« À chaque fois qu’on ferme une porte, ils rentrent par une autre » : la nouvelle stratégie du ministre David Amiel en Guyane contre les trafics.
Plutôt que l’hélicoptère, souvent privilégié par les membres du gouvernement, David Amiel a choisi la route. C’est par la RN1 que le ministre de l’Action et des Comptes publics a rejoint Saint-Laurent-du-Maroni, ce mardi 4 août, pour une matinée sur le terrain à la frontière avec le Suriname.
Première étape, le poste de contrôle routier de Margot, à l’entrée de la ville. Sous une tente, un commandant de gendarmerie lui déroule les chiffres des contrôles et des saisies. Plus tard, au bord du fleuve, des douaniers étalent devant lui des paquets de cigarettes, des sacs de contrefaçons et des scellés de stupéfiants. Le décor résume l’enjeu : le plan Douane 2030 et le renforcement des moyens humains, technologiques et opérationnels de la douane.
Une frontière surveillée sur plusieurs fronts
Direction ensuite la gare fluviale, au bord du Maroni. Gilet de sauvetage enfilé par-dessus la chemise, David Amiel embarque à bord d’une vedette de la police aux frontières pour mesurer l’ampleur du va-et-vient entre les rives française et surinamaise. « On sait qu’il y a de très nombreuses pirogues qui traversent le jour comme la nuit », observe-t-il. Sa réponse tient d’abord dans la coopération entre les services : la police nationale pour l’immigration, la gendarmerie pour la surveillance du fleuve, la douane pour les marchandises et les trafics. Le ministre salue l’opération conjointe Atipa, lancée en 2024, créditée selon lui de progrès considérables.
Le dispositif ne s’arrête pas à la berge. David Amiel défend une défense en profondeur : des points de contrôle plus loin sur les axes, comme Margot, où gendarmerie et douane travaillent ensemble pour intercepter stupéfiants, contrebande et contrefaçon avant qu’ils ne gagnent le reste du territoire. Le bilan présenté sur place, pour 2026, fait état de 100 000 personnes et 79 000 véhicules contrôlés, de 549 personnes inscrites au fichier des personnes recherchées et de 297 étrangers en situation irrégulière remis à la police aux frontières.
Côté saisies la même année : 5 kilos de cannabis, 12 kilos de cocaïne, 19 armes à feu, 1 000 cartouches de cigarettes, 1 200 contrefaçons et 35 000 euros en liquide. Sur le fleuve, l’opération Atipa, qui contrôle de 600 à 800 pirogues, a conduit selon l’entourage du ministre à 115 infractions liées aux stupéfiants et à la saisie de près de 140 kilos de tabac et de 600 grammes d’or.
« À chaque fois qu’on ferme une porte, une fenêtre, les trafiquants cherchent à rentrer par une autre »
Le scanner mobile, nouvelle arme de dissuasion
Le ministre revient sur l’annonce faite la veille au grand port maritime de Guyane, à Cayenne : un scanner lourd y sera installé. De quoi libérer le scanner mobile des conteneurs et le redéployer sur les axes routiers vers Cayenne. Aucune autre annonce n’est prévue ce jour dans l’Ouest, précise-t-il.
Il justifie cette montée en puissance par l’effet du dispositif 100 % contrôle à l’aéroport Félix-Éboué, qui aurait, selon lui, divisé par dix le trafic de stupéfiants. Derrière ces contrôles, insiste-t-il, il y a « autant de vies sauvées » : celles des consommateurs victimes de la drogue, mais aussi celles des mules, ces personnes qu’il décrit comme manipulées, mises en danger et exploitées par les réseaux. Un enjeu qui résonne à Saint-Laurent, ville-frontière par où transitent hommes et marchandises. Ce succès pousse aussi les trafiquants vers le port, la mer et les routes. La présence en haute mer sera renforcée, avec des avions patrouilleurs déployés dans la zone Antilles-Guyane. Sa consigne à la douane : rester mobile, multiplier les contrôles surprises pour déjouer des réseaux qui contournent les postes fixes par les criques.
Finances publiques et services de proximité
Loin du fleuve, la matinée se poursuit du côté des services publics. À la direction régionale des finances publiques, dont le service des impôts des particuliers de Saint-Laurent a reçu 8 000 usagers et traité 43 000 appels en 2025, David Amiel détaille une mesure attendue outre-mer : à compter du 1er septembre, les majorations liées à l’affectation outre-mer seront maintenues à 100 % la première année de congé de longue maladie, puis à 60 % les deux suivantes, contre 33 % aujourd’hui.
Dernière étape, la Maison France Services. La Guyane en compte vingt-six, pour près de 49 000 accompagnements en 2025, avec des dossiers réglés dans la quasi-totalité des cas. À Saint-Laurent, qui dispose de trois structures, la moitié des démarches concernent la CAF. Un bus doit compléter le dispositif d’ici la fin de l’année.
Le déplacement de David Amiel se poursuit mercredi 5 août à Macouria puis à Cayenne, dernière étape de sa visite guyanaise.
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