Canicule : « Les chaleurs extrêmes transforment nos modes de vie »

Fin juillet 2026, la France a déjà connu vingt jours de canicule sur l’ensemble du territoire. Avant 1989, la moyenne du nombre de jours de canicule par an était de deux. Avec le dérèglement climatique, ces épisodes sont de plus en plus fréquents, plus intenses, touchent des territoires plus larges, et s’étendent sur des périodes plus longues. Entre juin et juillet, ce sont au total 93 des 96 départements métropolitains qui, selon Météo France, ont été affectés, représentant 66,1 millions de personnes, soit la quasi-totalité de la population française.

Les canicules – longtemps rangées dans la catégorie « catastrophes naturelles » – ont de multiples conséquences sanitaires. Elles affectent désormais toutes les tranches d’âge, augmentant la mortalité, et plaçant sous tension les structures et personnel de secours. Tous les aspects de la vie quotidienne des Français sont aussi bouleversés : travail, déplacements, modes de garde, loisirs, rythmes de vie, relations sociales.

10 millions de travailleurs exposés

Trois catégories de métiers sont particulièrement exposées à la chaleur. D’abord, les personnes qui travaillent en extérieur, comme les ouvriers du BTP (maçons, couvreurs, gros œuvre), les agriculteurs, les éleveurs, les maraîchers, les jardiniers. Ensuite, celles dont le poste de travail dégage déjà de la chaleur en dehors de la canicule : c’est le cas dans la métallurgie, l’agroalimentaire, la restauration, la boulangerie. Enfin, les professionnels qui interviennent directement sur les conséquences du changement climatique ou dans l’espace public : services de secours, armée, police, pompiers, mais aussi aides à domicile qui accompagnent les publics les plus durement touchés par la chaleur. Au total, plus d’une personne en emploi sur trois (36 % exactement), soit près de 10 millions de travailleurs, est concernée.

Au-delà de ces professions directement impactées, 34 % des actifs voient leurs horaires de travail adaptés. Le télétravail, souvent présenté comme la solution à toutes les difficultés (notamment parce qu’il évite des déplacements pénibles en cas de canicule) est lui, peu mobilisé. Tous les postes ne sont pas accessibles en télétravail. En outre, télétravailler suppose que le domicile offre des conditions de confort thermique suffisantes.

Or seul un quart de la population est équipé d’une climatisation. Le taux culmine dans les régions traditionnellement exposées à la chaleur (48 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 46 % en Occitanie) mais est plus modeste dans les régions nouvellement touchées par des hausses du mercure. Même en Provence-Alpes-Côte d’Azur et Occitanie, le taux moyen cache de fortes disparités : les ménages aisés sont deux fois plus équipés (60 %) que les plus modestes (32 %). Les habitants des hypercentres urbains. Les locataires, les habitants en immeuble sont les moins bien lotis.

Moins de déplacements…

Les journées sont aussi chahutées de multiples façons. Le temps de sommeil diminue. Une étude publiée dans Nature a montré que lorsque la température augmente de 10 degrés le temps de sommeil total diminue de 9,67 minutes. Près d’un tiers des activités réalisées un jour de canicule sont décalées dans la journée : 20 % sont avancées plus tôt dans la matinée, et 12 % sont reculées plus tard dans la soirée, pour éviter les heures les plus chaudes.

En période de fortes chaleurs, 59 % des Français renoncent à des déplacements. Le report s’oriente vers les modes de transport climatisés (41 %), sans effort physique (39 %) et individuels (36 %). L’automobile est privilégiée – alors même qu’il s’agit du mode contribuant le plus au réchauffement climatique –, suivi du vélo à assistance électrique. La fréquentation des transports en commun diminue.

Nombre des activités qui participent au bien-être passent de ce fait à la trappe. Balades, activités physiques et sportives, loisirs : six Français sur dix y renoncent pour ne pas avoir à se déplacer.

Le quotidien des familles est aussi touché, quand les établissements scolaires sont fermés ou les horaires d’accueil de la petite enfance réduits. Ces changements impliquent évidemment des adaptations pour les parents qui travaillent (jours de congé, absence non rémunérée, etc.) ou ont d’autres engagements (aidants familiaux, etc.), et des difficultés lorsque les habitats ne sont pas bien plus protecteurs que les lieux d’accueil collectifs.

… plus de tensions

Plus le mercure augmente, plus les liens sociaux sont tendus. Chaque degré supplémentaire accroît de 4 % la fréquence de violence entre personnes, et de 14 % les conflits entre groupes sociaux. Et pour 10 degrés supplémentaires, les crimes violents augmentent de + 9 %, et en particulier les violences faites aux femmes et les féminicides, comme l’avait démontré une étude académique publiée en 2018.

L’impact de la canicule sur le lien social n’est pas univoque. D’un côté, 12 % de la population dit annuler des visites à des proches pour éviter des déplacements pénibles. Quelques-uns au contraire disent rendre des visites à des proches qui n’étaient pas initialement prévues, probablement pour s’assurer de la bonne santé de ceux-ci. Et l’on constate de nombreux élans de solidarité face aux incendies liés aux effets de la canicule et de la sécheresse.

On comprend que les catastrophes naturelles, et en particulier la chaleur extrême, soient le sujet environnemental qui préoccupe le plus la population. Dans l’enquête Conditions de vie et aspirations du Crédoc, réalisée à l’automne 2025, avant même la multiplication exceptionnelle des canicules et incendies de l’été 2026, 46 % des Français plaçaient ce sujet en tête de leurs préoccupations devant les autres enjeux environnementaux (pollution de l’air, de l’eau, des sols, changement climatique, épuisement des ressources naturelles, disparition d’espèces végétales ou animales). Comme une préscience des bouleversements à venir.

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