Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
La croissance française reste fragile. L’activité progresse à peine. Les ménages épargnent davantage. Les entreprises hésitent. Le chômage remonte. L’inflation repart avec la flambée de l’énergie. Les salaires suivent peu. La demande intérieure s’essouffle.
En effet, d’après l’Insee, le PIB marque le pas au 1er trimestre 2026 : 0% après +0,2%. La production progresse de +0,1%. La consommation des ménages recule de -0,1% et l’investissement (FBCF) baisse de -0,4%. Les exportations chutent de -3,8% et les importations de -1,7%. Le commerce extérieur pèse -0,7 point ; les stocks contribuent à +0,8 point.
Après les Trente Glorieuses, la croissance était forte. Elle était tirée par l’investissement et la consommation. La France, comme la majorité des pays industriels, a confirmé les politiques de l’offre après le premier choc pétrolier de 1973. Ces politiques furent vues comme la seule solution pour sortir d’une croissance faible, d’un chômage élevé et croissant, d’une inflation élevée et de déficits budgétaires importants. L’objectif était de passer à des conditions de croissance non inflationniste, plus forte et soutenue. La réorientation des politiques fut guidée par la financiarisation de l’économie et les contraintes européennes. Elle reposait sur la reconnaissance que, au-delà de la courte période, les performances macroéconomiques étaient fortement influencées par le côté de l’offre de l’économie. Aujourd’hui, compte tenu des conjonctures géopolitiques et de la mainmise de la finance internationale sur l’économie occidentale, la France et l’Europe doivent sortir des dogmes et choisir une voie économique d’équilibre :
Les ménages français sont inquiets : la confiance chute et le pouvoir d’achat se détériore
En avril 2026, d’après l’Insee, l’indicateur de confiance des ménages tombe à 84, en recul de 5 points, la plus forte baisse depuis mars 2022. La perception de la situation financière passée et future se dégrade. La capacité d’épargne diminue et moins de ménages jugent opportun d’effectuer des achats importants. Les craintes liées au chômage augmentent. La hausse des prix pèse sur le pouvoir d’achat et freine la consommation. Les ménages sont inquiets. La France doit changer de cap :
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Les incertitudes sociales
Les incertitudes sociales montent. La dérégulation de l’emploi a fragilisé les statuts. Les protections sociales s’effritent. Le chômage de masse et la précarisation remplacent le plein‑emploi. Naît un précariat, jeunes de banlieue et travailleurs dégradés en première ligne. Les minima sociaux pallient, mais stigmatisent. La décollectivisation isole l’individu. Le compromis social des Trente Glorieuses se dissout. Sans droits liés au travail, l’indépendance recule. Mondialisation et financiarisation accentuent la concurrence.
D’après l’Insee. Le taux de chômage a repris de la vigueur, atteignant autour de 7,7–7,9%.
La part des emplois temporaires reste notable, même si elle a légèrement reculé ces dernières années. La part des CDD et de l’intérim dans l’emploi total reste une source de fragilité pour de nombreux salariés.
Le temps partiel et le sous‑emploi progressent. La part des personnes en emploi à temps partiel augmente. Cette situation alimente le sentiment d’instabilité des trajectoires professionnelles.
Sur le terrain social, ces évolutions se traduisent par une précarisation des parcours. Les jeunes, les habitants des quartiers populaires et les travailleurs à contrats courts sont particulièrement exposés. La « sécurisation des trajectoires » reste une priorité pour réduire le risque de basculement vers le chômage long ou le décrochage.
La protection sociale montre des signes d’usure face à ces transformations. Les mécanismes d’assurance et d’aide peinent parfois à couvrir des carrières morcelées. Les minima sociaux jouent un rôle de filet, mais ils ne remplacent pas des droits liés à l’emploi et peuvent stigmatiser.
La mondialisation et la financiarisation continuent d’exercer une pression sur les conditions de travail et les marges des entreprises. La concurrence internationale et la flexibilité accrue des marchés du travail renforcent l’instabilité pour les salariés les moins qualifiés.
