La cocaïne est très disponible en Guadeloupe, mais elle reste peu consommée sous forme de poudre. Elle concerne surtout un public jeune, inséré socialement, dans des contextes festifs ou professionnels, notamment pour tenir la pression et les cadences de travail.
Son prix est particulièrement bas : entre 10 et 20 euros le gramme, contre environ 60 euros dans l’Hexagone. Mais la consommation de cocaïne en poudre reste mal perçue socialement, selon les personnes interrogées.
En revanche, la cocaïne basée, appelée crack, est très consommée par une autre partie de la population, plus précaire. Le produit est très accessible : un « caillou » peut être vendu à partir de 2 euros.
Le cannabis est de loin la drogue la plus répandue, tous profils confondus. La consommation débute généralement dans un cadre festif avant de s’installer durablement dans les usages. Son prix est bas, autour de 4 euros le gramme. Il est aussi souvent perçu comme moins dangereux, car considéré comme naturel. Fumer du cannabis est même parfois valorisé.
La consommation de MDMA (ecstasy), d’opioïdes (morphine et dérivés) et d’héroïne reste marginale. L’étude met également en évidence un rejet massif de l’injection en Guadeloupe.
Des consommations globalement moins fréquentes mais plus intenses
Autre enseignement : en Guadeloupe, la consommation d’alcool, de tabac et de cannabis est globalement moins élevée que dans l’Hexagone. Mais lorsqu’ils sont consommés, ces produits le sont de manière plus intensive et plus régulière, avec des conséquences sanitaires importantes, notamment en matière d’accidents de la route et de cirrhoses.
Une offre de soins insuffisante face aux besoins
Même lorsque certains usagers souhaitent sortir de la consommation de drogues, les structures de prise en charge restent insuffisantes en Guadeloupe.
Le territoire manque de lits, de centres de soins de suite et de professionnels spécialisés. L’écart entre les besoins et les capacités d’accueil est important.
Les publics les plus précaires sont aussi les plus difficiles à accompagner. Les parcours de soins classiques (prendre rendez-vous, attendre, revenir) sont souvent inadaptés à leurs réalités. Les maraudes (équipes qui vont à la rencontre des personnes dans la rue) sont jugées insuffisantes et les équipes peinent à aller vers ces publics.
Autre difficulté : les pipes à crack ne sont distribuées que deux fois par semaine, alors que certains usagers en auraient besoin d’une dizaine par jour pour limiter les risques d’infection. Faute de matériel, certains fabriquent leurs propres dispositifs à partir de canettes en aluminium.
Une emprise financière des trafiquants sur les consommateurs
L’étude met également en évidence un phénomène d’emprise financière exercé par certains trafiquants sur les consommateurs de crack les plus marginalisés.
Le mécanisme commence souvent par une vente à crédit. Les dettes, les intérêts et les modalités de remboursement sont ensuite fixés par les trafiquants. Peu à peu, ils peuvent conserver les cartes bancaires et les papiers d’identité, s’approprier les revenus issus du RSA (revenu de solidarité active) ou des allocations de la CAF (Caisse d’allocations familiales), et parfois réaliser eux-mêmes les démarches administratives à la place des consommateurs.
Cette forme de tutelle informelle rend encore plus difficile toute tentative de sortie de la dépendance et de la rue.
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