Cameroun : 38 % de la dette publique reste exposée aux chocs de change

Avec une dette publique qui demeure en dessous du plafond communautaire fixé par la CEMAC, le Cameroun affiche encore des indicateurs de soutenabilité relativement maîtrisés. Mais derrière cet équilibre apparent, les données publiées par la Caisse autonome d’amortissement (CAA) mettent en lumière une autre source de fragilité : une partie importante des engagements financiers de l’État reste liée à l’évolution des monnaies internationales. Cela signifie qu’un mouvement défavorable sur les marchés des changes pourrait renchérir le coût des remboursements, sans augmentation préalable de l’endettement.

Dans son rapport arrêté à fin mars 2026, la CAA évalue l’encours de la dette de l’administration centrale à 13 567 milliards de FCFA, hors restes à payer de plus de trois mois et dette flottante. Ce niveau représente 39 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Sur ce volume, 9 266 milliards de FCFA correspondent à la dette extérieure, contre 4 300 milliards de FCFA pour la dette intérieure, soit respectivement 26,7 % et 12,4 % du PIB.

À première vue, la structure de cette dette pourrait apparaître comme un facteur de vulnérabilité important. Plus des deux tiers du portefeuille sont libellés dans des monnaies autres que le franc CFA. Concrètement, cela signifie que les engagements de l’État demeurent largement dépendants de l’évolution de devises internationales sur lesquelles les autorités camerounaises n’exercent aucun contrôle direct.

Cette première lecture mérite toutefois d’être nuancée. Une part significative de cette dette est contractée en euros, une monnaie liée au franc CFA par une parité fixe. Cette configuration réduit considérablement l’exposition effective du pays aux fluctuations monétaires et limite une partie du risque associé aux mouvements des marchés de change.

La CAA le souligne d’ailleurs dans son rapport :  » Le risque de change : la part de la dette libellée en devises autres que le FCFA est estimée à 68,3 % du portefeuille global, soit une exposition de 37,6 % du portefeuille, considérant la dette libellée en euro, évaluée à 30,7 % de la dette totale. « 

Autrement dit, même si 68,3 % de la dette est théoriquement libellée en devises étrangères, l’exposition réelle aux fluctuations monétaires est nettement plus faible une fois la dette en euros prise en compte. Pour les autres monnaies, notamment le dollar américain, le risque demeure plus significatif. En effet, lorsqu’une devise étrangère se renforce face au franc CFA, le montant à rembourser exprimé en monnaie locale augmente mécaniquement, alors même que la valeur initiale de la dette contractée reste inchangée dans sa devise d’origine. Ce mécanisme concerne essentiellement les monnaies dont l’évolution n’est pas stabilisée par le régime monétaire de la CEMAC.

Une exposition principalement portée par le dollar et les DTS

Les chiffres de la CAA montrent que le portefeuille de dette repose essentiellement sur quelques monnaies internationales. Selon les données publiées par l’institution, le franc CFA représente 31,7 % de l’encours total, devant l’euro avec 30,7 %, le dollar américain avec 18,5 % et les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international avec 12,6 %.

L’image apparaît encore plus marquée lorsqu’on isole la composante extérieure de la dette. Dans ce segment, l’euro concentre 44,8 % des engagements, suivi du dollar avec 27 %, puis des DTS avec 18,3 %. Dès lors, le principal risque de change réside davantage dans les fluctuations du dollar et des autres monnaies non liées au franc CFA que dans les engagements libellés en euros.

Au-delà de cette exposition monétaire, les autres indicateurs présentés dans le rapport apparaissent relativement favorables. Le coût moyen pondéré de l’ensemble de la dette ressort à 2,8 %. Il s’établit à 2,4 % pour la dette extérieure et à 3,5 % pour la dette intérieure.

Par ailleurs, la durée moyenne de refinancement est estimée à sept ans, ce qui limite les risques de pression immédiate liés au renouvellement des emprunts arrivant à échéance. La dette à taux variable représente également une part relativement limitée du portefeuille global, à hauteur de 21,4 %, réduisant ainsi l’exposition aux fluctuations internationales des taux d’intérêt.

À l’échelle régionale, enfin, le niveau d’endettement du Cameroun demeure inférieur au critère de convergence de la CEMAC fixé à 70 % du PIB. 


Publié le 21/05/26 12:05


La Rédaction


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