Le Bénin : de Cotonou à Ouidah, l’inattendu réveil d’une destination africaine

Le Bénin s’impose aujourd’hui comme l’une des destinations les plus stimulantes du continent. Entre fresques monumentales, rites vaudous pluriséculaires, sites classés par l’Unesco et de nombreux projets hôteliers ambitieux, ce petit pays du golfe de Guinée n’a plus rien d’un secret bien gardé.

Sur ce ruban de terre qui s’étire du golfe de Guinée jusqu’aux savanes proches de la frontière nigérienne, se sont succédé de nombreux royaumes puissants. C’est ici aussi que les rites vaudous prenaient vie il y a quelques milliers d’années. Fort de ces différentes influences, le Bénin est aujourd’hui encore l’un des pays d’Afrique de l’Ouest au patrimoine historique les plus foisonnants. Et si le Bénin se révèle par son héritage unique, on le découvre aussi à travers ses impressionnants paysages alliant les «terres de barre» rouges et fertiles au centre du pays, les massifs de l’Altacora qui semblent s’étaler presque infiniment dans le Nord-Ouest ou encore les multiples plages paradisiaques bordés par l’Océan Atlantique. De Cotonou, la capitale économique du pays à Ouidah, la ville culturelle la plus intéressante du pays… Visite guidée de cette destination seulement connue des plus curieux. 

Cotonou : le cœur battant du Bénin

Le mur du Patrimoine situé dans la ville de Cotonou
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Depuis une dizaine d’années, Cotonou la capitale économique du pays, s’est engagée dans une mue artistique et urbaine remarquable, qui mérite que l’on prenne le temps de la découvrir. La première révélation est celle du mur du port. Sur plus d’un kilomètre linéaire, l’immense clôture qui longe l’enceinte portuaire s’est transformée en galerie à ciel ouvert. Une quarantaine d’artistes — béninois, brésiliens, marocains, mexicains, français, ivoiriens — ont investi ce front industriel pour en faire l’un des parcours de street art les plus puissants d’Afrique. Parmi eux, le Brésilien Eduardo Kobra, dont l’œuvre Coexistence plaide pour le dialogue interreligieux avec sa palette flamboyante caractéristique, côtoie les fresques engagées du Marocain Bakr ou les compositions colorées de l’Ivoirien Goli Roger. Une visite qui s’impose en début de séjour, de préférence à l’aube, avant que la chaleur et la circulation ne reprennent leurs droits.

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À quelques minutes de là, le marché Dantokpa est à ne pas manquer. Labyrinthique et foisonnant, il est l’un des marchés les plus importants d’Afrique de l’Ouest : des milliers de commerçants – grossistes en wax, marchands d’épices, revendeurs d’objets rituels vaudou, négociants venus de tout le golfe de Guinée – s’y retrouvent dans un ordre apparent que seuls les habitués savent déchiffrer.

Cotonou est aussi le berceau d’une scène artistique contemporaine foisonnante attirant des talents venus toute l’Afrique du Nigeria proche comme d’Afrique du Sud. La Fondation Zinsou, créée en 2005, a joué un rôle pionnier en rendant l’art contemporain africain accessible au plus grand nombre, à travers des expositions gratuites mêlant pointures internationales — Samuel Fosso, Seydou Keïta, Malick Sidibé — et talents béninois émergents. En huit ans d’activité, la Fondation a accueilli plus de quatre millions de visiteurs, dont une majorité d’écoliers, une performance rare sur le continent qui dit beaucoup de l’ambition culturelle du Bénin.

Costume traditionnel Egugun lors d’une procession vodum.
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On ne comprend pas l’art béninois sans mesurer l’influence du vaudou. Cette spiritualité millénaire dont la graphie béninoise – vodoun – est préférée ici, n’est pas une curiosité exotique ni un système ésotérique réservé aux initiés. C’est une cosmologie totale, une manière d’habiter le monde, d’en représenter les forces invisibles, d’en ordonner l’esthétique. Les cérémonies Egungun, processions des ancêtres masqués vêtus de costumes d’une sophistication stupéfiante — sequins, broderies, miroirs, perles multicolores —, sont de véritables performances visuelles dont l’influence sur la création contemporaine est directe et revendiquée.

Vue du ciel de la place de l’Étoile rouge
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Des artistes comme Romuald Hazoumè, figure majeure de la scène internationale dont les masques confectionnés à partir de bidons d’essence recyclés dialoguent avec l’iconographie yoruba, ou Dominique Zinkpè, sculpteur de totems en fil de fer tressé et animateur depuis 1999 du projet Boulev’art — expositions de rue sur la place de l’Étoile rouge —, incarnent cette filiation assumée. Le travail de Cyprien Tokoudagba (1939-2012), formé comme peintre de temples vodoun à Abomey avant de transposer ses fresques rituelles sur toile, a quant à lui posé les jalons de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la peinture vodoun contemporaine.

