Centrale thermique de Centre Village: la Commission de l’énergie dit oui

Énergie NB peut souffler: la Commission de l’énergie et des services publics a donné le feu vert à son projet de centrale au gaz et au diesel, qui doit être construite à Centre Village.

La décision était attendue depuis des semaines, elle a été annoncée jeudi par Chistopher Stewart, président de la Commission de l’énergie et des services publics (CESP): l’accord conclu entre Énergie NB et son partenaire américain pour l’achat d’électricité d’une centrale biénergie à Tantramar est jugé «prudent».

Autrement dit, la CESP donne son approbation au projet, qui rencontre une certaine opposition dans la population du Sud-Est.

Cela concerne aussi bien les 400 MW du projet initial, visant à empêcher un manque d’énergie lors des demandes de pointe, que les 100 MW supplémentaires destinés à l’exportation vers la Nouvelle-Écosse.

Dans les explications qu’il a données ensuite, et qui se sont étalées sur plus d’une heure, M. Stewart a donné raison à Énergie NB sur toute la ligne face aux critiques faites par les opposants lors des audiences de la Commission, tenues en février dernier.

La seule tape sur les doigts que reçoit la société de la Couronne est d’ordre procédural: Christopher Stewart regrette que le processus ait été «précipité par les délais qu’Énergie NB s’était elle-même imposés», et que des documents aient été remis tardivement.

«La décision s’est jouée sur deux éléments», analyse le professeur d’ingénierie à l’Université de Moncton, Yves Gagnon.

«Le premier, c’est qu’un opérateur de réseau doit avoir un certain pourcentage de capacités disponibles au cas où sa plus grosse centrale aurait un bris technique.»

La taille importante de la centrale nucléaire de Point Lepreau fait donc en sorte qu’Énergie NB doit prévoir des réserves d’énergie conséquentes, ce que la centrale de Centre Village lui procurerait.

L’autre point, c’est qu’il n’a pas été démontré qu’un système de stockage par batterie, voulu par les opposants, coûterait moins cher.

«L’expert Toby Couture [invité à témoigner par le Conseil de conservation du N.-B.] est demeuré assez général, il n’avait pas les données pour le Canada», remarque M. Gagnon.

«Ça démontre que l’asymétrie dans les moyens, entre Énergie NB qui peut payer des experts des centaines de milliers de dollars et le Conseil de conservation qui a beaucoup moins d’argent, ça a un impact sur les décisions de la Commission.»

«Réconfortant»

Yves Gagnon voit quelques points positifs dans cette décision: en déléguant la gestion de la centrale à ProEnergy, Énergie NB va pouvoir se concentrer sur ses nombreux autres problèmes, à Mactaquac, Belledune ou Point Lepreau.

«J’ai confiance que le partenaire américain va vouloir être un bon citoyen corporatif», déclare M. Gagnon, qui en déduit que le réseau d’Énergie NB gagnera en fiabilité.

Surtout, étant donné qu’Énergie NB a toujours présenté le projet de Centre Village comme un moyen d’intégrer davantage d’énergies renouvelables sur le réseau, la décision de la CESP va forcer la compagnie d’énergie et le gouvernement à respecter cette promesse, ajoute-t-il.

En mêlée de presse, le directeur des affaires commerciales d’Énergie NB Brad Coady a confirmé que cela était en route: «Dans les 15 derniers mois, nous avons signé des accords d’achat pour environ 700 MW d’énergie éolienne, ce qui va quasiment tripler la quantité d’énergie éolienne que nous avons au N.-B.»

Il ne reste plus qu’une étape à franchir avant que la construction de la centrale se concrétise: l’approbation de l’étude d’impact environnemental.

«D’après les dernières informations, que j’ai reçues ce matin, le promoteur [ProEnergy] devrait obtenir une décision favorable dans les délais prévus», soit d’ici le 2 juin, a répondu Brad Coady à ce sujet.

«Tous les documents à fournir à l’autorité de réglementation seront remis demain avant la fin de la journée.»

«Je pense que c’est réconfortant pour le gouvernement, parce qu’on a une stratégie pour ajouter pas mal d’éolien sur le système», a de son côté commenté le ministre de l’Énergie René Legacy.

Consternation chez les opposants

Du côté des opposants, la décision de la CESP laisse forcément un goût amer.

«C’est très décevant, même si ce n’est pas surprenant», commente le professeur d’études de l’environnement Jean Philippe Sapinski, qui a signé une lettre ouverte avec 120 autres universitaires en février pour dénoncer ce projet de centrale thermique.

«Je ne peux pas blâmer les commissaires: ils ont fait leur travail, en restant dans une définition très limitée de la prudence.»

«Ça ne tient pas compte des coûts à long terme sur la société, comme les coûts environnementaux et les coûts de santé», explique-t-il pour préciser sa pensée.

Il y aura aussi des impacts à court terme, prévient-il: «On vient de dire à tout le monde que vos factures vont augmenter de 5%, pour éviter d’avoir peut-être des coupures une fois de temps en temps.»

Il ajoute que le N.-B. s’enferme dans la dépendance aux énergies fossiles pour 25 ans, et dans la dépendance aux États-Unis.

De son côté, la Coalition pour la protection de l’isthme de Chignecto s’est dite «consternée par cette annonce» dans un communiqué de presse.

Mais «la lutte continue», prévient cette alliance de divers groupes opposés à la centrale.

«Nous étudions présentement les recours juridiques possibles pour faire en sorte que cette décision ne soit pas définitive. Nous restons déterminés à protéger l’isthme de Chignecto, ses habitants, sa faune et sa flore, et les générations futures qui devront subir les conséquences de ce qui se décide présentement.»

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