Le cahier de vacances, c’est un peu la madeleine de Proust de l’écolier. Qui n’a jamais croisé, dans un rayon de supermarché ou de librairie, le célèbre Passeport des éditions Hachette, Les Incollables de Play Bac ou encore les cahiers Nathan vacances ?
Des couvertures colorées, quelques exercices de maths, de français ou d’anglais et, surtout, la promesse de ne pas complètement décrocher pendant deux mois de vacances.
Mais si ces incontournables existent toujours, l’offre, elle, s’est considérablement diversifiée au fil des années. Il y en a désormais pour tous les goûts… Et même pour tous les âges. L’animateur Stéphane Bern possède ainsi son propre cahier de vacances consacré à l’histoire, publié chez Fayard.
Des cahiers pour réviser… mais aussi pour se divertir
Le phénomène ne s’arrête d’ailleurs plus aux enfants. Les adultes ont désormais eux aussi droit à leurs cahiers de vacances. La banque BNP Paribas propose par exemple un cahier consacré aux finances, avec dix jeux pour reprendre en main son budget. L’émission de Fabrice Drouelle, Affaires sensibles, dispose également de son propre cahier, invitant les lecteurs à tester leur culture et à mener leur enquête autour de célèbres affaires.
Même le traditionnel Passeport existe en version adulte, avec différentes thématiques comme le bien-être, les aventures et énigmes, la culture générale ou encore les énigmes.
De quoi donner une nouvelle jeunesse à un concept qui semblait pourtant réservé aux écoliers.
Le cahier de la discorde
En Martinique, à l’approche de la rentrée, les rayons des supermarchés voient déjà affluer les parents à la recherche de fournitures scolaires. Et parmi les achats potentiels, le cahier de vacances figure encore sur certaines listes.
« Normalement, je prends des cahiers de vacances, mais cette année on a été bousculés. On est partis à droite, à gauche, donc on n’a pas pensé à en prendre. Mais maintenant que j’y pense, peut-être que je vais en prendre un. Ça aide beaucoup. S’ils ne l’ont pas terminé durant les vacances, il y a la possibilité que, durant les week-ends, ils récupèrent le cahier pour faire des révisions, puisque ça suit le programme de l’an passé. »
Une mère de trois enfants, dont un garçon de 10 ans
Son fils, lui, a déjà choisi son camp : « J’aime bien les maths dans le cahier de vacances, mais pas l’anglais. »
Chez d’autres familles, le cahier fait partie intégrante du programme des vacances.
Une mère raconte avoir commencé ses achats dès le mois de juin : « Les enfants ont déjà fini le cahier. Le matin, ils prennent le petit déjeuner et ils y vont. Ils aiment ça, c’est plus cool que les devoirs durant l’année scolaire et puis je suis là pour les aider. »
« Cette année, comme toutes les années, ils ont eu des cahiers de vacances. Je les achète en juin parce que c’est un peu moins cher, comme ça ils travaillent en juillet jusqu’à mi-août et ensuite, pour eux, c’est les vacances. Moi, ils travaillent deux heures le matin tous les jours et ensuite je les laisse vaquer à leurs occupations. Je pense vraiment que c’est un rituel qu’il faut garder. »
Une mère de quatre enfants âgés de 12 ans à 2 ans
Une tradition familiale qui se transmet
Pour certains parents, le cahier de vacances est aussi une affaire de transmission. Une grand-mère raconte avoir fait travailler ses trois enfants pendant les vacances, et poursuit aujourd’hui avec ses petits-enfants.
« J’ai trois enfants, ma dernière a 30 ans, mais tous mes enfants, petits, avaient des cahiers de vacances. Je les achetais même en avance pour qu’ils ne soient pas en rupture de stock. Il y avait une partie des vacances qui servait à travailler. C’était dans la continuité de la scolarité. Ensuite, les enfants pouvaient s’amuser puisqu’ils avaient déjà avancé d’un point de vue scolaire. »
Une grand-mère
Aujourd’hui, le rituel semble se perpétuer : « J’ai une petite-fille de 12 ans et mon fils m’a dit qu’elle avait déjà son cahier de vacances et qu’elle l’avait déjà fini. C’est quelque chose qui se répète, se transmet. Mes enfants ont répété ce qu’ils ont connu : vacances-travail. Avec les cahiers, on se remet au goût du jour. »
Un cahier désuet ?
Une jeune mère, elle-même habituée aux cahiers de vacances durant son enfance, refuse désormais d’en acheter à ses enfants. « J’ai deux enfants et j’ai été nourrie au cahier de vacances. Chez ma grand-mère, c’était obligatoire. Mais je n’en achète pas pour mes enfants, car je trouve ça inutile. Ça ne reflète pas réellement le programme scolaire aujourd’hui. »
Et dans les rayons, cette désaffection semble parfois se faire sentir.
Rayan, responsable du rayon papeterie du centre commercial Leclerc Rond-Point, constate une demande plutôt modeste pour cette année.
« En ce moment, je pense que les cahiers de vacances 2026 n’ont pas trop la cote, puisque ce n’est pas si efficace que ça. En une semaine, je n’ai eu que cinq parents qui m’ont demandé des cahiers de vacances. La semaine dernière, j’ai eu seulement deux demandes. »
Rayan, responsable du rayon papeterie du centre commercial Leclerc Rond-Point
Selon lui, les stocks ne s’écoulent pas suffisamment pour nécessiter un réassort : « Il n’y a pas de restock, il y a plein de cahiers de vacances en attente d’être achetés. »
Il tient également à tordre le cou à une idée reçue concernant les achats anticipés : « Ils ne sont pas moins chers en juin qu’en août. Ils sont en promotion uniquement lorsqu’ils ne partent pas. »
Alors, on adhère ?
Alors, le cahier de vacances est-il en perte de vitesse ? Difficile de trancher. Pour certaines familles, il reste un rendez-vous incontournable, une manière de conserver les acquis et de préparer doucement la rentrée. Pour d’autres, il appartient davantage aux souvenirs d’enfance qu’aux habitudes éducatives actuelles.
Et même chez les adultes, le principe semble trouver un nouveau souffle. Une femme interrogée, qui ignorait l’existence de ces cahiers, se montre immédiatement intéressée : « Je ne savais pas qu’il y avait des cahiers de vacances pour adultes. Je vais me renseigner. J’adore les mots fléchés et je pense qu’il faut entretenir son cerveau. »
Après tout, peut-être que le cahier de vacances n’a pas dit son dernier mot. Il a simplement changé de public.
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