- Burkina Faso
- La fracture militaire
- Mauritanie
Et si, la semaine dernière, nous avions braqué les projecteurs sur le Mali, nous allons aujourd’hui nous concentrer sur la Mauritanie et le Burkina Faso. L’objectif est d’offrir au lecteur une vision globale de tout ce qui se passe, car si nous ne considérons qu’un seul aspect ou un seul pays, nous ne pourrons pas saisir l’ampleur des événements.
Burkina Faso
Au Burkina Faso, le premier semestre de 2026 a permis de consolider le caractère autoritaire et personnalisateur du régime dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré. Traoré, né le 14 mars 1988 à Kéra (province de Mouhoun), incarne une génération de jeunes militaires formés sous l’influence du nationalisme révolutionnaire de Thomas Sankara, du panafricanisme anti-impérialiste et d’un profond ressentiment face à l’inefficacité des anciennes métropoles coloniales (la France en l’occurrence), associé à l’incapacité des démocraties libérales traditionnelles à lutter contre le djihadisme. Ce serait là un excellent sujet de réflexion et de débat, auquel nous, avec notre mentalité et notre vision d’hommes occidentaux du XXIe siècle, ne semblons pas encore prêts à faire face : peut-on combattre un ennemi cruel et impitoyable, prêt à tout, qui n’observe aucune règle ni aucune restriction pour atteindre ses objectifs, tout en conservant notre respect scrupuleux des normes et des contraintes morales ? Est-il possible de remporter la victoire de cette manière ? Mais nous laisserons cela pour une autre fois.
Formé à l’université de Ouagadougou, où il s’est distingué par son militantisme au sein de l’Association des étudiants du Burkina Faso (ANEB) et de groupes d’inspiration marxiste, Traoré est entré à l’Académie militaire Georges-Namoano en 2009, servant avec courage et distinction dans des missions internationales telles que la force de maintien de la paix MINUSMA de l’ONU au Mali, où il a été décoré pour son audace lors de la défense de bases dans la région de Tombouctou en 2018. Son ascension fulgurante et son accession au pouvoir à la suite d’un coup d’État en septembre 2022 ont trouvé un écho dans la frustration des troupes face à l’abandon logistique et à la corruption galopante qui régnaient au sein du ministère de la Défense de son pays, où les dirigeants politiques « distribuaient des valises d’argent » tandis que les soldats mouraient à court de munitions à Djibo ou à Arbinda.
Malgré sa popularité initiale, la réalité de l’exercice du pouvoir a fortement érodé la cohésion interne du régime. Jusqu’en janvier 2026, les services de renseignement de la présidence avaient déjoué au moins cinq tentatives organisées de coup d’État et d’assassinat contre Traoré, menées par des officiers mécontents au sein de l’armée burkinabé, contraignant la junte à décréter la dissolution totale et irrévocable de tous les partis politiques nationaux à la fin de ce même mois, rendant ainsi illégale toute activité d’une faction d’opposition organisée.
La fracture militaire
Les profondes tensions internes du régime burkinabé ont été mises à nu dans la nuit du 28 février au 1er mars 2026, lorsque de violentes explosions et des salves d’armes automatiques ont retenti aux abords du palais présidentiel du Faso à Ouagadougou. Cet incident a déclenché une vive alerte parmi les partisans de Traoré, regroupés au sein des milices civiles dites « Wayiyans », qui se sont mobilisés via les réseaux sociaux pour verrouiller les accès au complexe présidentiel face à ce qu’ils considéraient comme le déclenchement d’une mutinerie militaire visant à renverser le pouvoir.
