Briser le silence et restaurer la confiance : Tribunes d’expression, un levier pour une justice inclusive au Mali

Dans les régions du centre du Mali, l’accès à la justice demeure un parcours semé d’embûches pour de nombreuses femmes et filles. Entre insécurité persistante et poids des normes socioculturelles, les obstacles sont multiples et profondément enracinés. C’est dans ce contexte que se déploie une initiative innovante portée par l’Association pour le progrès et la défense des femmes (APDF), à travers le Programme d’Appui à la Stabilisation du Mali par le Renforcement de l’État de Droit (PROSMED).

Au cœur de cette démarche : les « Tribunes d’expression », conçues comme des espaces de dialogue direct entre les populations et les acteurs du système judiciaire. L’objectif est clair : promouvoir une justice sensible au genre en rétablissant la confiance entre les justiciables et l’institution judiciaire.

C’est dans cette dynamique qu’une conférence s’est tenue à Missira, quartier de la ville de Ségou, sous l’égide de l’APDF. Organisée chez le chef de quartier, elle a réuni un public diversifié composé d’associations féminines, d’autorités locales, de représentants des forces de sécurité et d’acteurs des droits humains. Un cadre inclusif, pensé comme un espace de parole libérée où le droit est expliqué avec pédagogie et humanité.

Trois intervenants principaux ont animé les échanges : Mme Doumbia Mariam Diallo, deuxième adjointe au maire de la Commune urbaine de Ségou, Mamadou Coulibaly du CAPDH, et Mme Keïta Fatoumata Daou, du Commissariat du 1er arrondissement de Ségou. Tour à tour, ils ont entrepris de démystifier la justice, en levant les tabous qui l’entourent et en déconstruisant les perceptions négatives souvent associées aux procédures judiciaires.

Face à un auditoire attentif, les conférenciers ont expliqué la complexité des procédures pénales, tout en insistant sur la nécessité pour les citoyens — en particulier les femmes — de mieux connaître leurs droits. L’accent a également été mis sur la lutte contre la stigmatisation des victimes, souvent frein majeur à toute démarche judiciaire.

Pour les participantes, l’impact est tangible. Mme Koné Ramata Konaté, femme leader, témoigne : « Nos capacités ont été renforcées et nous maîtrisons désormais le circuit de prise en charge. » Un sentiment partagé par plusieurs femmes présentes, qui repartent mieux informées et plus confiantes quant à leurs possibilités de recours.

Du côté des organisateurs, la satisfaction est également au rendez-vous. Lamine Camara, point focal du PROSMED, se dit rassuré par la qualité des exposés et le niveau de compréhension des participants. Un indicateur encourageant pour la poursuite de cette initiative.

Les « Tribunes d’expression » s’articulent autour de trois objectifs majeurs : démocratiser l’accès à l’information juridique, restaurer la confiance entre les citoyens et la justice, et proposer des solutions concrètes aux victimes. Il s’agit notamment d’orienter ces dernières vers des mécanismes de prise en charge adaptés, en lien direct avec les autorités compétentes.

Au-delà de la sensibilisation, cette approche participative contribue à retisser un lien fragilisé entre la justice et les populations. Dans un contexte où la défiance peut être forte, redonner la parole aux citoyens et rendre le droit accessible constitue un enjeu fondamental.

En brisant le silence et en favorisant l’écoute, les Tribunes d’expression s’imposent ainsi comme un levier prometteur pour une justice plus inclusive, plus proche des réalités et, surtout, plus humaine.

Albert Kalambry

Correspondant à Ségou

Source : Mali Tribune


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