Commission « Vérité et Réconciliation » sur les « homes » : une résolution portée au Sénat présentée cette semaine en Guyane

La commission « Vérité et Réconciliation » sur les pensionnats pour enfants autochtones en Guyane verra-t-elle le jour ? Une résolution a été déposée en ce sens au Sénat, fin janvier 2026, par la sénatrice du Rhône, Raymonde Poncet-Monge. En visite sur le territoire cette semaine, elle rencontre les responsables institutionnels et les populations concernées ayant vécu le « home » pour leur présenter cette résolution.

« Nous avons déposé cette résolution invitant le gouvernement à mettre en place cette commission. C’est un outil de l’ONU qui s’appuie sur le droit des peuples autochtones à ne pas subir une assimilation forcée et l’effacement de leur culture propre« , indique Raymonde Poncet-Monge.

Un rapport sera produit et présenté à Olivier Jacob, conseiller outre-mer à l’Elysée. “Il s’est engagé à en parler au président Macron”, assure la sénatrice du Rhône. Elle espère la mise en place rapide de cette commission “Vérité et Réconciliation” : “Le temps est venu de traiter la question des “homes”, car la génération la plus meurtrie par cette histoire est en train de mourir”, s’inquiète-t-elle.

Produits de l’histoire coloniale

Purs produits de l’histoire coloniale française, les pensionnats religieux sont créés entre 1935 et la fin de la Seconde Guerre mondiale par l’Église catholique. Soutenus par l’Etat français dès 1946 et départementalisation de la Guyane, les « homes » aspirent à évangéliser et “d’assimiler » les populations amérindiennes et bushinengés. À Mana, Iracoubo, Saint-Laurent-du-Maroni, Sinnamary, Maripasoula puis Saint-Georges-de-l’Oyapock, neuf pensionnats sont successivement créés entre 1935 et 2012 sur le territoire guyanais.

Sur la période, 2000 enfants bushinengés et amérindiens sont arrachés à leurs familles par les religieux, parfois avec l’aide de la gendarmerie, pour être placés dans ces instituts. Une pratique qui a perduré, puisque la fermeture du dernier home, situé à Saint-Georges, remonte à la fin de l’année scolaire 2023.

Longtemps passée sous silence, l’histoire des « homes » prend un écho différent avec la publication de l’ouvrage Allons enfants de la Guyane (2022) d’Hélène Ferrarini. Deux ans plus tard, en février 2024, l’Institut francophone pour la justice et la démocratie (IFJD) publie un rapport dans lequel de nombreux témoignages font état de violences culturelles, psychologiques, physiques et sexuelles.

La CVR, un principe de la justice transitionnelle

La commission « Vérité et Réconciliation » (CVR) s’inscrit dans le cadre de la justice transitionnelle, un dispositif reconnu par l’ONU pour aider les sociétés à faire face à des violences massives du passé. Son objectif repose sur quatre principes : établir la vérité, rendre justice, réparer les préjudices subis et empêcher la répétition de tels faits.

Contrairement à une juridiction pénale, une CVR ne vise pas d’abord à sanctionner les responsables. Elle cherche à recueillir la parole des victimes, reconnaître les souffrances endurées et comprendre les mécanismes ayant conduit aux abus.

L’objectif n’est pas donc pas de punir, mais de faire reconnaître les blessures pour permettre l’émergence d’une société réconciliée, comprendre les causes, garantir la non-répétition des actes et envisager des mesures de réparation”, précise la proposition de résolution.

Traumatisme intergénérationnel

La CVR cherche donc à évaluer les conséquences sur le long terme, notamment les traumatismes transmis entre générations : « Le home n’est pas mort, il vit toujours en moi« , témoignait la fille d’un ancien pensionnaire lors de la projection du film d’Hélène Ferrarini et François Reinardt « La blessure », le 10 avril 2025. 

« Pour elle, le traumatisme du « home » se transmet de génération en génération parce que l’histoire n’était pas mise sur la table« , explique Raymonde Poncet-Monge. Selon la sénatrice, la commission « Vérité et Réconciliation »

« On ne demande pas qu’une reconnaissance, on demande un pardon de l’État français et qu’il nous donne les moyens de nous reconstruire », exprimait Guillaume Kouyouri, ex-pensionnaire du pensionnat d’Iracoubo, dans les colonnes de France-Guyane. 

Une commission sans l’Eglise catholique ? 

Dans son objectif de réconciliation, la CVR devra sans doute faire sans l’Eglise catholique. “L’évêque de Guyane a refusé de me rencontrer ou de s’entretenir avec moi au téléphone. Il a appelé l’une de mes collaboratrices et m’a traité de négationniste, de wokiste, et que je faisais du bashing anti-religieux et anti-français. C’est quelque chose qui relève du déni violent”, regrette la sénatrice. 

Elle assure toutefois vouloir entendre l’ensemble des parties prenantes. Cette semaine, plusieurs rencontres sont ainsi prévues à Kourou et Iracoubo, notamment avec la Yopoto Cécile Kouyouri et d’autres représentants, avant un déplacement jeudi 23 avril à Awala-Yalimapo.

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