de La Réunion et l’Inserm. Ils révèlent une situation singulière de la Guyane par rapport aux Antilles et à La Réunion.
A l’époque, les participants, tirés au sort, étaient invités à participer à un entretien téléphonique, puis à répondre à un questionnaire en ligne et enfin à réaliser un autotest permettant d’évaluer la prévalence des infections sexuellement transmissibles.
En Guyane, l’âge médian du premier rapport sexuel continue de baisser

Partout en Outre-mer, l’âge médian du premier rapport sexuel remonte. C’est également le cas dans l’Hexagone et dans de nombreux pays. Mais pas en Guyane. Chez nous, la moitié des hommes nés entre 2001 et 2005 ont eu leur premier rapport sexuel avant 15 ans et 8 mois et la moitié des femmes du même âge avant 17 ans et 5 mois.
Les hommes déclarent davantage de partenaires au cours de leur vie…
« Les hommes déclarent aussi davantage de partenaires au cours de la vie que les femmes (notamment entre 40 et 49 ans) », constatent les auteurs de l’étude. Alors que la différence entre hommes et femmes a tendance à s’estomper dans les autres territoires ultramarins, il reste élevé chez les jeunes Guyanais : les hommes de 18 à 29 ans déclarent en moyenne 14,5 partenaires sexuelles ; les femmes, 4,5.
… et au cours des douze derniers mois
« Les Guyanais sont également plus nombreux à déclarer plusieurs partenaires dans l’année quel que soit l’âge », poursuivent les chercheurs : 40,1 % des hommes de 18 à 29 ans déclarent deux partenaires ou plus au cours des douze derniers mois, et 10,2 % des femmes du même âge.
Des pratiques sexuelles moins diversifiées
Les pratiques sexuelles, en dehors des rapports vaginaux, apparaissent moins diversifiées en Guyane qu’ailleurs. Cette diversité augmente avec l’âge. L’écart entre les déclarations des hommes et celles des femmes est également plus élevé en Guyane que dans les autres départements d’Outre-mer.
Une moindre acceptation de l’homosexualité, notamment chez les jeunes
En Guyane, l’acceptation de l’homosexualité demeure plus faible que dans les autres départements. A l’affirmation « L’homosexualité est une sexualité comme une autre », se sont dit d’accord :
- 21,3 % des Guyanaises contre 27 à 31 % des Antillaises et près de 50 % des Réunionnaises ;
- 18,3 % des Guyanais contre 20 à 23 % des Antillais et 36,9 % des Réunionnais.
Cette acceptation est « particulièrement peu élevée chez les jeunes, contrairement aux autres départements où cette tranche d’âge déclare généralement un niveau d’acceptation plus élevé », soulignent les auteurs.
Moins d’expériences sexuelles en ligne
C’est également en Guyane que les participants ont le moins déclaré d’expériences sexuelles en ligne (connexion à un site ou à une application de rencontre, rencontre de partenaire en ligne, envoi ou réception d’images intimes). Les chercheurs constatent que « ces pratiques sont principalement observées chez les hommes, notamment les jeunes et les personnes se définissant autrement que comme hétérosexuelles ».
« Des enjeux en matière de prévention des IST »
L’enquête CSF s’est également intéressée à l’usage du préservatif et des moyens de contraception. Astrid Van Melle, ingénieure de recherche au Département Recherche Innovation Santé Publique (Drisp) du CHU de Guyane, note une « prévention limitée en début de vie sexuelle », avec un usage moindre du préservatif qu’ailleurs en Outre-mer : « Parmi les 18-29 ans, 72,5% des femmes et 69,3% des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel ». Un peu moins d’une personne sur deux déclare en avoir utilisé un lors du premier rapport avec nouveau partenaire. C’est en revanche en Guyane que l’on se fait le plus dépister les IST. Ce point avait déjà été relevé par d’autres études.
VHB et HPV : une couverture vaccinale « insuffisante »
Les réponses sur la vaccination contre l’hépatite B et les HPV, « à prendre avec beaucoup de précautions (…), suggèrent une couverture vaccinale insuffisante dans tous les départements », poursuit Astrid Van Melle.
Une utilisation plus limitée de la contraception

« En matière de contraception, la Guyane se distingue par une utilisation plus limitée des méthodes contraceptives lors du premier rapport sexuel, tant chez les femmes que chez les hommes, notent les auteurs de l’étude. Concernant la contraception utilisée au moment de l’enquête, 3 femmes sur 10 âgées de 18 à 29 ans concernées par la contraception ne recourent à aucune méthode contraceptive. Les deux moyens les plus utilisés sont le préservatif et les méthodes naturelles, la pilule n’est citée que par 11 % des femmes de cette tranche d’âge, proportion la plus faible observée dans l’ensemble des départements. Parallèlement, une proportion importante de femmes déclare que leur dernière grossesse est survenue alors qu’elle ne la souhaitait pas du tout (11,5%) ou plus tardivement (25,7%). »
Plus d’une femme sur quatre a subi un rapport forcé ou une tentative de rapport forcé

« Enfin, plus d’une femme sur quatre déclare avoir subi une tentative de rapport forcé et/ou un rapport forcé au cours de sa vie, proportion comparable à ce qui est observé en Martinique et en Guadeloupe. Par ailleurs, environ 15% de ces violences sexuelles ont eu lieu alors que la victime était encore mineure au moment des faits, proportion similaire dans l’ensemble des départements étudiés. »
Pour Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE), « cette enquête constitue une avancée majeure dans la production de données robustes et contextualisées, trop souvent lacunaires en général et dans les territoires ultramarins. Elle permet de documenter avec précision les comportements et les normes en matière de sexualités et de prévention, leurs déterminants sociaux ainsi que les inégalités persistantes en matière d’accès à la prévention, au dépistage et aux soins. » Des analyses plus poussées de l’ensemble des données sont désormais envisagées.
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