« L’écriture peut protéger notre culture » : à Saint-Laurent-Du-Maroni, des auteurs se mobilisent pour sauver l’imaginaire bushinengué de l’oubli.
Longtemps, l’imaginaire bushinengué s’est transmis à l’oral, le soir, autour du feu, au fil des contes. Ce samedi 1er août 2026, il s’invite à l’écrit. Saint-Laurent-du-Maroni accueille son tout premier apéro littéraire, à partir de 17h30, sur les berges de la Charbonnière. La rencontre réunit quatre auteurs autour d’un thème, « La nécessité d’écrire, en s’inspirant de l’imaginaire bushinengué ». Elle est animée par la modératrice Angela Soisia.
Écrire pour préserver une mémoire orale
L’idée est née d’une conversation entre Angela Soisia et un ami, autour d’un verre. Le constat qui la porte : les occasions de transmettre l’imaginaire bushinengué se raréfient, à mesure que l’exode vers les villes et la modernisation transforment les modes de vie. Or cette culture repose sur l’oralité. Autrefois, elle se transmettait le soir, autour du feu, à travers les contes. Ces moments se font de plus en plus rares.
« L’imaginaire bushinengué, ce n’est pas juste des contes, c’est aussi une partie de l’identité, une manière de penser, une manière d’appréhender le monde, le spirituel », explique la modératrice. Elle observe que beaucoup de jeunes connaissent aujourd’hui Blanche-Neige, le Roi Lion ou les trois petits cochons, mais plus les récits issus de leur propre culture.
De ce constat découle le thème de la soirée. « On pense que l’écriture peut nous permettre de protéger notre culture, de la transmettre plus facilement et de la démocratiser auprès des publics plus jeunes », résume Angela Soisia. Elle voit dans l’écrit un complément à l’oralité, à l’heure où l’école habitue les plus jeunes à lire. Elle-même écrit, sans publier, et prend part au projet comme médiatrice.
Quatre auteurs, deux temps
Pour cette première édition, le format reste expérimental. Le rendez-vous se construit en deux temps. Une première partie, en forme de conférence, est structurée en trois séquences, autour de ce qu’est l’imaginaire bushinengué et de la façon dont l’écriture peut le préserver. Les quatre auteurs y prennent la parole tour à tour. Une seconde partie, d’environ quarante minutes, ouvre les échanges au public, pour des réactions, des questions et des contributions.
Les intervenants, Joseph Kojo, Joëlle Mimba, Nadicha Dolinni et Jessi Americain, ont un point commun. Tous sont issus de communautés de tradition orale, et tous ont franchi le pas de l’écriture en publiant. « Chacun a une expérience différente et une approche différente de l’écriture », souligne la modératrice. La diversité de leurs âges doit aussi permettre d’éclairer des rapports générationnels différents à l’écriture et à l’imaginaire.
Un premier rendez-vous à la Charbonnière
Angela Soisia parle d’une « émergence » plus que d’une scène littéraire constituée. L’ambition de ces apéros est d’accompagner cette dynamique, sans se limiter à la seule communauté bushinengué. Selon elle, toutes les communautés de Guyane comptent des talents, mais manquent d’un système de soutien pour les faire éclore. À terme, les initiateurs souhaitent fédérer une communauté de lecteurs et d’écrivains, capable d’accompagner celles et ceux qui veulent se lancer dans l’écriture.
Le choix des berges de la Charbonnière n’est pas anodin. Le lieu est à la fois pratique, puisque l’un des intervenants, Joseph Kojo, y tient un bar, et symbolique. Avec le fleuve en toile de fond, il renvoie à l’histoire des Noirs Marrons. La Charbonnière est le premier et le seul village bushinengué de Saint-Laurent, un ancrage que la modératrice juge fort pour inaugurer ce format.
La rencontre est gratuite, ouverte à tous et sans réservation. Rendez-vous ce samedi 1er août, à 17h30, sur les berges de la Charbonnière.
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