« Ce film est une ode à la Guyane » : le réalisateur Jean-Noël Virèeye décroche une nomination à Toronto
« Il s’agit de l’histoire d’un agriculteur solitaire qui est obsédé par des graines qu’il n’arrive pas à faire germer. Au fur à mesure que le film suit son cours on comprend l’importance de ces graines » commente tout d’abord Jean-Noël Virèey, scénariste et réalisateur du film « À l’ombre des Camélias ». « Cette histoire peut être résumée comme une histoire d’amour. Elle traite des thématiques particulières comme le deuil et la solitude« .
Entre avril 2023 et mai 2026, celui qui est aussi photographe se lance dans l’écriture et la réalisation de son film. « Ça a pris énormément de temps » entre l’écriture du scénario, le tournage, la post-production. « J’ai écrit le scénario en avril 2023. Je l’ai présenté à des boîtes de production dans un premier temps. Je n’ai eu aucun retour » détaille-t-il. Déterminé à faire naître ce projet, il se lance tout de même dans l’aventure. « Étant technicien de formation et ayant été sur des plateaux de tournage, je savais à peu près quel type de logistique il fallait pour tourner une telle œuvre donc j’ai choisi de la tourner avec mes propres moyens » souligne le réalisateur.
« Je savais que c’était réalisable grâce à l’aide d’amis et collègues qui m’ont accompagné au fur et à mesure. J’ai commencé les premières prises de vue seul en partant avec mon matériel dans la nature en mai 2024. Nous avons ensuite commencé à travailler avec l’acteur en novembre de la même année. Le tournage s’est étalé jusqu’à novembre 2025. La post-production jusqu’à mai 2026.
»Jean-Noël Virèey, scénariste et réalisateur du film
Une ode à la Guyane
Pour donner vie à son histoire, Jean-Noël Virèeye s’appuie sur la richesse des paysages guyanais. Parmi les lieux de tournages, différents terrains à Matiti, le Loyola mais aussi le parc du Moulin à Vent à Rémire-Montjoly. Un lieu qui s’est avéré être plein de surprises. « C’est un lieu particulier parce que ce sont des décors qui sont cachés en milieu urbain mais qui nous ont permis de tricher un peu sur des compositions de plans qui nécessitaient une végétation particulière » révèle le réalisateur.
Au-delà du choix précis des lieux de tournage, « ce film est une ode à la Guyane » pour reprendre les mots du réalisateur. « La première chose que j’ai commencé à faire c’est sortir dans la nature et filmer des choses très simples comme des couchers de soleil, des feuilles sur lesquelles l’eau de la pluie a tendance à perler… Des choses vraiment très simples que je prends le temps d’apprécier et j’ai voulu traduire cela à travers la composition de certains plans. Ce sont pleins de petits hommages à la nature que j’ai voulu faire à travers ces compositions de plans. J’avais à cœur de mettre en valeur ces décors que je trouve puissants ici« .
Pour mettre en valeur la nature guyanaise, le réalisateur a fait le choix du noir et blanc. « Pour moi ce parti pris était assez intéressant » commente Mirtho Linguet, directeur de la photographie et chef électro sur le film.
« Compte tenu du rythme du film, de l’histoire… Le noir et blanc permettent de montrer la Guyane, l’environnement naturel, avec un regard limite neuf parce qu’il est très rare de voir des images aujourd’hui de paysages de la Guyane en noir et blanc » complète Mirtho Linguet, qui est aussi photographe.
« Je trouvais que ça faisait la part belle à une époque du cinéma où le noir et blanc aujourd’hui a quasiment disparu.
»Mirtho Linguet, directeur de la photographie et chef électro
« Je n’ai jamais eu envie de baisser les bras »
Le tournage, réalisé avec une équipe réduite et des moyens limités, a présenté de nombreux défis. Pour autant, « je n’ai jamais eu envie de baisser les bras » souligne Jean-Noël Virèeye.
« Nous étions tributaires du temps. Ce n’est pas facile de tourner des plans en lumière naturelle essentiellement, sachant qu’on ne maîtrise pas la météo, donc le tournage a pris du retard. (…) Je n’ai pas envie de parler de manque de moyens en tant que tel parce que finalement je pense que ça pousse à être plus créatif » raconte le réalisateur qui a lui-même dû remplacer son acteur principal pour une scène de course, malgré une blessure au genou.
