Côte d’Ivoire : « Le PDCI n’est pas en position de force pour négocier avec le RHDP dans une tenue dictée par Thiam »
Le débat sur une éventuelle réunification des familles politiques issues de l’houphouëtisme continue d’alimenter la scène politique ivoirienne. Dans une tribune à forte portée politique et idéologique, Emmanuel Yao N’Goran, ancien cadre du PDCI-RDA devenu militant du RHDP, estime que le parti fondé par Félix Houphouët-Boigny ne dispose pas actuellement du rapport de force nécessaire pour imposer ses conditions au parti au pouvoir.
Comme les deux grandes formations politiques majeures de l’espace public ivoirien, le PDCI-RDA est à la croisée des chemins. Il est soumis à un choix cornélien que certains de ses militants essaient d’occulter, de nier, de rejeter. Il s’agit de la pertinence, de l’opportunité et de la justesse d’un partenariat avec le RHDP ou du maintien de la superstructure politique telle que fixée par le Président Henri Konan Bedié. L’autre pendant de la question porte sur ce qui militerait en faveur d’un retour du PDCI-RDA au RHDP. Cette préoccupation achoppe sur la contradiction principale nourrie par des militants du vieux parti depuis le 20 mai 2005 à Paris.
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En ma qualité d’ancien militant du PDCI-RDA, militant actif du RHDP et partisan de la réunification des partis constitutifs du RHDP, j’avais soumis une réflexion au Président Bedié sur cette délicate question en juin 2011, au sortir du siège du Golf. Ce texte est consigné dans mon essai intitulé : « Henri Konan Bedié : Partisan de la Paix, Promoteur de la Démocratie participative et apaisée », publié par les Éditions de l’Encre Bleue de Charles Pemont en 2015. Cette idée charnière a été reprise dans la texte de ma conférence rendant hommage au Président Bedié, en novembre 2014, à la Fondation FHB, à Yamoussoukro. Mon entendement du substrat et de l’esprit de la Plateforme des Houphouëtistes ont toujours été une étape pour le retour à un parti rassemblant tous les Houphouëtistes éparpillés par des crises de gestion de l’héritage du grand homme.
Le premier texte lu par le Président Henri Konan Bedié dans l’Appel de Daoukro suggère la création du parti portant le nom PDCI-RDR. Cette appellation est une modeste suggestion de moi. Elle est dans mon message de juin 2011 transmis par M. Émile Ebrottié au Président Bedié, pendant que je me trouvais en fonction aux Nations-Unies, à New York. À défaut de cela, j’avais indiqué qu’on pourrait faire porter l’appellation RHDP au nouveau parti. C’est cela qui fut retenu. Le Président Henri Konan Bedié et le PDCI ont fait marche-arrière en 2018-2019, pour porter la candidature du patron du PDCI-RDA au scrutin présidentiel de 2020. Tous les autres arguments sont des justificatifs, des postures superfétatoires. Le Président Tidjane Thiam et le PDCI-RDA ne sont pas, pour l’instant, en position de force pour négocier avec la Direction du RHDP, dans une tenue qui serait dictée par le parti doyen. Thiam a voulu se porter candidat en 2025.
Cela n’a pas donné le résultat escompté. En politique, on ne peut rien imposer lorsqu’on ne se trouve pas en position de force. À mon modeste avis, le PDCI et le RHDP peuvent se retrouver sous le même toit de l’Houphouëtisme. Il faut une grande dose de courage, de sublimation et de générosité. Il faut surtout de la mesure, de la pondération, de la candeur. Il faut un dépassement de soi, une élévation d’esprit au-dessus des calculs de gains politiques immédiats. Il faut lire l’avenir de la Côte d’Ivoire au-delà de nos intérêts immédiats. Il faut placer la Côte d’Ivoire au-dessus de tout. L’Houphouëtisme est de tolérance, d’union, de rassemblement et surtout de don de soi. Il se construit de dialogue, de prévenance et de la préservation de l’intérêt commun. L’Houphouëtisme est une œuvre de l’esprit, point un héritage familial ou ethnique.
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Il est sans frontières, sans cloisons, sans barrières. Il est grandement d’humilité. L’humilité est voulue, lorsque l’humiliation est subie. L’humilité rabaisse l’orgueil et magnifie l’âme. De Kimoukro sur le Bandama, lieu de naissance de Félix Houphouët-Boigny, j’ose espérer d’un retour des Houphouëtistes dans un creuset unitaire sous l’appellation PDCI-RHDP, avant 2030. Paix en nos demeures et cœurs. Demain, il fera jour.
Afriksoir
Dialogue PDCI-RHDP : Les vrais problèmes de fond à mettre sur la table
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