Originaire du Congo-Brazzaville, la Sape est un marqueur identitaire puissant pour les Congolais de la diaspora. Plus qu’une passion pour une forme d’élégance, c’est aussi un trait d’union entre les continents. Costumes trois pièces, pantalon zébré et démarche millimétrée, les sapeurs de la diaspora font aussi de ce mouvement un divertissement atypique. Un reportage haut en couleurs signé Tom Schneider.
Au milieu des bars d’immeubles, sur un parking des Mureaux en banlieue parisienne, Maman Clarisse fête son anniversaire. Pour l’occasion, ce groupe d’amis originaire du Congo-Brazzaville fait griller quelques brochettes. Ils ont en commun le plaisir de s’habiller, ce sont des sapeurs qui, eux seuls, ont le secret pour accorder couleurs, coupes et motifs parfois extravagants. Jean-Marie a opté aujourd’hui pour un look monochrome. « Je suis habillé tout en écologie, tout en vert. »
Mais s’habiller avec des habits de marque coûte très cher. Jean-Marie, cariste de profession, en fait pourtant une priorité. « Oui, ça coûte cher, c’est une fortune. Et si tu gagnes 1 200 €, tu feras comment ? Donc, j’ai dit : « Écoute, je fais le sacrifice parce que je veux une paire de chaussures qui coûte 300 €. » J’ai dit : « Écoute, je ne mange pas pour acheter le vêtement. » »
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Dans la sape, chacun a son sobriquet pour affirmer son style
Le groupe de sapeurs a recours à des moyens informels de financement, comme la tontine. C’est un système très répandu en Afrique dans lequel des particuliers versent de l’argent dans une caisse commune. Les bénéficiaires en profitent ensuite de manière cyclique. Freddy Nkouka est l’une des grosses têtes du groupe. « C’est compliqué parce qu’il y en a d’autres qui font des tontines. Ils cotisent : le mois là, il peut toucher par exemple 5 000 € ou 10 000 € ; le mois prochain, ça sera toi. Moi, c’est comme ça. »
Dans la Sape, acronyme pour Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, chacun a son sobriquet, c’est-à-dire son surnom. Une manière de se distinguer et d’affirmer son style. « Moi, Freddy Nkouka, le roi des Croco, je suis le premier sapeur congolais qui a commencé à porter du croco. C’est moi qui commande tous les animaux de la forêt. Freddy, le roi des crocos. » C’est que la sape et l’humilité ne sont pas vraiment synonymes. Les sapeurs parlent souvent d’eux à la troisième personne. Ce n’est aussi pas qu’une affaire d’hommes. Les femmes vantent fièrement leur sobriquet, comme Prisca. « La fille qui dérange. J’aime être sexy. Moi, je m’habille comme des Beyoncé, Rihanna. J’aime les habits, donc même si je mets un sac à patates, ça me va. »
Sur les réseaux sociaux, Freddy le roi des crocos et son ami Jerome Loufoua font de courtes vidéos du style de leurs amis. Des vidéos qui atteignent parfois plusieurs centaines de milliers de vues. Ils espèrent ainsi que la Sape soit enfin reconnue comme patrimoine immatériel de l’humanité à l’Unesco.
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