La France promet de protéger la nature, mais le budget 2026 réduit de 26 millions d’euros les moyens de l’Office français de la biodiversité

Les politiques environnementales dépendent fortement des moyens
accordés aux établissements publics chargés de leur application.
Pourtant, alors que les objectifs de préservation du vivant se
multiplient à l’échelle nationale et européenne, le financement de
la biodiversité reste marqué par des réductions de crédits et des
arbitrages contestés.

Le budget 2026 ampute l’Office français de la biodiversité

En première lecture du projet de loi de finances pour 2026, le
Sénat a réduit le budget de l’Office français de la biodiversité de
26 millions d’euros, soit 4,5%. Un amendement de la rapporteure
Christine Lavarde a retiré 15 millions sur les crédits de
communication. Une seconde coupe ponctionne 40 millions d’euros sur
la trésorerie de l’établissement. Le ministre Mathieu Lefèvre a
d’ailleurs averti que les réserves de l’OFB n’étaient plus que de
55 millions d’euros au 1er avril.

Au-delà du Sénat, l’OFB a perdu 25 emplois équivalents temps
plein en 2025. Le projet de loi prévoit 216 suppressions
supplémentaires en 2026 au ministère de la Transition écologique.
Un amendement de Vincent Louault retire 11 millions d’euros à
l’enveloppe des associations financées par l’office, soit 5% du
total. À force, ce sont les
missions de surveillance, d’inventaire et de pédagogie qui
risquent de s’user sur le terrain. Un signal d’autant plus fort que
la Cour des comptes appelait, dès septembre 2025, à accélérer la
transition écologique malgré la contrainte budgétaire.









Un financement de la biodiversité trois fois inférieur aux
besoins

Selon les chiffres compilés par Reporterre, 415 millions d’euros
ont été effectivement engagés sur 2023-2026 au titre de la
Stratégie nationale 2030. L’enveloppe nécessaire était estimée à
1,25 milliard. L’IGF et l’IGEDD chiffrent les
besoins bruts à 619 millions par an dès 2023, jusqu’à 890 millions
en 2027. Le programme « Paysages, eau et biodiversité » recule de
415,8 à 395,1 millions d’euros au budget 2026.

Les associations rappellent que l’État maintient 10,2 milliards
d’euros d’aides directes ou indirectes néfastes pour la
biodiversité. Cela représente dix fois le besoin de financement non
couvert. Le rapport conjoint IGF-IGEDD a examiné 92 milliards
d’euros de subventions publiques, dont 37 milliards à réexaminer.
Le gouvernement n’a engagé aucune réorientation.

Les ONG voient déjà l’objectif 2030
s’éloigner

Le Comité national de la biodiversité estime, dans son avis, que
l’atteinte des objectifs est désormais fragilisée. De leur côté,
les ONG dénoncent un manque d’engagement politique et une mise en
œuvre trop limitée. La LPO, avec plusieurs associations, pointe
aussi l’écart qui se creuse entre
les ambitions affichées et les moyens réellement débloqués. Or
le ministère n’évoque, au mieux, qu’une stabilité budgétaire pour
2026. Pour ces acteurs, ce choix reviendrait donc à revoir la
stratégie nationale à la baisse.

En parallèle, l’IPBES estime à 7 300 milliards de dollars par an
le montant des subventions nuisibles au vivant. Adopté à Manchester
en février 2026, le rapport a mobilisé 79 experts internationaux et
150 États. Malgré cela, les financements dirigés vers les
écosystèmes ne pèsent encore que 3% des flux mondiaux. Dans le même
temps, les pays européens devront remettre à Bruxelles leur plan de
restauration de la nature d’ici septembre 2026.


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