La Commission de l’énergie approuve la centrale au gaz naturel à Tantramar

Le projet controversé de centrale au gaz naturel à Tantramar, au Nouveau-Brunswick, a franchi jeudi une étape importante.

La Commission de l’énergie et des services publics affirme que le projet est prudent pour Énergie NB. La Commission est chargée de se pencher sur tout projet de plus de 50 millions de dollars mené par la société de la Couronne.

Ce projet de la société de la Couronne et de son partenaire américain, ProEnergy, doit toutefois franchir une autre étape importante avant d’espérer voir le jour.

Le ministère de l’Environnement doit se prononcer sur l’étude d’impact environnemental du projet, ce qui n’est toujours pas fait.

La décision

Plus de trois mois après les audiences principales organisées par la Commission, elle rend sa décision. Cette décision survient aussi quelques jours avant la date butoir de l’entente entre Énergie NB et ProEnergy, soit le 2 juin.

Dans cette décision lue par son président Christopher Stewart jeudi, la Commission accepte que la société de la Couronne a besoin de 400 mégawatts à partir de 2028, un argument présenté par Énergie NB.

L’intégration d’énergies renouvelables, le vaste projet de rénovation de la centrale hydroélectrique de Mactaquac et la possibilité d’une fermeture inattendue de la centrale nucléaire de Point Lepreau font partie des éléments cités par la Commission pour expliquer un tel besoin, contesté lors des audiences.

L’intérieur de la centrale nucléaire de Point Lepreau (Photo d’archives).

Photo : Brice McVicar

La Commission estime aussi qu’Énergie NB a étudié d’autres options, comme le stockage par batteries et l’aide d’autres provinces pour l’approvisionnement.

Le prix incertain des batteries et leur rendement pas toujours fiable selon la Commission en font une option moins prudente à ses yeux.

Quant à l’aide d’autres provinces, le Nouveau-Brunswick fournit de l’énergie à certains de ses voisins. Et, une amélioration des infrastructures seraient nécessaire pour accroître la taille des transferts d’électricité.

La Commission accepte d’ailleurs dans cette décision d’accorder un agrandissement de la centrale au gaz de 100 mégawatts pour les vendre à la Nouvelle-Écosse.

En revanche, la Commission déplore que le processus d’approbation ait dû être accéléré pour satisfaire Énergie NB, et reproche qu’Énergie NB n’ait pas déposé certains documents, privant le public d’informations précieuses.

La Commission affirme néanmoins qu’elle a pu se satisfaire des informations soumises, mais affirme travailler sur des exigences minimales pour le dépôt de documents.

Nécessaire selon Énergie NB

Énergie NB avait présenté sa centrale comme étant nécessaire pour ne pas manquer d’énergie dans les prochaines années.

Lors des audiences en février, l’avocat d’Énergie NB, John Furey, a argumenté que la société de la Couronne avait besoin de 400 mégawatts de plus d’ici 2028, présentant une révision d’experts, Bruce Tsushida et Jill Moraski, engagés par Énergie NB.

Un avocat assis consulte des documents d'un air sérieux.

John Furey, l’avocat d’Énergie NB. (Photo d’archives)

Photo : CBC / Ed Hunter

L’augmentation de la population et l’électrification des transports sont notamment en cause selon lui.

John Furey affirmait lors des audiences que cette centrale au gaz naturel était l’option la plus rapide et la moins chère pour obtenir cette énergie supplémentaire.

Une centrale électrique au gaz naturel.

La centrale électrique Brotman à Rosharon, au Texas, a des composantes et une configuration similaires à celles du projet proposé par ProEnergy à Tantramar. (Photo d’archives)

Photo : ProEnergy

Il faut préciser que cette centrale appartiendrait à ProEnergy qui vendrait ensuite de l’énergie à Énergie NB.

L’accord serait d’une durée de 25 ans et coûterait 3,5 milliards de dollars à la société de la Couronne, selon ce qu’a entendu la Commission en février.

Une mauvaise option pour des opposants

Ce projet a néanmoins suscité une certaine opposition de résidents du sud-est du Nouveau-Brunswick et d’environnementalistes.

Plusieurs voisins de la centrale ont exprimé des craintes quant à la pollution sonore ainsi qu’à la pollution de l’air et de l’eau.

Quelque 300 médecins du Centre hospitalier Dr-Georges-L.-Dumont de Moncton ont même signé une lettre, exprimant des inquiétudes pour la santé.

Geneviève Côté.

La Dre Geneviève Côté, porte-parole du Conseil des médecins et des dentistes du CHU Dumont, l’entité au cœur de la lettre.

Photo : Radio-Canada / Patrick Lacelle

Lors des audiences, la nécessité d’ajouter 400 mégawatts de production d’ici 2028 a été remise en question.

L’intervenant public dans le secteur énergétique, Alain Chiasson, a par exemple engagé un expert de l’énergie, Jeffrey Palermo, qui remettait en question la démarche d’Énergie NB pour conclure à un tel besoin.

Il prônait aussi plutôt une réorganisation du système d’Énergie NB pour combler ce manque à gagner, s’il existe.

Énergie NB a évoqué plusieurs problèmes logistiques à cette solution, notamment celui de puiser dans les réserves d’autres sociétés d’énergie des Maritimes.

Alain Chiasson en entrevue.

Alain Chiasson est intervenant public dans le secteur énergétique.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano

Toby Couture, un expert des énergies renouvelables, mandaté par le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick, s’est longuement exprimé sur une autre option : le stockage par batteries.

Il s’agit d’une option moins coûteuse et fiable, selon l’expert. Énergie NB a argumenté le contraire.

Plus tôt ce mois-ci, quelques dizaines de personnes ont manifesté devant le site sur lequel se trouverait la centrale.

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