Bien que le porte-parole de la présidence militaire et des sources des services de renseignement aient insisté sur le fait que l’agitation était due à un accident fortuit provoqué par un tir imprudent sur un camion transportant des hydrocarbures et des produits hautement inflammables, qui a entraîné l’incendie du véhicule et détruit six véhicules d’escorte officiels sur le parking présidentiel, des rapports indépendants ont confirmé l’existence d’un climat d’insubordination militaire latente. Cet incident s’est produit parallèlement au refus de nombreux officiers de garnison et chefs d’unités de combat déployés dans le nord de se présenter à une convocation obligatoire urgente dans la capitale. Cet acte de défi envers la hiérarchie militaire reflétait le mécontentement des commandants face à ce qu’ils considéraient comme une gestion désastreuse de la guerre et à l’asymétrie des ressources favorisant les milices civiles au détriment de l’armée régulière.
En ce qui concerne les opérations militaires sur le terrain, la junte a axé l’essentiel de sa rhétorique propagandiste sur les résultats de l’opération Lalmassga (terme qui signifie « mur de glace » dans la langue locale). Selon le porte-parole officiel des Forces armées du Burkina Faso, le colonel Abdoul Aziz Ouédraogo, les actions offensives coordonnées des troupes terrestres et des milices des VDP ont permis de neutraliser plus d’une centaine de combattants djihadistes présumés rien qu’au mois de février 2026, permettant ainsi la reconquête physique de plusieurs localités du nord inhabitées depuis 2019, telles que Tongomayel, Béléhédé et Pobé-Mengao. Ces opérations ont bénéficié de la participation d’unités d’artillerie récemment acquises et financées directement par les contributions des contribuables locaux.
Cependant, le déploiement aveugle des milices du VDP a entraîné une grave aggravation des atrocités interethniques si courantes dans la région. Au cours des opérations dites « Tourbillon Vert 2 », menées début mars 2026 dans la province de Solenzo (région de la Boucle du Mouhoun), les miliciens du VDP, agissant de concert avec des unités des forces spéciales de l’armée régulière, ont systématiquement pris d’assaut divers villages ruraux de bergers d’origine ethnique peule. L’opération s’est soldée par l’exécution de plus de 130 civils peuls non armés et le pillage massif de milliers de têtes de bétail, dans ce que les organisations internationales de défense des droits de l’homme considèrent comme une campagne systématique de nettoyage ethnique et de déplacement forcé, motivée par les préjugés institutionnels qui assimilent l’ensemble de la communauté peule aux cadres combattants du JNIM.

Cette spirale d’atrocités réciproques est également alimentée par les représailles brutales menées par les rangs des insurgés. Entre le 1er et le 5 avril 2026, en représailles aux activités du VDP dans le département de Sourou (région de la Boucle du Mouhoun), des éléments du JNIM ont mené des incursions dans les localités de Gonon, Lanfièra, Mara et Tiao, exécutant sommairement plus d’une centaine d’hommes adultes qu’ils accusaient d’avoir servi de guides ou fourni des renseignements aux unités de patrouille de l’armée gouvernementale, ajoutant ainsi un nouveau rebondissement à une spirale de violence aussi complexe qu’inarrêtable.
L’incapacité de la junte militaire à stabiliser durablement le nord et l’est du territoire national a conduit à l’instauration d’un climat de paranoïa informationnelle intense dans le pays. Toute information journalistique réfutant les prétendus succès militaires du capitaine Traoré est réprimée par la censure et la coercition de l’État, ce qui confirme une dérive totalitaire inquiétante.
Un exemple de cette asphyxie de l’information est la décision prise en mai 2026 par le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, qui a ordonné la suspension indéfinie de toutes les plateformes analogiques et numériques de la chaîne de télévision française TV5Monde. Cette sanction a été motivée par la diffusion, par la chaîne européenne, de reportages spécialisés dénonçant les massacres de Solenzo et fournissant des données démontrant la perte de contrôle territorial effectif du gouvernement au profit du JNIM et de l’État islamique au Sahel.

Mauritanie
Face à la dérive totalitaire et au chaos qui règnent au Burkina Faso, se détache la Mauritanie, un maillon essentiel pour notre sécurité dans le contexte global de ce qui se passe au Sahel.
