La junte au Burkina Faso a dissous mercredi 15 avril une centaine d’associations, notamment de défense des droits de l’homme, un nouveau pas dans la restriction des libertés dans ce pays sahélien dirigé depuis plus de trois ans par des militaires.
Le Burkina est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État militaire en septembre 2022. En juillet 2025, le chef de la junte avait promulgué une loi qui encadre la liberté d’association, les ONG et les syndicats. À la même période, le régime militaire avait révoqué en l’espace d’un mois l’autorisation d’exercer de 21 ONG pour raison administrative, selon lui, et suspendu dix autres associations pour une durée de trois mois.
Mercredi, ce sont 118 autres associations, toutes basées au Burkina et dont une grande partie sont engagées dans la défense des droits humains, qui sont interdites d’exercer sur l’ensemble du pays, selon un communiqué du ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, qui évoque des « dispositions légales en vigueur », sans plus de précisions.
La nouvelle loi sur les associations au Burkina Faso réaffirme la liberté d’association tout en la subordonnant à des obligations strictes de déclaration, de contrôle administratif et de conformité légale, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à la dissolution.
Une répression administrative généralisée
Selon les autorités, la nouvelle loi vise à renforcer la transparence, faire la cartographie des ONG, et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du « terrorisme ». « Tout contrevenant s’expose aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur », prévient Émile Zerbo, invitant les responsables d’associations à se conformer aux « dispositions » de la nouvelle loi.
Le pays fait face depuis plus d’une décennie aux offensives meurtrières de groupes affiliés à Al-Qaida et à l’organisation État islamique sur de larges pans de son territoire. Les ONG internationales ou associations fonctionnant avec des financements internationaux sont mal perçues, accusées souvent d’espionnage ou de collusion avec les djihadistes.
Par ailleurs, la junte avait promis début avril « de prendre les mesures fermes » contre « toutes les officines impérialistes déguisées en ONG », à la suite d’un rapport de l’ONG de défense des droits Humains Human Rights Watch (HRW) accusant son armée d’avoir tué deux fois plus de civils que les djihadistes depuis 2023.
Dans ce rapport, HRW impute à l’armée burkinabée et ses supplétifs civils 1 255 morts sur un total de 1 837 civils tués entre janvier 2023 et août 2025, et elle attribue au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM ou GSIM, lié à Al-Qaida) 582 décès. Début avril, le capitaine Ibrahim Traoré, qui mène une politique souverainiste et revendique une « révolution progressiste », a déclaré que les Burkinabè devaient « oublier la démocratie ».
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