« C’était une porte de désespoir »…La porte du non-retour, une visite chargée d’émotion pour la délégation martiniquaise au Sénégal
L’île de Gorée. L’hospitalité de ses habitants, ses nombreuses pacotilleuses, ses rues pavées, ses façades colorées et ses centaines de visiteurs qui y débarquent quotidiennement.
Cette terre attire pour son histoire liée à l’esclavage. La Maison des Esclaves, datée de 1776, jadis dédiée à la vente et au départ forcé d’esclavisés, est surtout connue pour sa porte du non-retour.
Ce lieu sanctuarisé a un écho particulier chez les jeunes adultes, les parents, les yoleurs et marins-pêcheurs, les élèves du lycée de Mongérald au Marin et du lycée de Croix-Rivail à Ducos, ainsi que chez les enseignants. Une délégation éclectique venue de Martinique avec Alain et Christophe Dédé et les membres de l’association Transmanche.
Dans les traces des captifs
Il y a d’abord le récit de l’un des gardiens de la Maison des Esclaves. Il rappelle sa raison d’être depuis sa construction en 1776 : un lieu jadis voué à la vente et au commerce d’enfants, de femmes et d’hommes, enchaînés dans des cachots aux meurtrières étroites puis sélectionnés en haut des célèbres escaliers ocre rouge. Des êtres considérés comme du bétail, entassés ensuite dans les cales des bateaux négriers.
Des familles entières déchirées, qui ne reverront jamais leurs frères, leurs aînés ni leurs terres. Des Africains destinés à alimenter la main-d’œuvre en Amérique et aux Antilles.
Commence ensuite la visite du rez-de-chaussée. Le lieu est chargé, sombre. Dans cet espace, également appelé « Maison des Captifs », jusqu’à vingt personnes étaient entassées dans d’étroites pièces.
Le choc face à l’horreur
Ingrid Limery et Jordaniel Duboyer, élèves au lycée Mongérald du Marin, ainsi que leur professeure de créole, Muriel Schwartz, échangent et donnent leurs impressions :
« Essayez de vous projeter à l’époque. Imaginez des gens enchaînés, captifs, qu’on parque dans ces murs-là. Est-ce que vous réalisez ? »
« C’est de la méchanceté de laisser les gens s’empiler les uns sur les autres, ne pas avoir beaucoup d’air ou à manger, rester enchaînés là… »
Ingrid Limery, élève au lycée Mongérald du Marin · ©Interrogée par Muriel Tauzia
« Ils étaient à plusieurs ? Moi-même, je n’arrive pas à me projeter. Dans cet espace, ils faisaient leurs besoins naturels. J’imagine l’odeur… Et puis il y a juste une petite fente pour faire passer l’air et la lumière. Franchement, la taille de la fente m’a choqué. »
Jordaniel Duboyer, élève au lycée Mongérald du Marin · ©interrogé par Muriel Tauzia
Des élèves et leur enseignante se dirigent ensuite vers la porte du non-retour. Elle laisse entrevoir l’océan. Les regards se figent.
« Sa té enpowtan ba mwen pas sé a moman-tala yo ka réyalizé pwofondè listwa. Yo ka vini isi-a, yo ka risanti, yo ka kouté, yo ka imajiné é lè nou douvan lapòt-la, éti sé zesklav-la pa té ka viré, pas yo té ka di “la porte du non-retour”, c’était une porte finalement de désespoir. Sété la yo té ka pèd tout lidantité-yo. »
Muriel Schwartz, professeure de créole au lycée du Marin · ©Interrogée par Muriel Tauzia
Sur le sol de Gorée, dans ce sanctuaire, et malgré le va-et-vient des touristes, quelques membres de la délégation martiniquaise sont envahis par l’émotion, prenant la pleine mesure du drame qui s’y est déroulé il y a près de deux siècles (178 ans).
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