Roger Ouellette, politologue et professeur à l’École des hautes études publiques de l’Université de Moncton, a donné son dernier jeudi dernier, après 40 ans de carrière. Celui qui se décrit comme le « gérant d’estrade » de politique néo-brunswickoises revient sur les moments politiques marquants des quatre dernières décennies dans la province.
Parmi les champs de spécialisation de Roger Ouellette, on compte l’administration publique, la politique acadienne de même que les idées et les théories politiques. Il a aussi agi comme analyste politique pour différents médias, dont Radio-Canada, où il est intervenu à plusieurs reprises lors des élections provinciales.
Celle qui a été la plus mémorable, dit-il, a été scrutin de 1991.
Il faut se rappeler qu’en 1987, les libéraux avec McKenna avaient remporté à l’époque les 58 circonscriptions à zéro. C’était la disparition du Parti progressiste-conservateur, la montée du COR Party.
En 1987, les libéraux de Frank McKenna ont remporté la totalité des sièges à l’Assemblée législative. Il a aussi remporté les élections de 1991 et de 1995, qu’il célèbre ici entouré de ses partisans.
Photo : La Presse canadienne / ANDREW VAUGHAN
Une grande surprise pour M. McKenna et une grande déception aussi pour les Acadiens, c’est en 1991, où le COR Party anti-bilinguisme a fait élire huit députés pour former l’opposition officielle. Personne ne s’attendait à cela
, se souvient le politologue.
Outre quelques montées, dont celle du NPD, des verts ou de mouvements populistes de droite au cours des dernières années, Roger Ouellette résume qu’en quatre décennies, peu de choses ont véritablement changées en politique au Nouveau-Brunswick.
On a toujours un système à deux partis, alors je me plais à dire que j’ai commencé et termine ma carrière avec les libéraux et les conservateurs
, dit-il.
La communication politique est toutefois aujourd’hui bien différente, précise-t-il.
Le monde politique a changé parce qu’on a vraiment l’information 24 heures par jour. On a évidemment tous les réseaux sociaux, les plateformes numériques, ça a changé les choses, bien sûr. Les politiciens ont des façons plus directes de s’adresser aux gens.
Roger Ouellette affirme que si faire de la politique était déjà difficile dans le passé, ce l’est encore plus aujourd’hui.
Il y a beaucoup d’attentes. Nos politiciens sont sollicités 24 heures par jour, sept jours.
Nous, comme analystes et commentateurs, ça n’a pas beaucoup changé parce qu’on regarde l’arène politique. Moi, je me vois comme un gérant d’estrade. Je ne suis pas dans l’action politique, mais je regarde l’action politique. J’ai beaucoup de respect pour ceux qui sont sur l’estrade
, ajoute-t-il.
Un département en mouvement
C’est en 1982 que Roger Ouellette a commencé sa carrière comme professeur de science politique à l’Université de Moncton. Son département a bien évolué depuis.
Au début, quand j’étais là, on était sept profs réguliers, on est passé à six et puis à cinq. Puis, en 2016, on a décidé de mettre des ressources ensemble et faire une École des hautes études publiques (HEP)
, raconte-t-il.

Le politologue Roger Ouellette tire sa révérence après avoir été professeur de science politique pendant 40 ans. Tout au long de sa carrière, il a commenté l’actualité politique au Nouveau-Brunswick, comme ici en 1983 lors d’une interview accordée à Radio-Canada.
Photo : Radio-Canada
L’HEP de l’Université de Moncton a depuis un corps professoral d’une quinzaine de personnes et regroupe science économique, science politique, administration publique et la gestion de services de santé.
La science politique va s’appuyer sur l’économie, sur l’histoire, sur la géographie, la philosophie. Donc, on a une approche multidisciplinaire
, explique Roger Ouellette.
Une centaine d’étudiants de premier et deuxième cycle font chaque année leurs études au sein de l’HEP.
Comme professeur, Roger Ouellette dit que la salle de classe a aussi beaucoup évolué, pointant du doigt par exemple la présence de l’intelligence artificielle (IA).
J’ai dû relever ces défis de la salle de classe, de l’IA, ces dernières années, mais c’est un défi que je n’aurai plus à relever, car je prends ma retraite
, dit-il.
Un legs souligné en salle de classe
Suivant une tradition française, la séance du dernier cours en classe de Roger Ouellette était ouverte à la communauté et le public pouvait y assister.
En plus d’étudiants, plusieurs personnalités l’ayant côtoyé au cours des 40 dernières années ont repris place sur les bancs de son cours. Ses anciens étudiants, collègues de classe ou connaissances disent avoir été inspirés par ses enseignements.

Le professeur Roger Ouellette a reçu une ovation de ses étudiants et de ses collègues lors de son dernier cours à l’Université de Moncton jeudi dernier.
Photo : Radio-Canada / Ghislain Couture
Pour le député de la circonscription de Moncton-Est, Alexandre Cédric Doucet, la rencontre avec ce professeur universitaire a joué un rôle important dans son cheminement de carrière.
Lorsque j’ai commencé mes études, j’étais en travail social, puis j’ai eu la piqûre de la science politique en suivant mon cours d’introduction en science politique en 2013, avec Roger. Depuis ce temps-là, j’ai toujours eu un lien direct avec Roger
, raconte-t-il.
Rouge comme bleu s’entendent sur ce point. Daniel Allain, candidat dans la course à la chefferie du Parti progressiste-conservateur du Nouveau-Brunswick, a aussi assité au dernier cours de Roger Ouellette.
C’était un de mes enseignants préférés. C’est un individu qui a marqué l’Acadie, qui a marqué notre université
, dit-il. Mon cheminement, c’est dû à lui aussi.

L’aspirant chef du Parti progressiste-conservateur, Daniel Allain, est de ceux qui a eu Roger Ouellette comme professeur au fil des quatre décennies. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve
Le cinéaste Phil Comeau, l’artiste pluridisciplinaire et ancien gouverneur général du Nouveau-Brunswick, Herménégilde Chiasson et le militant acadien Jean-Marie Nadeau étaient aussi présents à l’hommage rendu en classe à Roger Ouellette.
Le tout avait été organisé par son collègue Gabriel Arsenault, qui est lui aussi professeur de science politique. Ce dernier n’avait que de beaux mots pour son mentor.
Il a une façon d’être un politologue qui lui est propre, mais je dirai que c’est une façon qui est en voie de disparition malheureusement
, dit Gabriel Arsenault.
Roger Ouellette se dit bien conscient et reconnaissant du rôle spécial qu’il a pu jouer pour ses étudiants et pour la communauté.
S’il tire une leçon de sa carrière qu’il aimerait passer au public, c’est bien celle de l’importance de s’intéresser à la politique.
Les gens, il faut s’intéresser à la politique. Si vous vous intéressez à la politique, la politique va s’intéresser à vous.
Il cite en exemple le prix du litre d’essence à la pompe, qui est directement lié à la crise en cours au Moyen-Orient.
On ne peut pas ignorer ce qui se passe à travers la planète. Plus que jamais
, tranche-t-il.
D’après les informations de Kristina Cormier et de Ghislain Couture
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