À l’heure où les constructeurs automobiles désertent la France, ce fabricant de poids lourds investit à Angers
Scania annonce un investissement de 70
millions d’euros à Angers pour produire des camions électriques,
dans un marché encore émergent en France.
À Angers, l’usine Scania s’apprête à évoluer. Le site,
qui emploie environ 1 500 salariés et assemble jusqu’à 30
000 camions par an, doit accueillir une nouvelle activité
autour des modèles électriques. L’investissement annoncé s’inscrit
dans le cadre du sommet Choose France, rendez-vous
désormais classique pour afficher l’attractivité industrielle du
pays.
Selon le gouvernement, cette transformation pourrait générer
plusieurs centaines d’emplois supplémentaires chaque année. Une
perspective encourageante localement, même si les contours précis
du projet (volumes, calendrier, types de véhicules) restent encore
flous.
Une électrification encore timide
Car le segment des
poids lourds électriques demeure minoritaire. En France,
il représente moins de 5 % des ventes de camions neufs au
premier trimestre. Un niveau inférieur à celui observé aux
Pays-Bas ou en Allemagne, et à peine au-dessus de la moyenne
européenne.
En volume, les chiffres restent modestes : quelques centaines
d’unités écoulées sur plusieurs mois, pour un parc total d’environ
600 000 camions. Certes, la progression est rapide, avec des ventes
en forte hausse sur un an, mais elle part d’une base très
basse.
Ce décalage souligne un enjeu structurel : l’électrification du
transport lourd ne dépend pas seulement de l’offre industrielle,
mais aussi des usages, des coûts et des infrastructures
disponibles.
Le rôle clé des aides publiques
Face à ces freins, l’État tente d’accélérer le mouvement. Depuis
juin, les aides à l’achat peuvent atteindre 100 000 euros
pour les modèles les plus lourds, soit environ un tiers du
prix d’un camion électrique. Car l’écart reste significatif :
autour de 300 000 euros pour un modèle électrique, contre près de
100 000 euros pour un équivalent diesel.
En parallèle, le gouvernement mise sur le développement du
réseau de recharge, avec un objectif de 8 000 points dédiés aux
poids lourds d’ici 10 ans. Une condition indispensable pour
rassurer les transporteurs, encore hésitants.
Reste que l’équation économique demeure fragile. Les
transporteurs attendent des garanties sur la rentabilité à long
terme, tandis que les constructeurs eux-mêmes jugent parfois les
objectifs européens (jusqu’à 90% de camions électriques d’ici 2040)
difficiles à atteindre dans les délais annoncés.
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