Awala-Yalimapo attendait sa caserne depuis quinze ans. C’est fait. Le 25 juillet 2026, le village amérindien du nord-ouest de la Guyane, dernier de son secteur à ne pas disposer de centre de secours, a coupé le ruban inaugural de son Centre d’Incendie et de Secours, avenue du 31 décembre 1988. Quatorze sapeurs-pompiers recrutés sur place, une ambulance, un camion-citerne : les habitants ne sont plus seuls face au feu, à la noyade ou au malaise cardiaque.
Avant, chaque intervention partait de Mana. Un accident cardiaque pouvait signifier trente à quarante-cinq minutes d’attente. Aujourd’hui, la prise en charge tombe à quinze, vingt minutes. Mieux encore : pour les secours de proximité, débuts d’incendie ou malaises, les pompiers sont à quelques rues. « Le délai d’intervention se fait en moins de trois minutes, puisque la majeure partie habite tout autour de la caserne », résume le lieutenant Denis Kayamaré, chef de centre, membre de la communauté kali’na et installé dans la commune depuis une vingtaine d’années.
Sous le soleil de la cérémonie, pompiers, élus et familles ont assisté à la coupe du ruban par la mairesse Josy Joseph et le sous-préfet Gérard Marin, venu représenter l’État. L’accueil a été chaleureux. « Les habitants m’interrogeaient sans cesse sur la date d’ouverture », raconte le lieutenant. Aujourd’hui, dit-il, c’est la fierté qui domine.
Un projet parti en 2011, identifié depuis quinze ans
Le colonel hors classe Jean-Paul Levif, qui commande les sapeurs-pompiers de Guyane, mesure le chemin parcouru[1]. Le Schéma départemental d’analyse et de couverture des risques identifiait ce centre depuis une quinzaine d’années comme un maillon manquant du maillage guyanais. Le projet lui-même remonte à 2011, sous le mandat de l’ancien maire Jean-Paul Ferreira. Devenu premier vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane, c’est lui qui représentait la collectivité le jour de l’inauguration, dans son village d’origine.
Le lieu a une histoire. Avant de devenir caserne, il avait servi de base de vie aux ouvriers qui construisaient les infrastructures de l’association AKATIJ, engagée auprès des enfants, des femmes victimes de violences et contre les inégalités. Racheté par la commune, il change de vocation sans renier cet esprit de solidarité. Un an et demi de travaux de réhabilitation ont été nécessaires pour transformer le bâtiment[3].
Quatorze pompiers du village, vingt à terme
Le centre compte quatorze sapeurs-pompiers recrutés à Awala-Yalimapo, auxquels s’ajoutent les anciens de la commune encore affectés à Mana, soit une quinzaine d’agents avec le chef de centre[2]. L’objectif est d’atteindre une vingtaine. Sur place, un véhicule de secours et d’assistance aux victimes et un camion-citerne feux de forêt léger répondent déjà aux premières urgences. Deux ambulances neuves ont aussi été remises pendant la cérémonie, mais elles sont destinées à Mana et Saint-Laurent-du-Maroni.
Les risques du secteur sont nombreux : feux de végétation liés à la sécheresse, malaises dus à la chaleur, et surtout le littoral. Le centre servira de point d’appui aux équipes spécialisées dépêchées lors des noyades en mer ou sur le fleuve, sur un secteur très étendu. Une deuxième phase prévoit une spécialisation nautique, avec des agents formés et un engin à demeure pour intervenir sur les chavirements de pirogues, fréquents sur la façade maritime.
Pour Awala-Yalimapo, c’est un tournant. « C’est un exemple de courage pour la jeunesse », a déclaré la mairesse Josy Joseph. Le village dispose désormais de ses propres secours, à quelques minutes de chez soi, et d’une caserne qui peut aussi renforcer les centres de Mana et Saint-Laurent. Un maillage qui prend forme, un territoire qui se sécurise.
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés
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