Ouidah, Abomey, Porto-Novo : le grand récit béninois

La Porte du Non-Retour, symbole de la déportation des esclaves vers les Amériques, à Ouidah
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À une heure de route à l’ouest de Cotonou, Ouidah est la ville la plus chargée d’histoire du Bénin, peut-être de toute l’Afrique de l’Ouest. Port négrier parmi les plus actifs du XVIIIe siècle, elle est aujourd’hui gardienne d’une mémoire douloureuse et d’une ferveur spirituelle intacte. La « route des esclaves », qui conduit du centre historique à la Porte du Non-Retour sur la plage, est un parcours de mémoire d’une sobriété saisissante — quelques kilomètres de latérite, des statues, des stèles, et l’horizon de l’Atlantique au bout, là où les bateaux disparaissaient. Le classement Unesco confère à ce lieu une solennité méritée, sans l’avoir alourdi de dispositifs muséographiques intempestifs.

Ouidah est aussi, chaque mois de janvier, le théâtre du festival Vodun Days, qui attire des pèlerins et des curieux venus du monde entier pour assister à des cérémonies d’une intensité rare. La Biennale de Ouidah, inaugurée en 2022 et consacrée aux arts vodoun contemporains, s’affirme quant à elle comme un rendez-vous culturel appelé à prendre une importance croissante sur la scène africaine.

La Grande Moquée de Porto-Novo
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Vers l’est, Porto-Novo déploie une identité singulière, forgée au croisement des cultures yoruba, afro-brésilienne et coloniale. Sa grande mosquée au style afro-brésilien, ses temples vodoun discrets dans les ruelles, et le musée Honmé — installé dans un ancien palais royal — en font une ville de promenade et de découverte, moins visitée qu’elle ne le mérite.

Plus au nord, Abomey se visite pour ses palais de l’ancien royaume du Danxomè, classés au patrimoine mondial. Ils constituent l’un des ensembles historiques les plus impressionnants d’Afrique subsaharienne. Leurs bas-reliefs polychromes, leurs trônes sculptés et leurs récits fondateurs -guerres, alliances, mythologies royales – sont exceptionnels.

Le Sofitel Cotonou Marina : un palace, une collection

Junior Suite au Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa
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Il manquait au Bénin un établissement de luxe à la hauteur de ses ambitions touristiques. Le Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa, inauguré en septembre 2024 dans un parc de 29 hectares en bordure de l’Atlantique, comble ce manque avec une ambition affichée : être non seulement le premier cinq étoiles du pays, mais une adresse de référence pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Le pari architectural est tenu. L’établissement, fruit d’un investissement conjoint du groupe Accor et du gouvernement béninois, invite à découvrir ses chambres et suites face à un panorama océanique saisissant. Le restaurant l’Ami est devenu the place to be à Cotonou porté par la cheffe étoilée Georgiana Viou pour une cuisine de haute volée.

L’art contemporain Africain mis en majesté dans l’hôtel
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La collection d’art place le Sofitel Cotonou comme un lieu à part dans le paysage hôtelier international. Il est rare de déployer une telle profusion d’œuvres de qualité muséale au sein d’un hôtel. Cent cinquante œuvres — peintures et sculptures — sélectionnées par l’Agence pour le Développement de l’Art Contemporain (ADAC) ornent l’intégralité des espaces publics de l’hôtel, du lobby aux couloirs, des restaurants aux salons. Chaque pièce est accompagnée d’un QR code renvoyant à une notice détaillée sur l’artiste et son œuvre — dispositif simple, efficace, qui transforme la déambulation dans l’hôtel en véritable parcours de galerie. Les voyageurs les plus avertis en art contemporain africain y feront des découvertes ; les autres y trouveront une initiation de qualité. Juliette Péron dirige l’hôtel depuis son ouverture, elle n’est pas étrangère au monde de l’art contemporain, sa sœur Cécile Fakhoury dirige à Abidjan et Dakar les galeries les plus ambitieuses du continent africain. Juliette Péron a su faire de son hôtel un lieu au service exceptionnel, on la croise au petit-déjeuner ou dans les restaurants, elle partage avec ses clients sa passion hôtelière et son amour du Bénin en suggérant de nombreuses visites comme par exemple Ganvié, l’étonnante cité lacustre située à la frontière du Nigéria. Le pays n’est d’ailleurs qu’au début de son développement touristique, de nombreux projets sont en cours de construction comme un futur Club Med balnéaire à une heure de Cotonou tandis que d’autres projets hôteliers s’annoncent.

Sofitel Cotonou Marina Hotel & Spa, Boulevard de la Marina, Cotonou. Chambres à partir de 270 € la nuit environ. Vols directs depuis Paris avec Air France et Corsair. all.accor.com

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