Camp Fire, l’incendie le plus meurtrier de la Californie, a-t-il eu un impact sur le mode de vie des victimes ?
Durant les sept mois qu’Élise Boutié a observé et interrogé la population de la ville de Paradise, les causes évoquées à l’origine de cet incendie sont emplies de ce déni des conséquences du réchauffement climatique : « C’est comme s’ils se persuadaient que c’était un accident. S’il y avait eu moins de vent, si les pluies étaient arrivées plus tôt, si les forces de sécurité avaient réussi à l’éteindre, si, si, si. Et selon la position politique ou idéologique des personnes, ce qu’on met derrière le « si » change. Mais il y a très peu de prise de conscience écologique alors que cette population a été extrêmement marquée par ce désastre« . Cette étude réalisée par l’anthropologue aux États-Unis a permis permettent de mettre en valeur ces dynamiques de déni du changement climatique, de refus de reconnaître qu’il s’agit d’une nouvelle réalité : « Parce que le président Trump est ouvertement climato-négationniste, et que cette dynamique-là prend énormément de place dans la société civile« .
Il n’y a pas eu de minutes de silence ou l’énumération des noms des victimes tuées
L’anthropologue en veut pour preuve le premier anniversaire de ce drame qui a plongé dans les flammes la ville de Paradise. Présente le 8 novembre 2019, cette experte en sciences sociale a assisté à cette commémoration qui ressemblait plus à un oubli volontaire et collectif. Un événement extrêmement financé, publicisé et organisé par l’Eglise Evangéliste locale : « C’était un événement de divertissement. C’était une fête foraine, c’étaient des spectacles de magie, un grand repas partagé, etc. Mais il n’y a pas eu de minutes de silence, ou l’énumération, par exemple, des noms des victimes tuées, ou des témoignages qui auraient pu être aussi apportés par des habitants ou des habitantes du jour J, ou de leur reconstruction au bout d’un an. Donc les choix de mises en scène et de rituels collectifs ont été emprunts du déni, et du fait de détourner le regard par le divertissement. De regarder ailleurs et ne pas reconnaître que cet événement a eu un impact très fort sur les gens, sur le collectif« .
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