Spéciale Congo-Brazzaville : le top 10 des sons les plus streamés – Afro-Club et Afro-Club Deluxe

Un artiste aux multiples casquettes qui a joué un rôle important dans la vie de Papa Wemba, c’est le chanteur comorien Chébli Msaïdié. On est très heureux de t’avoir parce que toi, tu as été plus qu’un proche collaborateur ? 

Oui, j’ai rencontré Papa Wemba dans les années 1990 à Marseille et après j’ai travaillé avec lui, à l’époque où j’étais directeur artistique du label Sono, un label qui appartenait à la société Next Music. Papa était l’un des artistes phares de ce label. 

Avant d’être son producteur, tu as été son directeur artistique. 

De 2001 à 2004, j’étais responsable du label Sono, qui produisait à l’époque Papa Wemba, Koffi Olomidé, Tabu Ley Rochereau, le vieux catalogue de Kassav, Francis Bebey, Africando… Papa Wemba était parmi les artistes phares de ce label, et moi j’étais le directeur artistique. 

Tu as contribué à combien d’albums pour Papa Wemba? 

On a fait quatre albums, plus un best-of. J’étais producteur exécutif pour le label Sono de deux albums et après j’ai produit moi-même, pour mon label, deux albums de Papa Wemba. 

Et quels souvenirs tu gardes de Papa Wemba en studio, sur scène et puis en dehors? 

J’étais devenu un proche de Papa, puisque de 2004 jusqu’à sa mort on travaillait beaucoup ensemble. On a fait un super album, son dernier succès vraiment, et je garde le souvenir de quelqu’un qui m’écoutait parce que j’étais son producteur, mais qui pouvait aussi me donner des conseils par moment quand j’étais un petit peu dépassé par les événements. Je peux citer un exemple. Moi je ne produisais pas que Papa Wemba, mais j’avais aussi d’autres artistes africains, notamment des artistes congolais. Il m’aidait beaucoup à résoudre les « problèmes », les incompréhensions, que j’avais avec d’autres artistes. Il me conseillait, il me disait « fais ceci », parce qu’il les connaissait mieux que moi, surtout les artistes congolais. C’est ce que j’ai aimé chez lui : je pouvais être son manager-producteur et produire un autre artiste congolais. Et même quand ça marchait, je ne voyais jamais une sorte de jalousie. Il n’était jamais aigri parce que je m’occupais mieux de l’autre ou parce que je m’occupais d’un autre artiste congolais. Il savait que j’avais mon métier : m’occuper à la fois de lui mais des autres aussi. Je me rappelle qu’il m’avait conseillé de me rapprocher de Tabu Ley Rochereau. Il m’avait dit « Si tu peux faire quelque chose pour Seigneur Tabu Ley Rochereau, fais-le. » C’est le genre de choses, des conseils, que je garde de Papa Wemba. 

En dehors de ces quatre albums sur lesquels vous avez collaboré, tu m’as dit que tu as travaillé avec lui jusqu’à sa mort. Est-ce que tu étais à Abidjan lorsqu’il nous a quittés? 

Non, je n’étais pas à Abidjan. On s’est quitté en novembre 2015 en Tanzanie, c’est-à-dire qu’on a joué pour le président John Magufuli à Bagamoyo en Tanzanie. On était parti en Tanzanie pour deux choses, parce qu’on avait un concert là-bas, mais il voulait absolument rencontrer la nouvelle génération tanzanienne. Il me disait : « Vous allez voir, la musique tanzanienne va dominer la musique africaine et congolaise« . Et c’est vrai, c’était en 2015. Et si on regarde très bien entre 2018-2019 jusqu’en 2023-2024, la musique tanzanienne a pris vraiment de l’ampleur en Afrique avec Diamond Platnumz, Harmonize… Et Papa me l’avait dit : « Si on va en Tanzanie, je vais absolument rencontrer les artistes tanzaniens. »

Et là, je peux vous raconter une anecdote parce que c’était un problème en tant que manager de gérer ça. Moi, j’avais Papa Wemba, qui était une méga star, et j’avais Diamond, qui n’était pas très connu, mais qui était une star en Tanzanie. Diamond disait : « Si vous voulez me voir, venez chez moi. » Et Papa, il est à son hôtel, mais quand même, Papa Wemba, il ne va pas se déplacer pour aller voir Diamond. Donc, il fallait gérer tout ça. Et c’est comme ça que va naître le single Chacun pour soi. C’est par là qu’on a pris contact avec Diamond et le titre va se faire en studio.

Moi, j’étais encore en Afrique. On s’est appelés le jeudi, Papa me dit : « Alors on se retrouve à Paris« , parce qu’on voulait faire un album, on avait plein de projets… Et dimanche matin, je reçois un message d’un ami qui me dit : « Regarde sur Internet, il se passe quelque chose à Abidjan. » Je regarde les réseaux et je vois que Papa Wemba est mort. J’appelle Cornely Malongi, qui était aussi l’un des proches de Papa Wemba, qui me confirme. Cette phrase, je ne l’ai jamais oubliée, il me dit : « Ton artiste est mort. » Il ne m’a pas dit « Papa Wemba est mort », il dit « ton artiste » parce que c’était mon artiste. Papa était à Abidjan, mais c’était mon artiste. On travaillait ensemble, il était l’artiste phare de mon label. On avait des contrats et des projets ensemble. Et là, je me suis effondré, parce que c’était un proche. Moi, j’ai l’habitude de l’appeler mon papa musical. 

S’il était en face de toi, qu’est-ce que tu pourrais lui dire là, tout de suite ? 

Je lui dirai : « Je fais ce que tu m’as dit« . Il avait dit qu’à 70 ans – il aurait 70 ans aujourd’hui – il voudrait faire autre chose. « Papa, on fait ce que tu avais dit, on fait autre chose. » Et je sais ce qu’il voulait faire. Et vous verrez, on va le faire. 

J’ai envie de te demander, il voulait faire quoi? 

Papa Wemba, vous le trouverez sur le net, avait dit qu’à 70 ans, il ne va plus faire de la rumba. Il va mettre sa voix au service d’autre chose. En fait, il avait toujours rêvé d’avoir un orchestre symphonique qui l’accompagne. Et il y a un orchestre symphonique très connu au Congo qui avait déjà reçu un projet, un CD et on avait commencé à travailler là-dessus. Voilà, s’il était en face de moi, on serait peut-être en train de réaliser ce projet. 

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