« J’ai serré les dents mais ça a été. J’étais accompagné de Yann Espern qui était au cadre donc il a pris ma place derrière la caméra et j’ai remplacé l’acteur donc ça s’est bien passé, on s’adapte.
»Jean-Noël Virèey, scénariste et réalisateur du film
Dans le rôle-titre, Axel Cibrélus, qui n’est pas comédien de profession, a accepté « par curiosité, pour l’expérience« .
Le rôle, presque sans dialogue, a représenté un véritable défi. « Tout devait transpirer par moi, par la gestuelle. Être acteur, savoir interpréter, rendre crédible la scène… Ça a été un défi de le faire » se souvient le principal concerné.
« Il y a un long plan séquence qui dure 2 ou 3 minutes : on l’a tourné plus de 100 fois. Et pour cause, les conditions météorologiques. Jean-Noël est un réalisateur qui est très pointilleux. Il a besoin de son éclairage parfait, que le cadrage soit optimal, le jeu aussi, que la transpiration soit là… Comme il avait cette scène en tête, on l’a rejoué. Pas en une journée bien-sûr.
»Axel Cibrélus, acteur du film
Cette expérience restera gravée dans la mémoire d’Axel Cibrélus. « C’était l’une de mes plus grandes expériences dans ma vie parce que le tournage a duré très longtemps par rapport à la disponibilité de chacun, des moyens…C’est quelque chose que je referai avec plaisir. »
« J’ai constaté qu’avec peu, on peut faire un film quand on est passionné, qu’on est entouré de bonnes personnes et avec de la volonté.
»Axel Cibrélus, acteur du film
Une nomination dans un festival à Toronto
Le travail et la détermination de l’équipe ont fini par porter leurs fruits. Le film, inscrit dans une trentaine de festivals, a été nommé au Toronto International Nollywood Film Festival (TINFF) dans la catégorie « Best performance » en tant que court métrage aux côtés de 10 autres œuvres cinématographiques.
« Pour moi c’est une grande fierté. C’est une belle chose de voir que le film a été reconnu hors de nos frontières. C’est l’opportunité de faire voyager la culture guyanaise ainsi que la culture française. »
Jean-Noël Virèey, scénariste et réalisateur du film
« Le film a été immatriculé par le CNC. (…) Ça laisse présager pas mal de choses » commente le réalisateur.
Le festival canadien se déroulera du 4 au 12 septembre prochain.
Pour aller plus loin : focus sur Jean-Noël Virèeye
Jean-Noël Virèeye est un écrivain, photographe et réalisateur né à Saint-Laurent du Maroni. Il est le fils d’une enseignante d’origine martiniquaise qui lui permet de découvrir le cinéma dès son plus jeune âge.
Avec ce film, il n’en est pas à sa première expérience dans le cinéma. « Il s’agit de mon deuxième court métrage. Le premier, je l’ai tourné complètement seul lorsque je faisais mes études à Paris et à ce moment-là, lorsque je réalise mon premier film, je n’ai aucune notion des différents postes d’une équipe de cinéma, mis à part ce que je sais en regardant des making-off, en lisant des articles… Donc à partir de ce moment-là, j’ai compris pourquoi il s’agissait d’un domaine vraiment très exigeant et j’ai compris aussi le poids des mots et des actions » se souvient ce dernier.
« Il est important je pense, de savoir écrire, de savoir raconter une histoire. Mais savoir écrire une histoire ne veut pas dire savoir lui donner vie donc avant d’arriver à la réalisation de ce premier film, j’ai testé l’efficacité de mon écriture en tournant des saynètes dans les rues de Paris » relate Jean-Noël Virèeye.
« Entre mon premier et mon deuxième film, j’ai travaillé comme technicien sur différentes productions donc ça m’a permis d’observer d’autres postes comme les régisseurs, les maquilleuses… J’ai observé absolument tout le monde et ça m’a permis de travailler je pense de manière encore plus structurée sur ce deuxième film. »
Jean-Noël Virèey, scénariste et réalisateur du film
« Pour les personnes qui souhaiteraient travailler dans le domaine, c’est le conseil que je leur donnerai : ne pas baisser les bras pour la simple et bonne raison que le rejet je sais ce que c’est. Rien n’est acquis dans ce monde. J’ai choisi de continuer à travailler parce que je sais pertinemment que je ne mérite pas nécessairement donc pour moi il est important d’aller sur le terrain et de travailler pour arriver à un résultat » commente Jean-Noël Virèeye.
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