Orpaillage illégal : le conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane soutient le recours des habitants du Haut-Maroni et demande l’occupation des chantiers par l’armée
Le conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane s’est réuni à Papaïchton du 2 au 4 juin 2026, et le rejet du recours pour « carence fautive » dans la lutte contre l’orpaillage illégal par le tribunal administratif a occupé une partie de la discussion.
Dans une motion, les membres du conseil scientifique se positionnent et regrettent que le tribunal administratif n’ait pas « imposé à l’Etat français de répondre pleinement à la gravité ni des préjudices subis par les milieux naturels du Haut-Maroni, ni de la situation sanitaire, sociale et culturelle à laquelle sont confrontées les populations riveraines du fleuve ».
« Ils ont tronqué nos motions »
Mais ce conseil scientifique déplore aussi que ses avis aient été « tronqués » par la préfecture « permettant d’afficher une satisfaction de façade pour organiser sa défense ». Il donne pour exemple ses motions de 2009 et 2011 où les résultats de l’opération Harpie 2 sont soulignés avec une diminution de chantiers illégaux « par esprit d’objectivité » tout en demandant « explicitement aux pouvoirs publics de mettre tout en œuvre pour parvenir à éradiquer l’orpaillage illégal »
« On voulait souligner les efforts faits mais c’était pour dire : ça ne suffit pas. Ils ont tronqué nos motions pour en tirer juste les phrases qui étaient positives par rapport à l’action de l’Etat alors qu’en fait, le fond de nos motions, c’était de souligner l’insuffisance des moyens à chaque fois. On a quand même alerté un grand nombre de fois les autorités, et on était un peu surpris que ce qu’ils retiennent c’était que, c’est vrai qu’ils font efforts. Mais c’est insuffisant puisque le nombre de chantiers d’orpaillage ne cesse d’augmenter, et là, on a battu tous les records historiques. »
Marie Fleury, vice-présidente du conseil scientifique du Parc Amazonien de Guyane
Un nombre record de 189 chantiers d’orpaillage illégaux dans le parc amazonien
189 sites d’orpaillage illégaux ont été recensés dans le parc amazonien de Guyane en février 2026.
« C’est énorme, on n’avait jamais vu ça avant. Le phénomène ne fait que s’accentuer. Les orpailleurs illégaux, ils sont chez eux. Ils sont dans les villages, il y a des pirogues qui passent a toute heure du jour et de la nuit et les conditions de vie des habitants sont de pire en pire puisque le fleuve, il est hyper sale. En plus, les chantiers sont très près des villages. Il y en un derrière Taluen… La crique Lipo-Lipo qui est au dessus du village est marron foncé, elle est très orpaillée. Tous les villages sont impactés sur le haut Maroni. C’est la même chose sur l’Oyapock. »
Marie Fleury, vice-présidente du conseil scientifique du Parc Amazonien de Guyane
Dans sa motion de juin 2026, le Conseil scientifique « soutient donc les demandes formulées par les habitantes et habitants du Haut-Maroni et les associations requérantes, lorsqu’elles appellent à une réponse publique plus ambitieuse, plus efficace et plus durable face aux conséquences écologiques, sanitaires, alimentaires, culturelles et sociales de l’orpaillage illégal », jugeant la situation actuelle, « inacceptable ».
Après le rejet de leur recours déposé pour « carence fautive », la coalition réunissant 6 associations, ainsi que 2 habitants, Linia Opoya et Michel Aloike, a fait appel de cette décision devant la cour administrative d’appel de Bordeaux.
« Les moyens mis en place sont insuffisants, c’est ce sur quoi on veut insister. Nous, on soutient les habitants. (…) C’est une urgence à tous les niveaux. On ne peut pas laisser les gens comme ça, en plus avec le changement climatique qui va surajouter aux problèmes qu’ils rencontrent, avec la grande sécheresse qui s’annonce. Taluen, ça fait quand même trois ans qu’on attend qu’ils aient de l’eau potable au robinet. Vous imaginez, ne pas avoir d’eau potable quand on a une eau du fleuve qui est hyper polluée ? On ne peut pas vivre dans ces conditions. »
Marie Fleury, vice-présidente du conseil scientifique du Parc Amazonien de Guyane
Une pollution des eaux du Maroni déjà soulignée dans sa précédente motion, en 2022, rappelle le conseil scientifique du PAG, avec une asphyxie des habitats aquatiques et une baisse dramatique de la diversité et de la quantité des poissons sous la pression de l’orpaillage.
Occuper les sites d’orpaillage avec des militaires
La vice-présidente du conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane appelle à plus de moyens financiers, plus de moyens humains et à accentuer la coopération avec les pays frontaliers.
« Il y a une cartographie des sites d’orpaillage donc ça fait longtemps que je demande à ce qu’ils occupent des sites. Evidemment ça demande des hommes, évidemment ça demande des moyens mais c’est la seule solution : occuper les sites d’orpaillages avec des hommes armés, des militaires, tout le temps. Il faut vraiment déclarer la guerre à l’orpaillage illégal et mettre les moyens conséquents comme pour une guerre. Il n’y a pas de raison. Il y a des gens, des Français, qui vivent sur le territoire et qui ne sont pas protégées. »
Marie Fleury, vice-présidente du conseil scientifique du Parc Amazonien de Guyane
Consulter la motion du conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane :
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