Dans un marché marqué par un déficit structurel entre l’offre et la demande, la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), a mis en service une nouvelle unité industrielle de production de sucre en morceaux, mobilisant un investissement de 2,5 milliards de FCFA (près de 4,5 millions USD). Cet équipement a été présenté le 23 avril 2026 au préfet de la Haute-Sanaga, Albert Nanga Dang, au cours d’une visite effectuée au sein de cette entreprise située à Nkoteng, une localité située à près de 140 km de Yaoundé, la capitale du Cameroun. Occasion pour le représentant de l’Etat camerounais de saluer « l’engagement des équipes et la solidité du disposition industriel ». Il a encouragé le top management de la Sosucam à « la poursuite des efforts engagés via cette extension qui vise à améliorer la transformation locale et à consolider l’approvisionnement du marché intérieur ».
Sécuriser les approvisionnements du marché national
Au plan technique, la nouvelle unité de Sosucam est spécialisée dans la production de sucre en morceaux, un segment à plus forte valeur ajoutée. L’investissement s’inscrit dans une stratégie d’optimisation industrielle visant à diversifier les formats, améliorer la qualité des produits finis et renforcer la compétitivité face aux importations.
« Il s’agit d’un investissement d’optimisation industrielle plus que d’un simple ajout de capacité », analyse Jean-Marc Essomba, économiste agro-industriel camerounais. Pour qui, « la transformation locale avancée améliore les marges, réduit les coûts logistiques et renforce la souveraineté alimentaire. »
Pour Sosucam, qui contrôle l’ensemble de la chaîne, de la culture de la canne au conditionnement, cette modernisation vise aussi à sécuriser les approvisionnements du marché national, souvent confronté à des tensions sur les prix et à des pénuries ponctuelles. Au-delà de Sosucam, cet investissement est perçu comme un signal adressé à l’ensemble de la filière agro-industrielle. Il illustre le rôle des investissements productifs dans la réduction de la dépendance extérieure et la stabilisation de l’approvisionnement des produits de grande consommation.
Dans un contexte de croissance soutenue de la demande, la consolidation de l’outil industriel apparaît ainsi comme un levier central de la politique d’import-substitution poursuivie par le Cameroun.
A moyen terme, les projections sectorielles indiquent qu’une montée en puissance industrielle, combinée à des gains de rendement agricole, pourrait permettre au Cameroun de couvrir jusqu’à 60% de sa demande nationale, contre moins de 50% actuellement.
Un enjeu économique et social majeur
Au-delà des volumes, l’investissement consenti par la Sosucam génère des retombées en matière d’emplois, de structuration des filières rurales et de stabilité des prix à la consommation. « Le sucre est un produit sensible socialement. Renforcer l’offre locale, c’est aussi réduire la vulnérabilité du pouvoir d’achat », souligne Alain Mbarga, analyste des marchés de biens essentiels. En s’inscrivant dans une logique de modernisation industrielle, Sosucam confirme son rôle central dans l’équilibre du marché sucrier camerounais, face à une demande appelée à croître durablement.
Pour rappel, selon les données officielles du ministère du Commerce et de l’Institut national de la statistique (INS), la demande annuelle de sucre au Cameroun est estimée à environ 300.000 tonnes, portée par la croissance démographique, l’urbanisation et l’essor de l’agro-industrie. En face, l’offre nationale oscille entre 120.000 et 160.000 tonnes par an, essentiellement produites par Sosucam. Ce qui crée un déficit structurel comblé par des importations régulières encadrées par l’État afin de limiter les tensions sur les prix.
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