La Mauritanie reste aujourd’hui un havre de stabilité institutionnelle et de sécurité démocratique au cœur de l’environnement chaotique du Sahel occidental. Ce succès relatif repose sur la mise en œuvre d’une doctrine défensive pragmatique et sur une intense activité diplomatique visant à consolider son partenariat avec les acteurs internationaux de la sécurité issus du bloc de l’OTAN et de l’Union européenne, en se présentant comme le seul partenaire fiable et interlocuteur valable qui subsiste sur le flanc nord-ouest de l’Afrique.
Au cours du premier semestre 2026, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a mené une intense activité diplomatique visant à lever des fonds pour la sécurité et à renforcer sa frontière face à l’extension du conflit au Mali.
Mais malgré sa stabilité interne, la Mauritanie n’est pas à l’abri de menaces asymétriques. Le 23 mars 2026, l’ambassade des États-Unis à Nouakchott a émis une alerte de sécurité d’urgence après avoir reçu des rapports de renseignement crédibles faisant état d’un risque élevé d’attentat terroriste planifié par des cellules dormantes du JNIM contre des citoyens américains et le personnel consulaire dans la capitale, recommandant vivement d’éviter les zones fréquentées par des Occidentaux et les promenades nocturnes sans protection.
La principale source d’instabilité extérieure pour la Mauritanie réside dans la détérioration du contrôle sécuritaire le long de sa frontière de 2 200 kilomètres avec la République du Mali. Au cours du premier semestre 2026, les tensions diplomatiques entre la junte militaire de Bamako et le gouvernement démocratique de Nouakchott ont atteint un niveau extrêmement grave en raison des accusations directes formulées par le général Assimi Goïta, qui soutient que la Mauritanie fournit une couverture logistique, un abri territorial et une assistance médicale à l’arrière aux combattants séparatistes du FLA et aux terroristes du JNIM lors de leurs incursions au Mali.

La Mauritanie a catégoriquement rejeté ces accusations, accusant à son tour les Forces armées du Mali (FAMa) et leurs partenaires mercenaires russes de violer de manière répétée sa souveraineté lors d’incursions armées visant à poursuivre des combattants présumés qui franchissent la frontière physique.
Un exemple de ces incursions illégales a été enregistré dans la région frontalière d’Ahl El Kory, où des patrouilles mixtes composées de mercenaires russes et de soldats maliens ont intercepté un véhicule commercial mauritanien. Selon des survivants de l’incident qui ont réussi à s’enfuir vers le territoire national, les forces d’assaut ont fusillé sommairement six passagers civils et infligé des blessures mortelles à un septième, qu’elles ont égorgé après l’avoir interrogé de manière brutale, provoquant la vive protestation de Nouakchott.
Afin de désamorcer un éventuel conflit frontalier de grande ampleur, le ministre mauritanien de la Défense, Hanana Ould Sidi, a pris la tête, le 15 juin 2026, d’une délégation officielle d’urgence à Bamako, où il s’est entretenu avec le général Goïta au palais présidentiel. Bien que la rencontre se soit soldée par un échange de déclarations formelles de fraternité, de solidarité entre voisins et d’engagement à relancer les comités frontaliers bilatéraux, le déploiement massif de forces militaires supplémentaires par Nouakchott et les patrouilles constantes de drones russes et maliens dans la zone frontalière maintiennent le secteur frontalier dans une situation de forte tension pré-bellique.
Comme on peut le constater, le principal pilier qui soutient l’expansion de l’instabilité et du djihadisme est en même temps le maillon le plus faible de toute la structure, et nous ferions bien de concentrer tous nos efforts sur le soutien, le renforcement et le maintien du gouvernement mauritanien afin d’envoyer un message clair à tous les acteurs régionaux, étatiques et non étatiques. L’enjeu est bien plus important que nous ne le pensons.
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