La réponse passe par des droits portables, la sécurisation des trajectoires et la reconstruction de collectifs protecteurs :
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droits portables. Les droits doivent suivre la personne, pas l’employeur. Compte personnel, retraite, assurance chômage : tout doit être transférable entre contrats. Cela réduit la peur de changer d’emploi et protège les parcours fragmentés. Leviers politiques : créer des comptes universels, harmoniser les règles entre statuts, financer la portabilité par des contributions mutualisées ;
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sécurisation des trajectoires. Sécuriser, c’est lisser les ruptures. Indemnités de transition, accès automatique à la formation, accompagnement personnalisé stabilisent les revenus et les compétences. Ils limitent le risque de bascule vers le chômage long. Leviers politiques : adapter l’indemnisation aux carrières discontinues, automatiser les droits à la formation, financer des parcours de reconversion ;
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reconstruction de collectifs protecteurs. La protection se reconstruit collectivement. Mutuelles professionnelles, syndicats repensés et plateformes locales d’entraide offrent services et négociation. Ils rompent l’isolement et renforcent la solidarité. Leviers politiques : soutenir financièrement la mutualisation, reconnaître juridiquement les nouvelles formes collectives, incitations fiscales pour les initiatives locales.
L’inflation des normes pèse sur l’action publique et l’activité économique
Les textes s’accumulent sans cohérence. Les règles se superposent et parfois se contredisent. Les entreprises perdent du temps à se conformer. Les collectivités manquent de moyens pour appliquer des obligations nouvelles. La sécurité juridique s’affaiblit. Les coûts cachés se multiplient : procédures, adaptations techniques, contentieux. Pour finir, l’efficacité des politiques recule et l’investissement se grippe.
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renforcer les études d’impact en amont ;
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systématiser l’évaluation ex post ;
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simplifier la rédaction et harmoniser les normes entre niveaux de collectivités ;
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mieux coordonner l’action parlementaire et gouvernementale ;
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associer les acteurs concernés dès l’élaboration et prévoir des délais de mise en œuvre réalistes.
Le défi démographique français
D’après l’Insee, la France entre dans une nouvelle phase démographique où le vieillissement devient structurel. L’âge moyen augmente et 22% de la population a désormais 65 ans ou plus, ce qui modifie la demande de soins, de logements adaptés et de services de proximité. En parallèle, la fécondité poursuit sa baisse : l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme en 2025, un niveau historiquement bas qui réduit le renouvellement des générations et pèse sur l’équilibre à long terme des systèmes de protection sociale. Le solde naturel est devenu négatif en 2025, signe que les décès dépassent désormais les naissances, tandis que l’espérance de vie reste élevée, allongeant la durée pendant laquelle les services de santé et les pensions sont sollicités. Ces évolutions créent une double contrainte : financer des dépenses liées au vieillissement sans fragiliser la compétitivité ni l’emploi des jeunes. Elles appellent des réponses combinées :
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renforcer la politique familiale et l’accueil du jeune enfant : aides ciblées, modernisation des congés parentaux et montée en capacité des modes de garde pour lever les freins aux projets parentaux ;
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améliorer l’accès aux soins de la fertilité et la prévention périnatale : actions pour dépistage, prise en charge et réduction de la mortalité infantile ;
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adapter les carrières et les retraites : réformes pour concilier allongement de la vie active, flexibilité des parcours et soutenabilité financière des régimes ;
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sécuriser les trajectoires professionnelles : formation, reconversion et dispositifs d’accompagnement pour maintenir l’emploi des actifs et compenser le recul de la population active ;
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intégrer l’immigration dans une stratégie démographique : politiques d’accueil et d’intégration visant à contribuer au renouvellement des générations et au marché du travail.
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renforcer la prospective et la coordination interacteurs : outils de prévision, évaluation ex post et coordination entre État, collectivités et partenaires sociaux ;
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adapter les services de santé et l’offre de soins de proximité : montée en capacité des soins gériatriques, aides à l’autonomie et infrastructures adaptées au vieillissement ;
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politiques territoriales différenciées : mesures ciblées selon les dynamiques locales pour soutenir la natalité, l’emploi et les services dans les territoires fragiles.
La vacance de pouvoir non constitutionnelle
C’est l’absence d’un leadership effectif quand l’Assemblée se désolidarise du Président. Les réformes structurantes s’enlisent, les contentieux se multiplient, les investisseurs se détournent et le dialogue social s’affaiblit. La politique se réduit alors à gérer des crises, au détriment de la prévention et de la planification.
À l’approche de 2027, une trentaine de candidats à la présidentielle se déclarent, mais qui maîtrise pleinement l’économie réelle et la nouvelle géopolitique des grandes puissances ? Beaucoup reprennent des recettes héritées sans toujours en connaître les fondements ni les compromis historiques. Il faut élire un chef d’État capable de proposer des solutions pragmatiques et techniques, ancrées dans la réalité contemporaine, pour restaurer le pilotage et la confiance.
« Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux et sentimentaux sont comme des statues de cire : ils ont l’air d’être vivants et pourtant il leur manque la vie de l’être en chair et en os » Gandhi.
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