Les échouages de sargasses s’annoncent parmi les plus massifs jamais observés aux Antilles, avec des volumes records dans l’Atlantique. Guadeloupe et Martinique se préparent à une saison particulièrement difficile.
Depuis la fin mars, plusieurs communes de Guadeloupe signalent des arrivages importants d’algues brunes. Les prévisions de Météo France, tant en Guadeloupe qu’en Martinique, évoquent des échouements classés de forts à très forts pour les prochains jours. Le port de La Désirade, petite île touristique située au nord-est de l’archipel guadeloupéen, a même été temporairement bloqué, interrompant les liaisons maritimes avec Grande-Terre.
À Petit-Bourg, commune de Basse-Terre particulièrement exposée, la population vit avec cette menace depuis plus d’une décennie. Une commerçante installée face à la mer confie que les premières arrivées ont eu lieu il y a quelques jours, mais qu’une accalmie semble s’installer. L’odeur, pourtant, reste présente. Pour atténuer les émanations, elle vaporise des produits parfumés. Victor Jean-Noël, conseiller technique municipal chargé de la gestion des filets de protection, rappelle que l’année 2024 reste la pire jamais enregistrée. La ville déploie depuis plusieurs années des filets flottants, installés à environ 300 mètres des côtes dans le cadre d’une expérimentation reliant Petit-Bourg à Baie-Mahault. Retirés durant la saison cyclonique, ils sont remis en place en début d’année. Quatre kilomètres supplémentaires doivent encore être posés pour protéger d’autres zones du bourg. L’opération, d’un coût de deux millions d’euros, est financée par l’État et des fonds européens.
Les prévisions des instituts de surveillance français, caribéens et américains confirment la prolifération des algues dans l’océan. Selon le bulletin mensuel de l’université du Sud de la Floride, l’année 2026 s’annonce comme une nouvelle année majeure pour les sargasses, avec un possible record à l’été 2026. Les chercheurs estiment à environ 14 millions de tonnes la masse d’algues flottant dans l’Atlantique, ce qui représenterait près de 0,4 % de la surface océanique. Les volumes devraient encore augmenter, notamment dans l’Atlantique tropical et à l’ouest des Antilles.
Un troisième Plan sargasses a été annoncé en mai 2025 pour les Antilles françaises. Le précédent volet, centré sur les barrages, la collecte et le stockage, n’a donné que des résultats mitigés. Seules dix des vingt-six mesures prévues ont été mises en œuvre, selon un rapport commandé à l’été 2025. Les auteurs soulignent que les impacts économiques et sociaux ont été insuffisamment pris en compte et que la dimension sanitaire était largement absente. Si le suivi satellite, le comportement des radeaux d’algues en mer et leurs effets sur la biodiversité commencent à être maîtrisés, les connaissances sur les conséquences pour la santé ou sur les moyens de valoriser ces algues restent lacunaires. À Petit-Bourg, les algues collectées ne sont pas rejetées en mer mais stockées en vue d’un épandage sur une plage proche. Un site expérimental de stockage devrait voir le jour en Guadeloupe.
Crédit: Lien source

