Afghanistan, Haïti, Russie… Les influenceurs qui font des zones à risque leur fonds de commerce – franceinfo
Les pays dangereux ou répressifs sont-ils des destinations touristiques comme les autres ? Afghanistan, Pakistan, Russie, Géorgie, Ukraine… À en croire certains influenceurs français, rien n’est impossible. Ils voyagent dans des zones à risque, la plupart du temps sans respecter les consignes de sécurité et sans évoquer les dangers.
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Avec ses 600 000 abonnés sur YouTube, Tibi Jones est sans doute le plus emblématique de ces influenceurs français ayant fait des zones dangereuses leur fonds de commerce. On le voit sur ses réseaux avec des membres de gangs criminels au Honduras ou en Haïti dans des mouvements de foule et même en Afghanistan avec les talibans . « Je me trouve devant la grotte où se cachait Ben Laden pendant la guerre en Afghanistan, dit-il sur l’une de ses vidéos sur YouTube, mi-août 2025. On va la visiter, à l’intérieur c’est complètement dingue. Il y a une belle hauteur sous plafond, bel espace, relativement lumineux avec la lumière qui vient de l’extérieur. Pas si mal quand même ! »
Ce n’est pas le seul influenceur à opter pour ce type de défi. Iliès Kadri, alias Mowgli, a lui aussi, « passé des vacances » avec les talibans. « POV : Tu te fais contrôler par les talibans et ils t’invitent à un pique-nique ! Là je suis sur un pédalo avec un mec armé !, explique-t-il dans une vidéo TikTok. Autre « exploit » pour cet influenceur : avoir réalisé l’ascension du mont Fuji au Japon, à plus de 3 000 mètres d’altitude sans équipement avec un ami diabétique, qui fera un malaise en chemin.
Certains, comme Ma TribuTrotter,un couple qui voyage avec ses deux jeunes enfants, repoussent encore les limites en emmenant toute leur famille dans ces zones sensibles. Cette famille a ainsi visité la grande mosquée de Médine en Arabie saoudite, qui est pourtant interdite aux non-musulmans. La visite s’est mal passée et ils du ont du quitter la ville précipitamment. « On s’est fait arrêter. On s’était basé sur des copains youtubeurs qui disaient : un non-musulman peut aller à Médine. En fait non! Médine, c’est interdit. L’homme de l’armée qui nous a pris nos passeports m’a fait peur ! », laissent-ils en commentaire sur TikTok.
Au-delà du goût du risque, ces influenceurs partagent souvent le même récit : ils veulent montrer « le vrai pays » qu’ils visitent, loin de l’image renvoyée par les médias français. Matteo est installé en Russie. Sur ses réseaux sociaux, il dit vouloir combattre les préjugés et vante un système de santé performant et un accueil très sympathique réservé aux Français. Dans un pays sûr selon lui malgré la guerre. « Le sentiment de sécurité qu’on a quand on vient en Russie par rapport à la France, c’est juste indescriptible !, assure-t-il sur YouTube. Toutes les filles que j’ai aidées à venir ici visiter m’ont toutes dit la même chose. Pas besoin de couteau ou de bombe au poivre, c’est ultra safe. Dans les rues à Moscou ou Saint-Pétersbourg, c’est ultra safe. »
Les vidéos de ces voyageurs de l’extrême ne font pas seulement le buzz, elles peuvent aussi servir la communication de certains États en mal de bonne réputation. L’Iran a ainsi invité 400 créateurs de contenus étrangers aux obsèques de l’ayatollah Khamenei. L’un de ces invités, Damien Fabre, alias Religare sur YouTube, TikTok et Instagram, a refusé d’y aller. Pas question pour cet historien des religions d’être instrumentalisé, ni de prendre des risques inutiles. « Quand je suis allé en Égypte, j’ai consulté le site du ministère des Affaires étrangères sur les risques dans le désert, à la frontière avec le Soudan, le Sinaï, indique-t-il.
« Je pèse toujours le pour et le contre dans ce genre de situation, pas besoin qu’il y ait des otages français supplémentaires dans le monde ! »
Damien Fabre, alias Religare sur YouTube, Tik Tok et instagramà franceinfo
Les autorités françaises multiplient les mises en garde face au risque d’enlèvement ou d’arrestation, la possibilité de contracter des maladies, ou de se retrouver pris au piège par des catastrophes naturelles, d’autant que plus de 2000 Français sont emprisonnés dans le monde. « Nous avons des Français emprisonnés dans le monde, car ils ont enfreint des législations nationales, souligne Éléonore Caroit, ministre chargée des Français de l’étranger. Certains ont commis un délit ou un crime sciemment, mais d’autres n’étaient pas au courant et ne connaissaient pas les pratiques. Le fait de voir un influenceur dire n’importe quoi peut mettre nos concitoyens en danger. »
Avant tout départ, le ministère des Affaires étrangères recommande de consulter son site diplomatie.gouv.fr . On y trouve une carte des zones à risques mise à jour en permanence. Il faut également s’inscrire sur le fil d’Ariane afin d’être localisé si nécessaire et vérifier son assurance. Dans de nombreux contrats, les événements liés à un conflit ou à une catastrophe naturelle ne sont pas couverts.
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