L’investiture récente du nouveau Chef de l’État, Romuald Wadagni, a retenu l’attention des médias ces dernières semaines en ce qu’elle semble représenter un moment important de rupture politique. Cependant, la question centrale qui demeure est la manière dont le nouveau pouvoir que certains inscrivent dans la continuité du « système » Talon va gérer les dossiers brûlants et les réformes initiées par l’ancien président. La décennie sous la magistrature du chef de l’État Patrice Talon aura été une période d’intenses et diverses réformes, qui ont pu être tantôt appréciées ou sujet à critiques. En l’occurrence, c’est cette dernière expression qui s’avère le ressenti principal au sujet de l’une des réformes en date. En effet, le 13 mai, la Société de Radio et Télévision du Bénin – le service de médias publics – (SRTB) a annoncé sa décision de licencier 169 agents. Ces licenciements, justifie la SRTB, sont motivés par un vaste plan de modernisation de l’audiovisuel public, guidé par un audit de compétences destiné à adapter les effectifs aux nouvelles exigences de performance et de gestion. Sans surprise, les syndicats n’ont pas tardé à monter au créneau. L’Union des professionnels des médias au Bénin (LUpmb) a dénoncé une décision qui va « créer une détresse émotionnelle et une situation sociale aux conséquences sociales imprévisibles ». La Plateforme des promoteurs et acteurs pour le développement des médias au Bénin (Padem-Bénin) a exprimé pour sa part, sa « consternation » face à une décision qualifiée de « licenciement abusif ». Face aux critiques au sein de l’opinion publique, qui ont relancé le débat sur le caractère consensuel des réformes engagées sous Talon, le porte-parole du gouvernement Wilfried Houngbédji s’est attelé à écarter la responsabilité de l’Etat dans cette affaire. Toutefois, a-t-il reconnu, le fait que les licenciés n’auraient reçu aucune information préalable leur permettant d’anticiper la situation est « humainement déplorable ». A la vérité, il se pourrait que le projet de la SRTB qui instaure un climat d’incertitude dans l’audiovisuel béninois constitue une nouvelle réforme qui sera un temps critiquée, avant de passer sans encombre majeures. Alors que le Bénin s’apprête à investir un nouveau président, ces licenciements pourraient-ils préfigurer une gestion économique plus rigoureuse, sur fond de grogne sociale latente ?
Entre contrôle accru et rigueur judiciaire
Alors que le gouvernement semble vouloir renforcer sa politique de contrôle des ressources extractives, les opérations contre l’orpaillage clandestin dans les zones aurifères du nord du pays se font de plus en plus voir. Le 11 mai, une descente des forces de sécurité béninoises sur le site aurifère de Koussigou, dans l’arrondissement de Perma à Natitingou, a conduit à l’arrestation d’une soixantaine d’orpailleurs clandestins. Le site de Koussigou se trouve dans une zone aurifère désormais placée sous permis officiel d’exploitation. En octobre 2025, l’État béninois avait accordé à la société chinoise Xinquan Sarl un permis d’exploitation de dix ans sur un site voisin situé à Kouatèna. Toutefois, cette intensification du contrôle soulève des interrogations sur la capacité de l’Etat à concilier impératifs de sécurisation, encadrement légal de l’exploitation et gestion des dynamiques socio-économiques locales.
Parallèlement, au plan interne, la justice béninoise continue de se montrer intransigeante au sujet des personnes considérées comme impliquées de près ou de loin dans le coup d’Etat manqué du 7 décembre de 2025. C’est dans ce cadre que l’ancien député de l’opposition Soumaïla Sounon Boké a été condamné le 12 mai 2026 à cinq ans de prison ferme pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État » et « incitation à la rébellion par voie électronique » par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Il avait été interpellé le 16 décembre puis placé en détention provisoire pour avoir publié, selon les autorités, le message « C’est la fête » dans un groupe WhatsApp quelques heures après l’annonce du putsch.
Au bout du compte, il ne serait pas téméraire de déceler dans ces diverses dynamiques (politiques, économiques, sécuritaires) la traduction d’une volonté de consolidation simultanée du contrôle sécuritaire et économique de l’État. Ceci dans un contexte où la frontière entre impératif de stabilité et restriction des espaces de contestation semble de plus en plus ténue.
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