la nouvelle vie de K. Maro à Montréal


Aux États-Unis, on appelle ça un « one-hit wonder », un artiste qui est connu du grand public avec un seul titre. Pour Cyril Kamar, alias K. Maro, « Femme like u », sorti en 2004, a changé sa vie. Le titre s’est vendu à plus de 5 millions d’exemplaires.

La newsletter culture

Tous les mercredis à 16h

Recevez l’actualité culturelle de la semaine à ne pas manquer ainsi que les Enquêtes, décryptages, portraits, tendances…

Merci !
Votre inscription à bien été prise en compte avec l’adresse email :

Pour découvrir toutes nos autres newsletters, rendez-vous ici : MonCompte

En vous inscrivant, vous acceptez les conditions générales d’utilisations et notre politique de confidentialité.

Chanson de l’année aux NRJ Music Awards, elle est encore passée en fin de soirées bien éméchées (ou pas), et dans tous les bons karaokés. Qui ne s’est pas trémoussé sur un sombre dancefloor en chantant d’une voix rauque : « Donne-moi ton cœur, baby / Ton corps, baby / Donne-moi ton bon vieux funk / Ton rock, baby / Ta soul, baby / Chante avec moi, je veux une femme like you / Pour m’emmener au bout du monde / Une femme like you, hey » ?

Tête rasée, fine moustache et sourire enjôleur, Cyril Kamar est né à Beyrouth en 1980, d’une mère prof de philo et un père comptable. À la maison, on écoute des 33-tours de grands classiques français (Brassens, Brel, Aznavour…) et de la musique orientale. « En période de guerre, on n’avait pas accès à la télé ni à la radio, donc la musique avait une place très importante dans ma famille parce que c’était une façon pour mes parents de nous faire un peu oublier ce qui se passait dehors. Dans l’abri, ils jouaient alors de la musique très fort et tout le monde chantait à tue-tête », confie-t-il au Point depuis Montréal, où sa famille s’est installée quand il avait 11 ans.

Un triomphe européen

Au lycée, il découvre le rock, la pop et le hip-hop : « La culture du rap me ressemblait, car elle avait quelque chose d’anarchiste et même d’un peu violent. Pour moi qui avais été exposé à une banalisation de la violence, ça m’a interpellé », admet-il. Il rappe alors sous le pseudonyme de Lyrik, gagne des concours de freestyle, crée un groupe : LMDS. Il raconte la suite : « J’ai commencé ma carrière solo, car j’avais l’impression que le rap était trop limité à ce moment-là : il fallait respecter des codes, des règles. Il ne fallait pas décevoir l’underground, il ne fallait pas chanter ou faire trop de mélodies, il fallait que ça reste brut. Moi j’avais envie d’explorer les synthétiseurs, le piano, les lignes de guitare, de collaborer avec des chanteuses de soul, de gospel. »

Sous le nom de K. Maro, il sort en 2002 un premier album solo intitulé I am à l’ancienne, puis La Good Life, deux ans plus tard, porté par le single « Femme like u ». « “Femme like u” a été le paroxysme de l’expérimental pour moi. J’aimais bien les mélanges d’Akon, Will.i.am et les Black Eyed Peas. Je jouais avec des productions plus up tempo, organiques, sans samples, avec des instrumentations live, des mélodies et une chanteuse soul pour le refrain. À l’époque, c’était inédit ! Lors d’une nuit blanche un peu arrosée en studio, la chanson est née naturellement. Au matin, j’ai tout de suite senti qu’on avait quelque chose de très différent de tout ce qu’on avait pu entendre jusque-là dans l’urbain », se souvient-il. L’album se vend à plus d’un million d’exemplaires dans le monde. « Femme like u » est un tube en France, Belgique, Suisse, mais aussi en Finlande, Allemagne, Autriche, Danemark, Pays-Bas…

Un chanteur devenu producteur

Surfant sur ce triomphe, il sort alors son troisième opus, Million Dollar Boy, figure de proue du rap bling-bling en France, certifié platine. Il sortira ensuite trois autres albums, mais ne rencontrera plus jamais un tel succès. « K. Maro était un personnage que tous ne pouvaient pas comprendre. Certains pensaient que j’étais un blaireau. J’avais l’impression d’être devenu le Sarkozy de la musique. Au bout de deux ans et demi, je n’étais pas très confortable avec cette vie de star, de paillettes. Je suis quelqu’un d’assez discret et sérieux en fait dans la vie de tous les jours. Je me suis arrêté au moment où tout marchait bien parce que le personnage commençait à dépasser ma personne. Il fallait que je sois tout le temps K. Maro, extraverti, avec trois chaînes autour du cou, le sourcil coupé et des baggys. Mon éducation m’a rattrapé, il fallait que j’arrête », dit-il.

Surtout, en parallèle, il a fondé son label (K. Pone Inc.) qui produit notamment la chanteuse Shy’m, qui connaît un succès immédiat. « J’ai eu une carrière de producteur très heureuse et n’ai aucun regret », assure-t-il. Il a été directeur général et directeur artistique d’Ambitious Boys Club, un label de la major Warner, et a fondé East 47th Music avec Pascal Nègre, au sein du groupe Universal Music, ainsi qu’une agence de conseil aux artistes, Rock & Cherries Agency. Il a aussi ouvert un restaurant chic à Miami, une boîte de nuit à Montréal…

Accompagner les artistes

Amateur et collectionneur d’art contemporain, il vient maintenant d’ouvrir avec son épouse consultante en mode Anne-Sophie Mignaux, une galerie d’art dans le centre de Montréal : « Les artistes contemporains, les peintres, les sculpteurs ou les musiciens ont tous les mêmes problématiques. Étant moi-même artiste, je les comprends et peux partager mon expérience de 25 ans, car j’ai réalisé que la manière d’accompagner les artistes musicaux est quasiment la même dans l’art. Le marché de l’art est en pleine mutation, les relations se sont durcies entre artistes et marchands à cause d’Internet… C’est exactement ce qu’on a vécu dans la musique il y a une dizaine d’années, donc j’ai senti que je pouvais apporter quelque chose. J’ai commencé par du conseil et puis un jour, j’ai trouvé un super endroit, pas prétentieux, avec une bonne vibe, donc je me suis lancé. »

Un peu comme dans un label, la Maison Kel Akai réunit des stars (Sonia Delaunay, Shepard Fairey, Keith Haring, JR, Damien Hirst…) et des découvertes (Hopare, Léo Caillard, Annina Roescheisen…). « J’ai besoin d’être porté par une histoire vraie, une d’incarnation forte d’une personnalité d’artiste haut en couleur ou engagé », explique Cyril Kamar.

À 43 ans, il n’a pas encore lâché le micro : « Je fais plus de la musique pour le plaisir aujourd’hui. Je m’amuse dans l’expérimentation entre l’art contemporain, la danse, les arts visuels et la musique. » Il s’apprête aussi à donner un concert au Liban. « Femme like u » cumule aujourd’hui 92 millions de vues sur YouTube et 62 millions d’écoutes sur Spotify, il cartonne toujours dans des pays inattendus comme en Biélorussie, preuve que plus de deux décennies plus tard, le tube est toujours aussi efficace.


Crédit: Lien source

Les commentaires sont fermés.